Quatre jours au « Sahara occidental occupé » : Un reportage édifiant de  Democracy Now

Quatre jours au « Sahara occidental occupé » : Un reportage édifiant de  Democracy Now

La violation des droits humains dans les territoires occupés du Sahara occidental, n’est un secret pour personne. Les forces coloniales ont, depuis toujours, tenté de semer la terreur et la peur de ce côté du mur. Pour ce faire, tous les moyens sont bons. 

La torture, les enlèvements, le squat des biens des Sahraouis et la déportation sont les armes les plus utilisées depuis toujours par les Marocains qui n’ont aucun respect pour toutes les résolutions des Nations unies. Ces pratiques ont été à maintes reprises mises à nu par des ONG internationales.

 C’est pourquoi le Maroc ne cesse d’imposer un blocus médiatique sur les territoires occupés. 

Et pourtant, la législation internationale reconnaissant au peuple sahraoui son droit inaliénable à l’autodétermination, est claire. 

Dans le conflit du Sahara Occidental, le gouvernement marocain ne lésine pas sur les moyens. Objectif : blanchir son image surtout s’adjuger la solidarité du peuple marocain dans ses ambitions expansionnistes. 

Pour ce faire, les médias officiels ainsi que bon nombre d’autres supports proches du palais royal   s’appliquent directement dans la généralisation d’un mensonge. Celui de faire croire, à celui qui veut bien les entendre, que le Sahara occidental ne peut être que marocain. 

Dans ce cadre, l’on tente à chaque fois de convaincre les citoyens marocains que la communauté internationale n’a jamais douté de la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. 

Territoires occupés, territoires interdits

Non seulement : le  Maroc, impose également, un blocus médiatique sur les territoires occupés. La délégation du RFK Center, par la voix de sa présidente Kerry Kennedy, n’a pas manqué de relever récemment, dans une contribution publiée par le site internet américain Huffington Post, la brutalité des agents des services de sécurité marocains qui n’ont pas épargné également sa fille Mariah qui prenait en photo le passage à tabac de Sakinah Jed Ahlou, la présidente du Forum des femmes sahraouies. Prendre en photos ou en vidéo les dépassements marocains de ce côté du mur de la honte est considéré comme « une violation de la souveraineté territoriale». 

Certains activistes sahraouis des droits de l’Homme assurent que « les services de sécurité marocaines leur ont signifié l’interdiction de possession de téléphone multimédias et même l’accès à l’Internet ». 

Dans les territoires occupés du Sahara occidental, la tâche du journaliste est ardue, en raison des tentatives de blocus ou de manipulation de l’information par les autorités étatiques ou des accusations réciproques difficilement vérifiables des parties au conflit. 

La mission des journalistes est également périlleuse parce qu’ils travaillent dans un environnement hostile.

Concernant la question sahraouie, le régime, marocain, veille, à ce qu’aucune information n’échappe des territoires occupés où les populations sont soumises à toute formes d’exactions, de tortures, d’enlèvement et d’intimidations au quotidien.  

L’ont se rappelle assurément de ce 10 novembre 2010. Ce jour-là, quelques jours seulement après le discours de Mohamed VI prononcé à l’occasion du 35e anniversaire de « la Marche Verte «, les forces de sécurités marocaines prennent d’assaut le campement de Gdeim Izik érigé non loin de la capitale sahraouie El Ayoun. 

Le bilan, dix ans après demeure méconnu. Et pour cause : les journalistes, seuls pouvant rapporter la réalité de la chose, ont été tout bonnement interdits d’accès par les autorités marocaines.  La presse internationale s’intéressant à la question du Sahara occidental  est la cible directe des autorités marocaines.

Democracy Now brise le mur du silence 

Democracy Now! brise le silence médiatique et pénètre au Sahara occidental occupé au nord-ouest de l’Afrique pour rendre compte de la lutte engagée par les Sahraouis depuis des décennies et de la répression violente du Maroc. 

L’ONG américaine, Democracy Now a diffusé un reportage édifiant sur l’agression militaire marocaine à El-Guerguerat à travers lequel elle a dénoncé la violation par le Maroc du cessez-le-feu dans la zone tampon et résumé l’histoire du Sahara occidental, le territoire «le plus miné» et «le plus inaccessible» au monde, occupé par Maroc au mépris des résolutions de l’ONU.

Dans un reportage diffusé lundi dernier, à l’heure du journal télévisé de l’ONG, présenté par la journaliste Amy Goodman, récipiendaire en 2008 du «Prix Nobel alternatif», l’ONG a tenu à éclairer les téléspectateurs sur la réalité de la question sahraouie à la lumière de l’agression militaire marocaine à El-Guerguerat.

