Y a-t-il des partis nationalistes dans la salle ?

Hormis El Bina, le FLN et le RND qui ont salué le rapatriement des crânes des résistants, silence radio des politiques le 5 juillet ! 

Y a-t-il des partis nationalistes dans la salle ?

(Par Noureddine Khelassi, conseiller du ministre de la Communication)

 

Toute activité humaine s’ordonne autour de la nation, collectivité suprême configurée par l’Histoire, armée par l’État souverain, enracinée sur un territoire libéré au prix du sang versé, comme c’est particulièrement le cas de l’Algérie, et soudée par l’intérêt général. Contre ce bloc national viennent se briser les idéologies et les intérêts catégoriels. Pour bien comprendre cette idée de creuset, ce lieu où les choses émulsionnent, s’épurent, quoi donc de mieux que de revenir à Ernest Renan pour voir ce qui distingue les nations et construit les patries. « Ce qui distingue les nations, avait-il écrit, ce n’est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances. Voilà ce qui fait la patrie ». Et d’ajuter que « la nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […] Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore ».

Mais à constater, avec un brin de tristesse, le silence assourdissant des partis et autres personnalités politiques, à part de notables exceptions, à propos du retour à la mère-patrie des 24 glorieux crânes de résistants algériens à la barbarie coloniale et de la célébration concomitante du cinquante-huitième anniversaire de l’Indépendance, on en vient à constater que l’on est loin de cette définition de Renan. Pis encore, à nous inquiéter de la dénationalisation et de la déresponsabilisation de certaines élites politiques à l’endroit de leur patrie et de l’épanouissement d’une culture du grief systématique à l’égard du pouvoir en place auquel on s’oppose, par principe, par définition. Bref, par oppositionnisme, comme si s’opposer coûte que coûte est une fin en soi et non un moyen de favoriser l’alternance au pouvoir !

Et alors même que la nation tout entière se réjouissait du retour à la terre ancestrale des premiers grands héros de la résistance à l’invasion coloniale, et honorait leur mémoire dans un élan de communion nationale unissant le peuple et l’Etat, les professionnels de l’opposition sempiternelle brillaient par une absence coupable. Coupable parce que indexée sur l’idée qui incite à penser que le pouvoir en place, et à sa tête son représentant constitutionnel au sommet, ne devrait pas récupérer à son avantage exclusif les dividendes politiques et les gains de popularité consécutifs au retour retentissant des restes mortuaires des martyrs emblématiques, qui plus est à un moment de joie collective paroxystique représentée par la fête du 5 juillet !

« L’opposition systématique se donne bien garde de demander quelque chose qu’elle pourrait obtenir, car alors il lui faudrait être contente ; et être contente pour l’opposition, c’est cesser d’être », disait le journaliste et romancier Alphonse Karr. « S’opposer n’est autre que proposer, une  opposition sans proposition n’est qu’un mouvement d’humeur », soulignait pour sa part Robert Sabatier dans le « Livre de la déraison souriante ». Et la déraison non souriante chez certains de nos vénérables opposants, réside par ailleurs, en périodes électorales, dans le fait de participer à des élections ou de les boycotter car il y a un hic dans les deux cas ! Et il est d’ordre éthique. Précisément, le fait même d’affirmer une chose et son contraire. C’est-à-dire de boycotter un processus électoral au motif que c’est un pouvoir jugé illégitime qui les organise. Ou d’y prendre part tout en le dénonçant, sur le fond et dans la forme. Autrement dit, de s’abstenir ou de décider de prendre part à des élections législatives ou présidentielles tout en affirmant, préalablement, qu’elles seront frauduleuses. Pour mieux en contester le jour venu les résultats tout en acceptant les sièges obtenus. Et d’être alors au Parlement tout en continuant de dire que les élections ne furent pas honnêtes et transparentes ! Bref, traiter quelqu’un de voleur tout en demeurant à ses côtés à l’Assemblée, une législature durant ou plus. Il y a donc quelque chose de l’ordre de la schizophrénie et de l’imposture dans cette posture qui consiste à contester la légitimité du pouvoir sans pour autant se priver de participer à ses processus électoraux, et en acceptant naturellement les avantages induits.

Parfaite illustration de la schizophrénie et de l’hypocrisie politique que cette attitude visant à discréditer et délégitimer le pouvoir alors même qu’en se joignant à ses courses électorales on ne fait que le crédibiliser et le légitimer davantage. On ne peut pas contester la légitimité d’un imam tout en accomplissant ses prières derrière lui ! En politique, il y a un minimum de cohérence à respecter. La cohérence, c’est aussi faire preuve d’un minimum de probité à l’endroit de ses partisans et de ses électeurs.

Mais, dans la réalité, c’est quoi cette opposition, ce type d’opposition à proprement dire ? Fragmentaire, peu implantée et sans projet politique solide, elle donne toujours l’impression d’attendre Godot dans le Désert des Tartares. Le Désert des Tartares, c’est bien ce fameux roman de Dino Buzzati. Fiction philosophique qui traite de la fuite stérile du temps, de l’attente vaine et de l’échec patent. Avec, comme arrière-plan, un vieux fort militaire isolé à la frontière de deux territoires séparés par un désert insondable. De nos jours, l’opposition attend pour mieux se plaindre de son sort. Atone et aphone, elle se plait tant dans sa position de victime perpétuelle. Espérant toujours que le pouvoir lui cède, de bonne grâce, des espaces de liberté qu’elle est pourtant censée conquérir de haute lutte. En acceptant, pour y parvenir, de recevoir des coups mêmes sévères. Mais les démocrates autoproclamés, les nationalistes auto-affirmés, les libéraux illuminés, les islamistes hallucinés et les twittos et facebookeurs illusionnés, refusent de souffrir au quotidien. Leur arme de lutte privilégiée : le communiqué et la plainte qui devient complainte. Ils n’agissent pas, ils réagissent. Par communiqué. Ou par post ou autre tweet sur les réseaux sociaux.

Et ils attendent souvent que le pouvoir agisse ou dise pour commenter. C’est-à-dire éreinter, par principe. Une opposition qui confine au psittacisme et vire à l’oppositionisme. Et qui pense, préalablement et systématiquement, pis que pendre des idées et des initiatives du pouvoir, mais ses idées à elle, elle ne les étale et ne les défend que très rarement. Car les idées alternatives, en dehors de la critique permanente et de l’expression du désir de voir le pouvoir quitter la place, l’opposition actuelle n’en a pas beaucoup. Sinon, on l’aurait déjà entendu, vu, lu et su. Au final, nous avons des partis sans bases et sans programmes et des partis naguère du pouvoir en phase déliquescente. En face, un pouvoir sans cesse délégitimé par les mêmes opposants par principe, mais qui est en perpétuel renouvellement, et surtout sans opposition réelle.

N.K.

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