Tunisie : une bavure militaire qui risque d’embraser le pays

TATAOUINE, TUNISIA - JULY 11: People protest against the killing of a youth with a bullet in his own car in Tunisia's southern town of Remada in the Tataouine governorate, on July 11, 2020 in Tataouine, Tunisia. Protesters demand the criminals to be brought to justice. Yassine Gaidi / Anadolu Agency

Tunisie : une bavure militaire qui risque d’embraser le pays

La Tunisie voisine renoue avec la protestation. Des centaines de personnes ont manifesté ce samedi 11 juillet dans le Sud du pays « contre le chômage et pour exprimer leur colère après la mort d’un jeune homme », rapportent des médias.

 « Ou bien nous aurons une vie meilleure, ou nous mourrons tous ! », ont notamment crié les protestataires à Remada, selon des témoins et des vidéos relayées sur les réseaux sociaux.

De nombreuses femmes, pour la plupart âgées, étaient aux premiers rangs de cette manifestation pour dénoncer la marginalisation de leur région et le chômage des jeunes. Depuis trois jours, la ville de Remada est le théâtre de tensions entraînées par la mort mardi soir d’un jeune, soupçonné d’être contrebandier.

Une enquête a été ouverte jeudi pour déterminer s’il a été tué par des tirs militaires contre quatre voitures de contrebande arrivant de Libye dans une zone militaire tunisienne fermée, selon le ministère de la Défense.

«Nous voulons voir le président Kais Saied ! Nous lui avons donné nos voix, il doit venir ici à Remada pour nous écouter et voir comment nos enfants sont tués ! », a crié une protestataire dans une vidéo publiée sur la page officielle de la coordination de la protestation d’El-Kamour, à Tataouine, une autre ville du sud en proie à des mouvements sociaux depuis des semaines.

Le Sud de la Tunisie, qui vit entre autres de la contrebande, fait partie des régions marginalisées où le chômage est nettement plus élevé que la moyenne nationale et les infrastructures publiques défaillantes.

Á Tataouine, à 80km de Remada, des protestataires réclament depuis des semaines l’application d’un accord conclu après des heurts en 2017, prévoyant d’embaucher des milliers de chômeurs de cette région et de créer un fonds d’investissement dédié.

Ils menacent d’arrêter la production d’un important site pétrolier à El-Kamour, à plus de deux heures de route de Tataouine, en plein désert.

« La situation dans le sud tunisien est inacceptable », a déclaré jeudi dernier, Kais Saied dans une vidéo diffusée sur la page Facebook de la présidence, estimant que les manifestations sont « légitimes » dans le respect de la loi.