Patrice Lumumba : 60 ans après

Patrice Lumumba : 60 ans après

Patrice Lumumba: un nom qui revient très souvent sur les lèvres de tous les révolutionnaires et des causes libératrices des peuples africains du joug colonial.  Assassiné le 17 janvier 1961, son corps n’a jamais retrouvé.

Pour sa famille, le  temps de la restitution « symbolique » est d’autant plus qu’importante qu’elle s’impose.   La famille du héros de la lutte anticoloniale va enfin récupérer ce qui a valeur de « relique » pour les Congolais, une dent de l’éphémère premier ministre du pays. Soixante ans après son assassinat, la famille de Patrice Lumumba est toujours en attente d’un procès à Bruxelles.

« C’est un symbole important pour la famille et tout le peuple congolais », affirme à l’AFP le chef du parquet fédéral belge, Frédéric Van Leeuw, à propos de cette restitution qui devrait donner lieu dans les semaines ou mois à venir à une cérémonie officielle à Bruxelles, avec les enfants du défunt. Avant l’hommage en République démocratique du Congo.

En décembre 2020, le président congolais Félix Tshisekedi a lui-même annoncé son intention d’organiser un hommage national le 30 juin 2021, date du 61e anniversaire de l’indépendance, après le « rapatriement des reliques ».

L’idée est d’offrir enfin une sépulture à celui qui fut un éphémère premier ministre du pays (de juin à septembre 1960). En fait de « reliques », il s’agit de récupérer puis rapatrier une dent saisie par la justice chez la fille d’un commissaire de police belge ayant contribué à faire disparaître le corps.

Juliana Lumumba, fille du héros assassiné, en avait exprimé le souhait dans un courrier adressé à Philippe, roi des Belges, à l’été 2020, en plein mouvement planétaire Black Lives Matter.

Patrice Lumumba a été assassiné par des séparatistes katangais et des mercenaires belges le 17 janvier 1961 dans le sud-est du Congo pendant la cacophonie  qui a suivi la proclamation de l’indépendance. Il avait 35 ans. Son corps, dissous dans l’acide. Le 30 juin 1960, devant le jeune roi Baudouin, il avait livré une mémorable diatribe anticolonialiste, appelant ses concitoyens à « une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous a été imposé par la force ».

La vérité est ailleurs….

Soixante ans plus tard, l’enquête judiciaire ouverte en Belgique pour « crime de guerre » est dans sa phase finale selon l’avocat Christophe Marchand, qui a déposé plainte en 2011 au nom de François Lumumba, l’un des fils. « On se dirige vers une audience cette année devant la chambre du conseil du tribunal de Bruxelles [juridiction de renvoi] pour voir si le dossier peut déboucher ou pas sur un procès en cour d’assises », déclare Me Marchand.

Pour lui, le temps presse car seules deux des dix personnes initialement ciblées par la plainte sont encore en vie. Il s’agit de l’ancien diplomate Etienne Davignon, 88 ans, et de l’ex-haut fonctionnaire Jacques Brassinne de la Buissière, 91 ans, selon des sources proches du dossier.

La plainte  accuse « diverses administrations de l’Etat belge » d’avoir « participé à un vaste complot en vue de l’élimination politique et physique de Patrice Lumumba ».

Elle rappelle que l’armée belge avait déployé « quelque 200 officiers » pour encadrer les forces de l’ordre de la province sécessionniste du Katanga, où le crime a eu lieu. « Il peut y avoir des charges, mais elles doivent devenir des preuves pour justifier un procès ou une condamnation », fait valoir M. Van Leeuw.

Yacine Bouali