Tombé au champ d’honneur le 19 novembre 1954 : Badji Mokhtar, 66 ans déjà 

Tombé au champ d’honneur le 19 novembre 1954 : Badji Mokhtar, 66 ans déjà 

Badji Mokhtar est parmi les premiers chefs combattants algériens à mourir au combat. En novembre 1954, après avoir été encerclé par l’armée française dans la forêt de Beni Salah, il tomba au champ d’honneur dans la région de Medjaz Sfa à Guelma en 19 novembre 1954.

Près du lieu de sa mort s’est crée et s’est développé un grand village (quelques milliers d’habitants à 30 km au nord de Souk Ahras). Il porte aujourd’hui son nom. D’innombrables rues et édifices publics (écoles, hôpitaux, complexes sportifs…) à travers l’Algérie portent, aussi, le nom de Badji Mokhtar.

Le 66ème anniversaire de la mort du chahid Badji Mokhtar a été commémoré ce jeudi, dans le recueillement à Guelma et à Souk Ahras, en évoquant l’héroïsme du martyr de la Révolution de Novembre 1954 et ses qualités de dirigeant.

Les autorités des deux wilayas accompagnées de moudjahidine et d’enfants de chouhada se sont recueillis devant la stèle commémorative, érigée en hommage au chahid dans la commune de Medjaz S’fa et ont lu la Fatiha du Coran à la mémoire des chaouhada.

Membre du groupe historique des 22 à l’origine du déclenchement de la révolution libératrice, Badji Mokhtar né à Annaba le 19 avril 1919 a combattu héroïquement durant les 19 premiers jours de la révolution pour tomber au champ d’honneur le 19 novembre 1954 durant la bataille Errekakma en compagnie d’autre héros dont la chahida Chaïb Dzaïr, selon des historiens.

Cofondateur du comité révolutionnaire d’unité et d’action en mars 1954, Badji Mokhtar a dirigé le secteur de Souk Ahras en entrainant les militants, en organisant des caches pour les armes et munitions et en dirigeant l’offensive contre la mine Nador de Guelma durant la nuit du 1 novembre 1954.

Né à Annaba (à l’époque Bône) le 17 avril 1919, il a vécu après à Souk Ahras. Son père ayant été fonctionnaire au tribunal de Souk Ahras, Badji Mokhtar étudia dans les écoles primaires et secondaires de cette ville.

Souffrant de la discrimination raciale, infligée aux écoliers algériens par le système colonial, il quitta les bancs de l’école en 1935 à l’âge de 16 ans.

Après cela, en 1936, il s’engagea dans les rangs des Scouts Musulmans Algériens où il apprit les principes du militantisme organisé et grandit dans l’amour de la patrie.

En 1940, Badji Mokhtar avec un groupe de jeunes militants, créent à Souk Ahras, la première cellule des jeunes  rattachés au Parti du Peuple Algérien (PPA).

La patrie dans le sang

En 1944, Grâce à une ruse, Badji Mokhtar échappe au service militaire obligatoire dans l’armée coloniale. En jeûnant plusieurs semaines de suite, il réduit drastiquement son poids au point de convaincre les autorités militaires coloniales de le dispenser de cette corvée, considérée comme tel car le jeune Mokhtar ne se considérait pas comme français et en l’occurrence la France ne lui doit aucun service.

Ensuite, il adhéra au Mouvement pour le Triomphe des Libertés et de la Démocratie (MTLD) après sa création en 1946. L’abnégation et le courage de cet ancien scout lui valurent d’être sollicité par des dirigeants nationalistes influents.

Grâce à son dévouement, il sera désigné parmi les membres de l’Organisation secrète (OS) et fera preuve d’un comportement exemplaire.Il fut ensuite nommé responsable de la cellule de l’Organisation Spéciale (OS) à Souk Ahras en 1947 jusqu’à son arrestation le 1er avril 1950, dans le cadre de la campagne menée par les appareils de répression coloniale contre les membres de l’Organisation Spéciale après la découverte de celle-ci et dont Badji Mokhtar est le représentant et chef à Souk Ahras depuis 1947..

Au cours de son interrogatoire, Badji Mokhtar subit toutes sortes de tortures et fut condamné par le tribunal de Guelma à trois années de prison. Cette condamnation est un heureux événement pour la révolution algérienne. En effet, au cours de son incarcération aux prisons d’Orléansville (Chlef) puis Blida où il rencontra les principaux dirigeants de l’Organisation Spéciale emprisonnés avec lui : Ahmed Ben Bella et Ahmed Mahsas. Ces contacts et les échanges qu’il a avec ces éminents personnages, le convainquent définitivement de la nécessité de la lutte armée à côté de l’action politique, pour l’émancipation du peuple algérien de l’oppression coloniale.

Mis en liberté en 1953, Badji Mokhtar rejoint Souk Ahras pour reprendre ses activités politiques au sein du parti et des scouts.

En mars 1954, Badji Mokhtar participa à la création du Comité Révolutionnaire pour l’Unité et l’Action (CRUA), l’ancêtre du FLN,  ainsi qu’à la réunion des 22 (les initiateurs de la Révolution) tenue à Alger en juin 1954 à l’issue de laquelle il sera désigné responsable de la zone frontalière (Souk Ahras – La Calle).

Il devait, ainsi, encadrer les préparatifs de la révolution dans cette région où il supervisa en tant que commandant du secteur de Souk Ahras l’entraînement des militants, la fourniture de caches, de ravitaillement, d’armes et de munitions…

Badji Mokhtar, qui sera à la tête du groupe qui avait attaqué la mine d’El Bernous en début du mois de novembre 54 et le minage du pont du chemin de fer d’Aïn Tahmamine, sera repéré et encerclé avec son groupe par l’ennemi colonial dans la ferme de Dali Bennchouaf près de «M’Djaz Sfa» à sept kilomètres du djebel Beni Salah dans la wilaya de Guelma le 18 novembre 1954.

En compagnie de 7 autres membres de l’ALN, dont la jeune Chaïb Dzaïr âgée seulement de 17 ans, la première femme martyre de la Révolution, se préparait à recevoir un groupe de moudjahidine de la région de Annaba, pour organiser une réunion d’évaluation des premiers attentats ayant suivi le déclenchement de la Révolution dans cette région, lorsque l’armée coloniale avait encerclé le lieu.

Un accrochage acharné opposera les deux camps durant plus de sept heures. Badji Mokhtar et ses compagnons, dont Chaïb Dzaïr tomberont au champ d’honneur en héros, les armes à la main. Il s’agit de Mohammed Trabelsi, Antar Messaoud, Mohammed « l’Indochine » et la fille de Dali, propriétaire de la ferme qui devait servir de point de rencontre avec des responsables de la révolution de la région de Constantine confiée, alors à Didouche Mourad.

Harkat Saïd fut fait prisonnier mais Kerkoub Belkacem et Abdallah Nouaouria avaient réussi à s’échapper pour continuer l’œuvre héroïque de Badji Mokhtar qui aura vécu 18 jours de la révolution mais sa mémoire ancrée dans l’histoire de la Révolution s’est perpétuée à travers les générations.

In pages d’Histoire