Rapport de la CIA sur l’assassinat de Jamal Khashoggi : sale temps pour MBS !

Rapport de la CIA sur l’assassinat de Jamal Khashoggi : sale temps pour MBS !

Donald Trump avait fait feu de tout bois pour que ce rapport de la CIA soit gardé secret. À peine élu, son successeur à la Maison-Blanche Joe Biden a autorisé sa déclassification. Le bureau du directeur du renseignement national, l’organe qui chapeaute les seize agences américaines de renseignements, a publié ce vendredi ses évaluations quant aux responsabilités dans la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul par un commando d’agents arrivé directement de Riyad.

Comme attendu, elles incriminent directement le prince héritier d’Arabie saoudite, le tout-puissant Mohammed ben Salmane, dit MBS. « Nous sommes parvenus à la conclusion que le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a validé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi », écrit la direction du renseignement national dans ce court document de quatre pages. « Nous basons cette évaluation [sur le fait] que le prince héritier contrôle la prise de décision dans le royaume, l’implication directe d’un conseiller clé [du prince] et des membres de l’équipe de protection de Mohammed ben Salmane dans l’opération, ainsi que sur [le fait que] le prince héritier appuie l’utilisation de mesures violentes pour réduire au silence les dissidents à l’étranger, dont Khashoggi. » Aussi attendu à Washington que redouté à Riyad, le rapport, dont la CIA a été le plus grand contributeur, n’apporte toutefois dans sa version déclassifiée pas de preuve irréfutable quant à la responsabilité directe de MBS. Il n’est fait, par exemple, aucune mention des onze SMS, interceptés par la CIA, que le prince héritier aurait envoyés à son plus proche conseiller, Saoud al-Qahtani, l’homme qui a supervisé le commando d’Istanbul, avant et après l’assassinat de Jamal Khashoggi, selon les révélations à l’époque du Wall Street Journal. De la même manière, la synthèse du renseignement américain ne comporte aucune information sur un coup de téléphone qui aurait eu lieu entre Jamal Khashoggi et Khalid ben Salmane, l’ancien ambassadeur saoudien aux États-Unis et frère de Mohammed ben Salmane, au cours duquel ce dernier aurait encouragé, selon le Washington Post, le reporter à se rendre au consulat saoudien d’Istanbul pour y retirer des documents administratifs. « Il n’y a rien que l’on ne savait déjà », souligne un diplomate occidental familier du pays des deux saintes mosquées. « Aucun élément probant indiquant que le prince héritier a effectivement donné l’ordre de capturer ou de tuer Jamal Khashoggi. » L’évaluation du renseignement américain, dans sa version présentée au grand public, est davantage une démonstration logique s’appuyant sur le contexte politique du royaume plutôt que sur des éléments de preuve confondants. « Depuis 2017, explique par exemple le rapport, le prince héritier disposait d’un contrôle absolu sur la sécurité du royaume et les agences du renseignement, rendant fort peu probable que les responsables saoudiens aient mené une opération de cette nature sans l’autorisation du prince héritier. »

De la même manière, les services de renseignements américains supposent que MBS faisait régner à l’époque un tel climat de terreur parmi ses collaborateurs que ceux-ci n’osaient vraisemblablement pas remettre en question les ordres reçus « par crainte d’être renvoyés ou arrêtés ».

R.I.