Ouverture de consulats étrangers à El Ayoune, et Dakhla : le marché de la honte

Ouverture de consulats étrangers à El Ayoune, et Dakhla : le marché de la honte

Lorsque l’annonce de l’ouverture de consulats étrangers à El Ayoune, et à Dakhla, deux villes du Sahara Occidentale occupées par le Maroc, d’aucuns se demandaient pour quelles raisons ces pays qui n’ont aucun intérêt à les y ouvrir, l’ont fait ?

Il ne faut surtout pas oublier que rien ne se fait pour … rien, surtout en politique et les observateurs ont remarqué qu’il y avait deux sortes de pays à l’avoir fait : des pays riches (monarchies du Golfe) et pays pauvres (Afrique, généralement).

Le site ledesk.maa publié le 05 décembre courant un article d’investigation sous le titre explicatif : « En échange de consulats étrangers à El Ayoune, et Dakhla, le Maroc délie les cordons de sa bourse », qui nous éclaire sur les ouvertures de consulats dans ces deux villes par des pays qui n’ont ni ressortissants, ni intérêts sur place. Pour les ressortissants, c’est vrai, mais pour les intérêts, ils existent pour les deux genres de pays.

La fin justifiant les moyens, le Maroc n’a lésiné devant rien pour légitimer sa souveraineté sur le Sahara Occidental et donner un symbole fort à la communauté internationale, en faisant tout pour amener certains pays à y ouvrir des consulats. Il compte asseoir par là une reconnaissance forcée de sa souveraineté. Le Royaume s’est donc montré très généreux envers ces pays qui ont consenti à le suivre dans sa volonté éhontée de s’approprier ce qui ne lui appartient pas.

Sa générosité pour les pays riches, ce sont des promesses pour de grands projets économiques sur les terres du Sahara Occidental et pour les pays pauvres, ce sont les aides aux budgets des États, la construction de bâtiments administratifs, la prise en charge de frais divers …

Actuellement, il y a 16 pays qui ont ouvert des consulats à El Ayoune, et à Dakhla : à Dakhla, ce sont la Guinée équatoriale, la Gambie, la Guinée, la République de Djibouti, le Liberia, la Guinée-Bissau, le Burkina Faso.

A El Ayoune, nous trouvons l’Union des Comores, le Gabon, Eswatini, la République Centrafricaine, Sao Tomé-et-Principe, le Burundi, la Côte d’Ivoire, la Zambie et, cerise sur le gâteau nauséabond, les Émirats Arabes Unis, alors que d’autres pays amis ont déjà réservé leurs parcelles.

Si ces pays sont connus pour avoir ouverts des représentations dans les deux villes sahraouies, les raisons sont demeurées plutôt vagues jusqu’à ce que le site électronique marocain ledesk.ma les dévoile et donne des exemples.

L’ouverture d’un consulat à l’étranger obéit à une tradition diplomatique bien installée, logique, qui consiste à se rapprocher de ses ressortissants à l’étranger pour les aider et les protéger. Ouvrir une représentation diplomatique revient cher et comme les ressortissants de ces pays n’ont jamais mis les pays dans ces villes, le ‘pourquoi’ demeure entier.

Les recherches menées par le journal électronique ont fait ressortir un exemple très frappant : celui de la Guinée-Bissau, un pays très pauvre qui ne peut se permettre ces dépenses ‘hors-champs’ sans une raison majeure.

Et c’est ainsi que les recherches firent ressortir que quelques jours avant l’inauguration officielle du consulat de Guinée-Bissau à Dakhla le 23 octobre passé, le Maroc avait inauguré son ambassade dans ce pays, mais de manière beaucoup plus discrète qu’il ne l’a fait à Dakhla.

Dans la foulée, une délégation technique marocaine chargée d’identifier les besoins et de lancer les travaux de construction du siège du ministère des affaires étrangères de Guinée-Bissau, en plus de l’installation de trois écoles de formation professionnelle dans ce pays. Une transaction honteuse pour les deux pays, sur le dos d’une population qui se débat dans les affres de la colonisation de son pays et qui se bat pour s’en libérer.

Il y aura aussi le dragage du port de Bissau qui sera pris en charge par la SOMAGEC : « suite à une demande du président Sissico Embalo adressée au roi Mohamed VI, qui s’est dit prêt à aider ce pays pour le dragage du port de Bissau, sous forme de donation », a annoncé une ministre de Guinée-Bissau.

Djibouti a aussi bénéficié des largesses de sa majesté Mohamed VI après qu’il ait inauguré sa représentation diplomatique à Dakhla le 28 février dernier, en présence de Roger Joseph Sahyoun, patron de la SOMAGEC, qui a un nom très aux consonances bien particulière qui nous amène à penser à une entité très active au Maroc.

Djibouti a aussi bénéficié de plusieurs aides pour le développement d’une jetée pétrolière dans le parc industriel de Damerjog, avec prise en charge financière complète de la part du Maroc, pourtant lui-même en manque de financement !

C’est aussi le cas de la Gambie qui bénéficie d’un bâtiment pour abriter son ministère des affaires religieuses, des Comores qui ont eu droit à la réalisation de deux cités universitaires d’une capacité de 120 lits.

En Haïti, les largesses marocaines ont permis de construire 500 logements sociaux pour un investissement de 160 millions de dirhams. Les autres pays ayant ouvert des consulats au Sahara Occidental ont reçu des aides substantielles de la part du royaume chérifien sous formes d’aides multiformes et de réalisations de grands projets. Pourtant, le Maroc se débat actuellement dans d’immenses problèmes financiers et économiques.

Tahar Mansour