Ministre sahraouie de la Santé : «Le Maroc propage le Coronavirus dans les territoires occupés»

 

Sahara occidental : Le Maroc propage le Coronavirus dans les territoires occupés, accuse la ministre sahraouie de la Santé

Dans une interview publiée mercredi, au journal italien « Il Manifesto », la ministre sahraouie de la Santé, Kheira Bellaha, a évoqué nombre de questions d’actualité dans les camps des réfugiés à Tindouf, mais aussi dans les territoires sahraouis occupés par le Maroc. Mme Bellaha accuse les autorités marocaines, non seulement de rien faire pour protéger la santé des populations sahraouies, mais de propager le Coronavirus parmi les habitants, en y envoyant des Marocains infectés du virus, exploiter les ressources sahraouies.  

Ad. M.

 

 

Question : Quelle est la situation actuelle dans les camps de réfugiés en ce qui concerne Covid-19?

Réponse : « La situation actuelle dans les camps est assez bonne ces derniers mois, mais depuis la semaine dernière, nous avons eu les quatre premières infections, deux décès et nous attendons les résultats des prélèvements pour 20 autres personnes. Toutes les personnes qui viennent de la région de Tindouf et de l’extérieur sont placées en isolement: le seul moyen de pouvoir faire face à l’épidémie avec nos modestes ressources sanitaires. Le Comité national pour la prévention du Covid-19 a immédiatement mis en place un programme de prévention et de sensibilisation dans tous les domaines, insistant sur la nécessité de respecter toutes les mesures de confinement pour prévenir la pandémie ».

Q : Quelles mesures ont été prises pour contenir la pandémie et comment réagit la population?

R : « Nous avons forcément fermé les frontières et toutes les missions des différentes ONG impliquées dans les camps sont retournées dans leurs pays respectifs. Nous avons déclenché une campagne de sensibilisation, d’information et de prévention – à travers l’utilisation de la télévision, de la radio et des réseaux sociaux – auprès de la population, avec la fermeture des écoles et la mesure de distanciation sociale. Au début, la population a eu du mal à accepter cet inconnu qui bouleversait sa vie, mais a progressivement compris la gravité de la situation et le danger pour sa survie ».

Q : Quels sont les structures hospitalières et les établissements de santé dans les camps des réfugiés?

R : « Nous avons dû faire de notre mieux avec les modestes installations dont nous disposons. Dans chaque wilaya, il y a un établissement de santé, et nous avons un hôpital national plus grand et un hôpital de campagne. Des centres de quarantaine ont été créés dans chaque camp de réfugiés dans le but d’isoler les personnes présentant des symptômes suspects. Nous avons également agi sur la formation de notre personnel de santé, grâce au soutien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Union africaine et d’ONG. L’OMS nous aide à obtenir des équipements individuels de protection sanitaire, du matériel d’hygiène et de désinfection ainsi que des médicaments spécifiques. Nous essayons également de compenser la pénurie de moyens de protection tels que les masques ou le gel alcoolique, en les produisant sur place ».

Q : Des nouvelles des territoires occupés sur les contagions et les mesures en faveur de la population sahraouie?

R : « Il y a beaucoup d’inquiétude. La pandémie a durement frappé le Maroc, mais dans les zones occupées, les autorités d’occupation n’ont pris aucune mesure pour contenir les infections, avec pour objectif de propager le virus et de tenter de cibler notre peuple. Beaucoup de colons sont retournés au royaume marocain et Rabat, en revanche, n’hésite pas à envoyer des personnes potentiellement infectées via des bateaux de pêche et des camions pour continuer à exploiter nos ressources halieutiques et nos phosphates. Face à cette situation difficile, s’ajoute le blocus lié à l’entrée des travailleurs humanitaires pour suivre la situation des contagions (actuellement il n’y a pas de données fournies par Rabat à l’OMS concernant la pandémie dans les Territoires occupés du Sahara Occidental, éd.) et les autorités d’occupation répriment violemment toutes les manifestations de notre peuple ».

Quelle est la situation des prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines?

R : « Malheureusement, la situation reste alarmante, avec la violation continue des droits de l’homme contre les prisonniers politiques sahraouis. De nombreux témoignages nous parlent de la torture, de l’interdiction de visite des membres de la famille et, en ce moment de pandémie, du risque réel de contagion dû à l’absence de toute forme de prévention. C’est précisément pour cette raison qu’une campagne a été lancée pour leur libération par de nombreux parlementaires européens et par diverses ONG, ainsi que l’appel soutenu par Michelle Bachelet, Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. La pression internationale sur le régime marocain doit rester constante pour surveiller la situation des prisonniers sahraouis, dont les conditions de détention sont encore aggravées par la pandémie de Covid-19 et les rapports de contagion dans certaines prisons marocaines ».