Sahara occidental: le Maroc embourbé dans un scandale de corruption au Lesotho

Sahara occidental: le Maroc embourbé dans un scandale de corruption au Lesotho

Le Maroc est embourbé dans un scandale de corruption au Lesotho suite à la publication d’informations selon lesquelles l’ancien ministre des Affaires étrangères Lesego Makgothi a été corrompu par le gouvernement marocain pour «abandonner» le soutien de son pays au droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination, a rapporté le journal Lesotho Times citant des sources gouvernementales.

Makgothi est «soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin de la part du gouvernement marocain pour changer unilatéralement la position inébranlable du Lesotho en faveur du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination», a écrit le journal dans son édition de mercredi, en révélant le scandale.

En effet, en décembre 2019, l’ancien ministre Makgotho a «décidé de suspendre toutes les décisions et déclarations antérieures sur le Sahara Occidental», évoquant le maintien d’une soi-disant «neutralité» vis-à-vis de la lutte du peuple sahraoui pour son indépendance. «Cette dérive a soulevé un tollé dans le pays», précise le journal.

Par la suite, «des organisations locales ont mené des manifestations contre les déclarations de M. Makgothi, ce qui a incité le gouvernement à publier le même mois une déclaration réaffirmant le droit du Sahara occidental à l’indépendance», ajoute la même source.

Makgothi est poursuivi pour «corruption» avec d’autres fonctionnaires du ministère, d’après des sources gouvernementales. Il est soupçonné notamment d’avoir reçu des «récompenses monétaires pour avoir annoncé une soi-disant neutralité concernant la question sahraouie».

Le personnel du département des AE interrogé

D’après le journal, le secrétaire principal du ministère des Affaires étrangères du Lesotho (le colonel à la retraite Tanki Mothae) a été prié de libérer des fonctionnaires de son ministère pour les besoins de l’enquête en cours.

«La police a déjà interrogé trois hauts fonctionnaires du ministère. Entre autres motifs, la police voulait que les trois fonctionnaires fassent la lumière sur les arrangements de voyage de M. Makgothi au Maroc» où il a annoncé unilatéralement «la neutralité du Lesotho», affirme la même source.

La police a demandé si les trois responsables du ministère «savaient quoi que ce soit sur les informations selon lesquelles Makgothi a reçu de l’argent pour avoir adopté une position neutre sur le Sahara occidental», a déclaré la source.

Mothae a confirmé, d’après le journal, que certains membres du personnel de son ministère avaient été appelés à être interrogés à ce sujet. «Oui, ils (les fonctionnaires du ministère) ont été convoqués pour expliquer à la police comment certaines choses se sont déroulées à l’époque. La position (modifiée) du Lesotho sur la question du conflit du Sahara occidental est surprenante. On m’a dit que la police aimerait savoir exactement pourquoi cette position a été prise tout d’un coup», a-t-il soutenu.

Une position « contradictoire »

Tanki Mothae a en outre déclaré que «la position de M. Makgothi était en contradiction avec celle de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de l’Union africaine (UA) qui soutiennent le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination».

Il s’est réjoui que les choses étaient revenues à la normale depuis que l’actuelle ministre des Affaires étrangères, Mat?epo Ramakoae, avait réaffirmé le soutien du Lesotho au droit à l’indépendance du Sahara occidental.

«Nous avons une politique très solide en ce qui concerne la question du Sahara occidental. La position du Lesotho est toujours alignée sur celle de l’Union africaine, de la SADC et de bien d’autres affirmant le droit du peuple du Sahara occidental à l’indépendance», a-t-il assuré.

«C’était embarrassant, mais la ministre (actuelle) des Affaires étrangères (Ramakoae) s’est occupé de cette question et cela a montré que le Lesotho prend ses relations (internationales) au sérieux. Nous sommes heureux que nous soyons revenus à la normale sur la scène internationale et que nous jouions notre rôle comme nous devrions le faire», a soutenu le responsable.

En juin dernier, Mme Mats’epo Ramakoae a réitéré, dans une déclaration vidéo, la position historique du Lesotho à l’égard de la question de décolonisation après les «dérives» de l’ancien chef de diplomatie Lesego Makgothi. Elle a déclaré «regrettable» que le territoire du Sahara occidental demeure la dernière colonie en Afrique, une situation, a-t-elle déploré, qui va à l’encontre des principes de la Charte des Nations Unies.

La ministre a réaffirmé que le conflit du Sahara occidental est «une question de décolonisation qui reste à achever sur la base de l’exercice par le peuple sahraoui de ses droits inaliénables à l’autodétermination et à l’indépendance».

M.M.H