Sahara Occidental contre Palestine : le jeu en valait-il la peine pour le Maroc ?

Sahara Occidental contre Palestine : le jeu en valait-il la peine pour le Maroc ?

Alors qu’il ne lui reste plus grand-chose de l’aura du président du plus puissant pays du monde, Trump a su mener le roi Mohamed VI vers tous les reniements, en lui faisant miroiter un semblant de victoire diplomatique qui s’évaporera certainement au premier jour de la prise de fonction de son remplaçant à la Maison Blanche. Le Maroc, en perte de vitesse sur le plan diplomatique interne et externe, a trouvé en la reconnaissance de la marocanité du Sahara Occidental par les Etats-Unis de Trump un exutoire pour tenir encore quelques jours. Mais à quel prix les USA ont-ils monnayé cette reconnaissance ? Le prix, comme chacun le sait, est la reconnaissance de l’entité sioniste en tant que pays, en normalisant ses relations avec lui et, en filigrane, en reniant les droits élémentaires des palestiniens, reconnus par les différentes résolutions de l’ONU, même si elles n’ont pas été appliquées sur le terrain à cause, justement, des vetos innombrables des Etats-Unis.

En acceptant ce véritable marché de dupes, Mohamed VI risque de se mettre à dos une grande partie de son opinion publique qui, si elle n’est pas très virulente jusque-là, pourrait devenir très dangereuse au cas où les Etats-Unis viendraient à faire machine arrière.

En plus, la reconnaissance de la marocanité du Sahara Occidental par les USA ‘s’apparente beaucoup plus à un coup de force qui n’a pas grande signification, en l’absence d’un retour à la table de négociations entre les deux belligérants, sous l’égide des Nations Unies.

L’opinion publique marocaine pourrait se retourner aussi contre le roi si la cause des palestiniens ne connait aucune évolution favorable au cours des prochaines semaines, ce qui signifierait que le Maroc aurait fait d’énormes concessions sans rien obtenir en retour. La société civile et le monde associatif au Maroc sont très à cheval sur la question de la Palestine et n’accepterait jamais qu’elle soit sacrifiée, même si c’est pour obtenir une souveraineté très contestée d’ailleurs sur le Sahara Occidental.

Outre cela, de nombreuses associations et partis politiques divers ont ‘émis un refus catégorique pour la normalisation des relations diplomatiques avec Israël et quand c’est sur le dos de la cause palestinienne, ils ne pourront certainement pas l’accepter. Déjà, après l’annonce de la normalisation avec l’entité sioniste, de nombreuses associations avaient appelé à une journée de protestation pour le 14 décembre 2020, malgré la pandémie et l’état d’urgence en vigueur. Il a fallu que le makhzen déploie un cordon policier sans précédent au centre-ville de Rabat pour les en empêcher. Il ne faut pas oublier aussi que les marocains sont descendus dans la rue en 2009 pour protester contre l’opération ‘plomb durci’ contre la population palestinienne puis, en 2018, quand les Etats-Unis avaient reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël.

Dans ce contexte explosif, miné dès le début par les USA qui marchandent à tout va la normalisation avec Israël, en exacerbant les tensions régionales et en promettant monts et merveilles à des dirigeants arabes en mal de popularité, le Maroc risque de laisser beaucoup plus que des plumes.

Tahar Mansour