Pénurie de vaccin antigrippal et rupture de réactifs pour les tests PCR, La bureaucratie a encore de beaux jours devant elle

Pénurie de vaccin antigrippal et rupture de réactifs pour les tests PCR

La bureaucratie a encore de beaux jours devant elle

Les retards dans l’obtention des résultats des tests de dépistage du Covid-19 se multiplient. L’origine de ces délais trop longs tient principalement sa source dans la pénurie de réactifs à laquelle font face les laboratoires​. En cause, les programmes d’importation pour l’apprivoisement des produits liés à la Covid-19 qui font face aujourd’hui à une bureaucratie débridée, presqu’à tous les niveaux. 

Ainsi, et c’est une réalité amère, l’Algérie fait face, aujourd’hui, à une pénurie flagrante en matière de kits de prélèvements et de réactifs pour effectuer les tests PCR pour la Covid-19, pour lesquels l’Institut Pasteur est très fortement sollicité.

Les retards dans le diagnostic de la Covid-19 constituent un sérieux problème dans la lutte contre la pandémie qui avance à grands pas, notamment la deuxième vague qui s’annonce déjà très virulente, avec plus de 1000 cas par jour.

Le nombre de PCR réalisés à ce jour au niveau national ne représente qu’une partie infime de la réalité. Malgré la multiplication des centres de diagnostic, dont 45 au niveau du secteur public et 20 laboratoires dans le privé, et à défaut de PCR suite à la pénurie des réactifs, les cas suspects de Covid-19 se rabattent, comme au début de l’épidémie, sur le scanner thoracique.

Ainsi, le manque de réactifs pour les test PCR et les kits de prélèvement au niveau des hôpitaux, des universités et des laboratoires privés détenteurs de certificat de conformité délivré par l’Institut pasteur d’Algérie se trouvent actuellement bloqués. Le recours aux tests sérologiques est devenu une pratique courante.

Une pénurie qui est due au blocage imposé par le ministère de la santé sur l’importation de ces réactifs, ce qui s’est répercuté sur les délais du rendu des résultats des tests PCR, qui s’allongent malheureusement de jour en jour, et qui atteignent actuellement huit à dix jours, au grand dam des patients.

Devant cette situation peu reluisante, les laboratoires privés sont pris d’assaut pour cet examen qui montre seulement si le cas suspect a été en contact avec la Covid-19 ou non.

Aucune suite n’est donnée à ces résultats en l’absence d’une stratégie de prévention, notamment le déclenchement des enquêtes épidémiologiques autour des cas positifs qui n’est pas systématique.

Par ailleurs, selon des sources bien informées, certains fournisseurs de réactifs n’arrivent pas à dédouaner leurs produits importés et de nombreux laboratoires sont en pénurie de réactifs et donc l’activité PCR Covid est très réduite.

Une situation induite par la mise en place de l’attestation de régulation exigée par les banques pour une domiciliation.

Certes, les programmes d’importation ont été signés par le ministère de la Santé et les premières quantités ont été réceptionnées, mais elles sont bloquées en attente de dédouanement au niveau de l’aéroport, avec le risque de les perdre, vu la tension mondiale sur ces produits, pour éviter ces blocages, voire leur dégradation, car ce sont de produits qui nécessitent des conditions de stockage particulières et une conservation à moins 20 degrés C.

Pire encore, certaines entreprises pharmaceutiques algériennes sont toujours dans l’attente d’une autorisation pour produire des kits de dépistage qui font défaut actuellement.

Toutefois au ministère de l’Industrie pharmaceutique, on affirme que tous les dossiers des produits importés liés à la Covid-19 sont traités en priorité.

Pénurie de vaccins contre la grippe saisonnière

En plus de la rupture de réactifs pour les tests PCR, il faut signaler également la pénurie enregistrée ces derniers jours de vaccin contre la grippe saisonnière. Ainsi, pour affronter l’hiver en même temps que la pandémie de coronavirus, les médecins et les autorités sanitaires ont tous recommandé, depuis quelques semaines, de se faire vacciner contre la grippe saisonnière. Un conseil avisé, cependant plus facile à dire qu’à faire : en quelques jours, la plupart des pharmacies où nous nous sommes rendus, sont déjà en rupture de stock, pas plus de 10 boites pour chacune ! En attendant les prochains ratios, prévus fin novembre, les personnes à risque sont tenues de patienter. Pire encore cette année, le vaccin en question coûtera plus cher, et ne sera pas remboursé. Ajoutons à cela que le vaccin antigrippal n’est pas enregistré sur le nomenclature Chifa des produits remboursables par la sécurité sociale, car le nom de marque de vaccin tétravalent de cette année ne figure pas sur le logiciel Chifa. Pour ce qui est du prix, le vaccin proposé cette année coûte environ 1350 da, alors que l’année dernière, l’ancien vaccin a été proposé à seulement 635 da. Ceci dit, le ministère de la santé avait annoncé le 3 novembre dernier que « le vaccin antigrippal est disponible dans les centres de vaccination habituels des établissements publics de santé, où il sera administré gratuitement et dans les officines où il sera remboursé par la sécurité sociale pour les personnes âgées et pour les malades chroniques ». Face à cette situation, les autorités sanitaires, n’ont toujours pas compris que devant la gravité de la situation, il faut une gouvernance d’urgence, loin des pratiques procédurières et à même de dépasser les méandres administratives, que sont les appels d’offres et autres consultations qui demandent du temps, des avis contradictoires. Dans ce contexte national chargé d’inquiétudes, l’on apprend, par exemple que pour avoir l’autorisation de fabrication d’un médicament il faut attendre plus d’un an ! Ce qui est vraiment inadmissible, dans un pays où la pénurie de médicaments est devenue une source de préoccupation croissante. Plus encore, des laboratoires algériens, sont toujours soumis à la procédure d’homologation qui tarde à se prononcer de manière claire ! Décidément, dans ces moments difficiles, il faut se rendre à l’évidence que chez nous, la bureaucratie est l’autre virus à combattre en même temps que la Covid-19. Enfin, il convient de rappeler cependant que, depuis son installation à la tête du ministère de l’industrie pharmaceutique, Dr Abderrahmane Lotfi Djamel Benbahmed, ne lésine sur aucun moyen pour mettre en place une véritable armada de structures spécialisées au plus haut niveau, dans le but louable de remettre sur rails un secteur stratégique qui a longtemps été étouffé par une bureaucratie qui annihilait toutes les volontés de sortir du marasme économique. Sachant que les responsables placés à leurs têtes sont tous issus de leurs secteurs respectifs, connaissant parfaitement les objectifs à atteindre et les blocages rencontrés, jouissant en même temps d’une moralité et d’un patriotisme qui ont fait leurs preuves.

Yahia Maouchi