Amy Goodman a d’emblée présenté le contexte historique en soulignant que le Maroc occupe le territoire depuis 1975 au mépris des résolutions des Nations Unies et de la communauté internationale». Dans ce reportage de 26 minutes, la journaliste a précisé que «le Sahara Occidental est largement considéré comme la dernière colonie d’Afrique», mais largement occultée par les médias internationaux, précise Amy Goodman, qui résume l’histoire de ce territoire occupé en trois mots : «colonialisme, pillage et résistance».

La journaliste est ensuite revenue sur «les combats qui ont éclaté dans plusieurs zones entre l’armée marocaine et le Front Polisario en quête d’indépendance», en expliquant que «le cessez-le-feu a pris fin vendredi après que l’armée marocaine a fait irruption dans une zone tampon au sud du Sahara occidental».

La journaliste a signalé que pendant ce temps, «le Maroc a intensifié sa répression aux territoires occupés, attaquant les maisons des militants pour l’indépendance et réprimant les manifestations, en relevant, au passage, que des drones militaires marocains auraient été repérés dans la ville de Dakhla occupée».

« Le Maroc occupe le territoire depuis 1975 au mépris des Nations Unies et de la communauté internationale. Des milliers de personnes ont été torturés, emprisonnés, tués et ont été portés disparus parce qu’elles résistaient à l’occupation marocaine », relève-t-on. 

L’ONG rappelle qu’un mur de 2 720 kms sépare les Sahraouis qui demeurent sous l’occupation de ceux qui ont fuit en exil. La plupart des médias internationaux ne parle pas de l’occupation – en partie parce que le Maroc empêche systématiquement les journalistes d’entrer au Sahara occidental. 

Mais fin 2016, Democracy Now ! a réussi à pénétré dans la ville de Laâyoune au Sahara occidental, devenant ainsi la première équipe d’information internationale depuis des années à faire un reportage depuis le territoire occupé.

Le reportage a en effet, diffusé des scènes montrant des Sahraouis manifester dans les rues dans différentes villes sahraouis (El Ayoune et  Dakhla) contre l’occupation marocaine scandant des slogans en faveur de l’indépendance du Sahara occidental. 

La journaliste a aussi rapporté que «de nombreuses manifestations de solidarité avec le peuple sahraoui ont eu lieu en Espagne et en Nouvelle Zélande, notamment devant une entreprise qui achète du phosphate émanant du territoire occupé du Sahara occidental».

La journaliste a rappelé qu’en 2016, Democracy Now «avait brisé le blocus médiatique imposé par le Maroc depuis l’intérieur du Sahara occidental occupé, en précisant qu’il s’agit de la première équipe de presse internationale à couvrir la situation dans le territoire occupé depuis des années». Cela avait permis la production du documentaire intitulé «Quatre jours au Sahara Occidental : la dernière colonie en Afrique».

Le reportage rediffuse plusieurs scènes dudit documentaire qui décrit les violations des droits de l’Homme commises par le Maroc à l’encontre des manifestants pacifiques sahraouis notamment les femmes résistantes contre l’occupation marocaine, citant que des milliers de Sahraouis ont subi de mauvais traitements : «emprisonnements, violences, tortures, disparitions, liquidations», en ajoutant que les richesses du peuple sahraoui (phosphate et produits de pêche) sont spoliées par le Maroc qui prive toujours le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination.

Attention, champ miné 

 Le reportage a révélé en outre que «le Maroc a créé au Sahara occidental le plus long champ de mines au monde et a construit le deuxième plus long mur au monde avec l’aide des compagnies d’armement américaines».

Après un rappel du processus onusien concernant la question du Sahara Occidental, notamment le cessez-le-feu de 1991 et la création de la MINURSO, le reportage indique que le Maroc a entravé tous les efforts visant l’organisation d’un referendum d’autodétermination, en ajoutant que le Conseil de Sécurité n’a pas également mis en œuvre son propre plan de référendum ou autoriser la MINURSO à surveiller la situation des droits de l’Homme dans le territoire occupé.

Aujourd’hui, précise le documentaire, «aucun pays ne reconnaît la soi-disant souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental, l’un des endroits les plus inaccessibles au monde, et les médias internationaux ont largement ignoré l’occupation, en partie parce que le Maroc a régulièrement empêché les journalistes d’entrer au Sahara Occidental».

La journaliste a ensuite interviewé dans son reportage M. Jacob Mundy, un professeur et co-auteur du livre «Western Sahara : War, Nationalism, and Conflict Irresolution», qui a indiqué que le Maroc «a clairement violé l’accord de cessez-le-feu», tout en regrettant le silence du Conseil de sécurité.

En guise de conclusion, le professeur a indiqué que «le peuple sahraoui est fatigué des promesses vides des Nations-Unies et du Conseil de Sécurité concernant sa question».

Meriem Maram Houali