Participation de l’ANP au maintien de la paix: une évolution dictée par le  contexte géopolitique

Participation de l’ANP au maintien de la paix: une évolution dictée par le  contexte géopolitique
La nouvelle Constitution initiée par le  président de la République, Abdelmadjid Tebboune, prévoit d’autoriser la  participation de l’Armée algérienne aux efforts de maintien de paix à l’étranger, « marquant ainsi une  évolution dictée par la nécessité de s’adapter au contexte géopolitique », estiment des experts.
L’article 91 du projet de révision de la Constitution qui sera soumis au  référendum le 1er novembre prochain, consacre le président de la République  comme «Chef suprême des Forces armées de la République» et «responsable de  la défense nationale», soulignant qu’il «décide de l’envoi des unités de  l’Armée nationale populaire à l’étranger».
Cependant, bien que le projet propose d’autoriser l’envoi de soldats à  l’étranger, il pose aussi des conditions et détermine le cadre de  participation des forces militaires algériennes en dehors des frontières.
Même si l’article 91 confère expressément au chef de l’Etat le pouvoir  d’envoyer des unités de l’armée à l’étranger, il subordonne cette décision  à l’«approbation à la majorité des deux tiers du parlement». La décision d’engager des unités de l’Armée dans des opérations à  l’extérieur du pays doit s’appuyer, selon le projet d’amendement de la  Constitution, sur la volonté populaire, incarnée par le Parlement.
Selon la nouvelle Constitution, «l’Algérie peut, dans le cadre des Nations Unies, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, et dans le  respect de  leurs principes et objectifs, participer au maintien de la paix».
Le réajustement de la doctrine militaire algérienne, contenu dans le  projet de  révision de la Constitution, a soulevé moult interrogations et divisé la  classe politique  algérienne, faisant craindre chez certains une remise en cause des  principes  fondamentaux autour desquels s’organise la politique étrangère de  l’Algérie.
En effet, l’Armée nationale populaire (ANP) n’a participé à aucun conflit  à  l’étranger depuis les guerres israélo-arabes de 1967 et 1973.
Pas de changement de doctrine
Le possible déploiement de troupes de l’ANP en dehors des frontières  nationales «ne remet nullement en cause» la doctrine de non ingérence de  l’Algérie  dans les affaires internes des Etats, a soutenu le président du Comité  d’experts  chargé de la révision constitutionnelle, Ahmed Laraba.
«Le fait que l’Algérie puisse participer à ces opérations ne signifie pas  qu’elle a  rompu avec son principe fondamental de non ingérence dans les affaires  internes  des Etats», avait-il indiqué, précisant que «la disposition en question  (Art 31) vise à donner la possibilité pour le président de la République  d’envoyer des troupes dans le cadre des  opérations de maintien de la paix des Nations Unies (casques bleus) et  uniquement  dans ce cadre».
Ahmed  Laraba avait ajouté, à ce propos, qu’«il faut distinguer les opérations  de maintien  de la paix de ce qui est appelé les interventions militaires», soulignant  que ces missions de maintien de la paix sont «strictement défensives». «Dans ce genre d’opérations, il n’y a pas d’affrontements, ni d’usage de  l’armement lourd», a-t-il ajouté.
De son côté, l’ANP a jugé la proposition de sa participation aux  opérations de maintien de la paix «pleinement conforme» à la politique  étrangère de l’Algérie qui repose sur des principes «fermes et immuables»,  à savoir «le rejet du recours à la guerre et prône la paix, la  non-ingérence dans les affaires internes des Etats ainsi que la résolution  des conflits et des différends internationaux par des voies pacifiques,  conformément à la légalité internationale représentée par les instances  internationales et régionales».
Dans un éditorial de la revue El Djeïch, l’institution militaire avait  observé que «si la participation aux opérations de maintien de la paix et  de préservation de la sécurité n’est pas un fait nouveau pour notre pays,  elle est de nature à contribuer à l’instauration de la paix et de la  sécurité, particulièrement sur le continent africain, théâtre du plus grand  nombre de conflits dans le monde et du déploiement, également, du plus  grand nombre de missions de maintien de la paix des Nations Unies et de  l’Union africaine, dans des pays minés par les conflits et les guerres».
Forte de près de 500.000 hommes, l’ANP a les moyens de son ambition. La révision de la Constitution survient, donc, dans un contexte régional  tendu, marqué par le conflit en Libye et l’instabilité politique au Mali  ainsi que par la détérioration de la situation sécuritaire dans la région  du Sahel.
L’Algérie s’inquiète, en effet, des risques d’instabilité au Sahel et elle  est profondément impliquée dans la sécurité de cette région dont dépend sa  propre sécurité.
«La sécurité de notre pays, qui transcende nos frontières géographiques  nationales, exige, à la lumière de la conjoncture régionale actuelle et ce  qu’elle sous-tend comme mutations et changements, le renforcement de la  protection de la sécurité et de la stabilité de notre patrie», avait encore  expliqué l’ANP.