Yasmina Houmad initiatrice d’une pétition pour la sauvegarde du patrimoine culuturel algérien: «Une vraie politique de guerre culturelle est déclarée à l’Algérie »

Yasmina Houmad initiatrice d’une pétition pour la sauvegarde du patrimoine culuturel algérien: «Une vraie politique de guerre culturelle est déclarée à l’Algérie »

Le peuple Algérien plaide corps et âme pour la préservation et la valorisation de son patrimoine civilisationnel. Or notre héritage ‎chant et danse, gastronomie, habits, broderie, architecture…fait l’objet de plusieurs tentatives d’appropriation culturelle des états voisins.

A cet effet, Yasmina Houmad, une journaliste algérienne de France issue de l’émigration « attachée » à l’histoire et la culture de son  pays d’origine et « militante pour la promotion de la culture algérienne », vient de lancer une pétition afin de « préserver et valoriser le patrimoine algérien », qui est l’affaire de « tous les Algériens ».

« A travers cette initiative (la pétition)  nous lançons un appel aux autorités compétentes afin de mettre fin au pillage du patrimoine algérien et de s’engager davantage en faveur de la sauvegarde de notre patrimoine, partie intégrante de l’identité Algérienne », assure-t-elle aux lecteurs de la Patrie News. Jointe au téléphone, Yasmina Houmad, rappelle que cette  pétition, « vise à alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de protéger et de valoriser le patrimoine Algérien dans sa globalité ».

Vu «  l’urgence de la situation », il est surtout question, selon elle, de sensibiliser les algériens sur l’importance du patrimoine national et alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de s’engager davantage en faveur de la sauvegarde de notre patrimoine dans sa globalité, partie intégrante de l’identité Algérienne et pour mettre fin au pillage du patrimoine national.

« Il me semble nécessaire de mettre en place un plan d’urgence pour protéger ce beau cadeau que nous transmettons de génération en génération, ce cadeau légué par nos aïeux », a-t-elle ajouté mettant en garde contre les tentatives d’appropriation culturelle des États voisins de nos chants et danse, gastronomie, habits, broderie et architecture…

Comme exemples, elle cite les bijoux kabyles confectionnés à Beni Yenni, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, que les « pilleurs s’approprient l’origine toute honte bue ». Il en est de même pour le caftan et Fergani de Constantine, la robe kabyle, le karakou algérois, la chedda de Tlemcen pourtant inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, la mlahfa chaouie, la blousa d’Oran, le burnous et autres vêtements propres à la culture algérienne. Les bijoux algériens ne sont pas épargnés : jbin, assaba, khalkhal, rdif, kheit e’rouh,  A cela, s’ajoutent, les champs folkloriques, la musique Rai…

« Une vraie politique de guerre culturelle est déclarée à l’Algérie, une guerre où tout est permis », dit-elle.

« Les pilleurs organisent des défilés, des colloques et ils utilisent les réseaux sociaux qu’ils inondent de vêtements, de plats, de pâtisseries, de chansons et d’artisanat algériens détournés, une véritable razzia », a révélé notre interlocutrice.

Beaucoup reste à faire…

Notant que la pétition, ne peut suffire à elle seul, pour la sauvegarde de notre patrimoine, Yasmina Houmad. « Une pétition est avant tout un moyen d’expression et un moyen de pression. Je soulève un véritable problème partagé par l’ensemble des signataires afin d’amener nos dirigeants à agir. Il s’agit donc bien d’un outil permettant de faire bouger les choses », dit-elle à ce propos.  La présidente d’un think tank : Institut Numidie, une association qui vise ainsi la participation au développement de la société algérienne et de son rayonnement a à l’international, sous toutes ses formes, ne compte pas s’arrêter là.

« J’effectue un travail de recherche afin d’identifier les points sur lesquels nous pouvons agir positivement, sur le plan culturel dans un premier temps », a-t-elle révélé estimant que son travail, consiste en un réveil populaire, à une prise de conscience collective et bien sûr à la promotion de notre patrimoine culturel auprès de l’Unesco à Paris et l’organisation des conférences en France et en Algérie sur la diversité et la richesse de la culture algérienne.

Un pays au milles richesses

Notre entrevue avec Yasmina Houmad, a été également une occasion, d’évoquer le richesses culturelles et civilisationnelles de l’Algérie.

En effet, a-t-elle dit fièrement,  de par sa position stratégique au carrefour de l’Afrique et de la Méditerranée, l’Algérie, située au centre du Maghreb, a vu de nombreuses civilisations se succéder sur son territoire.

L’Algérie est un véritable trésor. Chaque région, chaque ville ou oasis constitue un espace culturel particulier. La Kabylie, les Aurès, l’Algérois, les Hauts plateaux, la vallée du Mzab, le Gourara, le Hoggar, la Saoura, l’Oranie sont chacune des régions avec des particularités culturelles et parfois linguistiques.

Les premières manifestations culturelles sur le territoire de l’Algérie actuelle sont vieilles de milliers d’années, tels les fascinants témoignages d’art rupestre du tassili n’Ajjer, en passant par tous les beaux édifices érigé tout au long de l’histoire de ce pays, en arrivant à l’artisanat toujours très présent et richissime.

L’art algérien reflète les chapitres d’histoire qu’a passé ce pays et les différentes influences qu’il a eues L’Algérie se distingue par sa richesse historique et culturelle. Chaque ville a ses particularités, à savoir, Alger, Bejaia, Tlemcen, Ghardaïa, Constantine et bien d’autres encore. L’Algérie compte plusieurs sites classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Notre pays est réputé pour ses ruines antiques, on peut trouver en Algérie des vestiges phéniciens, romains et byzantins. Les plus célèbres sont Timgad près de Batna, Hippo Regius à Annaba, Djemila à Sétif, Calama à Guelma, et Tipasa.Il sont tous des sites classés au patrimoine de l’Unesco, néanmoins ils sont en danger : les sites en question ne sont pas vraiment entretenus.

« Ainsi de nombreux sites sont dégradés malheureusement, pour certains détruits ou tout simplement laissés à l’abandon tels que Madaure, Tebessa, Lambèse, Medracen, la Mansourah », a-t-elle regretté.

La conservation du patrimoine consiste en effet à identifier, à protéger et à faire connaître les aspects importants de notre culture et de notre histoire. Le terme « patrimoine » englobe un large éventail de biens tangibles.

Par « conservation », on entend la protection du patrimoine contre toute menace de destruction par un agent quelconque (qu’il soit environnemental ou humain).

Une telle protection suppose aussi, à ses dires, une meilleure compréhension du patrimoine et une plus grande sensibilisation.

« Il est de notre devoir de conserver notre héritage commun, il a besoin d’être protégé, car la perte de notre patrimoine est la perte d’une part de notre identité. Notre regard sur le passé et sur l’avenir détermine les choix de transmission que nous faisons aux générations futures », estime Yasmina Houmad,

A ce titre, « chaque concitoyen est invité à protéger le patrimoine algérien, mais comme le patrimoine est un bien collectif, il importe aussi que des organismes publics le protègent ».

« Si vous jugez vous aussi nécessaire un plan d’urgence pour protéger ce beau cadeau que nous transmettons de génération en génération, ce cadeau légué par nos aïeux, je vous invite à signer cette pétition », a-t-elle soutenu dans la foulée.

 Farid Houali