Maxime-Charles Keller de Schleitheim : l’incroyable destin d’un enfant déporté d’Algérie (2e partie)

Maxime-Charles Keller de Schleitheim

L’incroyable destin d’un enfant déporté d’Algérie (2e partie)

 « Des décennies plus tard, l’histoire de l’enfant récupéré à Palestro, rescapé d’un massacre commis par l’armée coloniale, n’a pas encore livré tous ses secrets »

A la fin de l’année 1956, les commandos parachutistes de l’air (CPA) 40/541 sont alors en pleine préparation et seront officiellement constitués le 3 janvier 1957. A partir de cette date, ils porteront désormais le nom de code «Maxime», leur indicatif radio. Chaque commando compte 102 hommes.

Des journalistes de Paris Match, présents sur la base de Réghaïa en 1959 pour réaliser des reportages en opération au front, découvrent avec stupéfaction la présence de l’enfant soldat de Palestro au milieu des militaires, des avions et des hélicoptères. Ils avaient souhaité lui consacrer un article, sans succès.

Le 1er octobre 1959, Maxime-Charles est pupille de la nation sous le nom de Maxime-Charles et le 25 octobre 1959 il est converti à la religion catholique sous le nom de Maxime Keller de Schleitheim par le père Lepoutre, aumônier militaire de la 5e région aérienne en Algérie. C’est aussi en octobre 1959 qu’il se retrouve sous l’autorité parentale d’Yvonne Keller de Schleitheim, l’assistante sociale de la base de Réghaïa, alors que le jugement d’adoption n’est officiellement établi que le 28 décembre 1959.

Durant plus de six années, l’enfant soldat est tour à tour affecté à des tâches réductrices et humiliantes et quotidiennement au service des soldats (travaux de cuisine, nettoyage, entretien et diverses autres activités de maintenance). Le 5 juillet 1962, l’indépendance de l’Algérie est proclamée. Les troupes françaises commencent à quitter le pays, à l’instar de celles que comptait la base aérienne 146 de Réghaïa.

Maxime Keller sera emmené en France par sa mère adoptive, elle-même militaire, et, une fois devenu adulte, beaucoup de questions commencent à lui tarauder l’esprit. Qui est-il ? D’où vient-il ? Est-il Français ou Algérien ? Catholique ou musulman ? La seule réponse qu’on lui donnera est celle qui consiste à lui expliquer que ses parents sont décédés pendant la guerre d’Algérie et que les Français lui ont épargné la mort et l’ont protégé en lui donnant la nationalité française et en le convertissant au christianisme. Le plus humiliant pour lui, c’est de se retrouver assimilé à un harki, alors qu’il a été victime des harkis, puisqu’ils combattaient dans le camp de l’armée française.

Sur les registres de l’état civil français, le jeune enfant est inscrit sous le nom de Maxime-Charles Keller de Schleitheim né le 18 décembre 1951 à Alger. Une fois en métropole, sa mère de substitution lui fait comprendre qu’il devient encombrant pour elle et le considère comme un Arabe pouilleux, celui qui cristallise toutes ses rancœurs nées de la perte de l’Algérie française. Adolescent, Maxime Keller sera inscrit dans une école de formation en hôtellerie et en sortira cuisinier, ce qui lui permet de devenir autonome par rapport à sa nouvelle vie.

Dès les premières années de sa jeunesse – en 1972 il a 21 ans – il fait la connaissance d’une jeune femme avec laquelle il se mariera et aura deux enfants. Quelques années plus tard, il veut embrasser une carrière plus valorisante. Il suivra des études de commerce, mais un grave accident de travail mettra un terme à son activité professionnelle. Il s’installe dans la région de Bordeaux où il vit actuellement entouré de sa famille.

Pendant plus de quarante années, le couple Keller se battra pour que justice soit faite dans la recherche de l’origine de Maxime, l’enfant soldat de Palestro. Plusieurs démarches ont été entreprises auprès des autorités françaises par le couple afin de faire parler les archives et les acteurs liés de près ou de loin à ce drame, en l’occurrence les soldats, les officiers et officiers supérieurs de la base 146 de Réghaïa.

Personne, ni les militaires ni l’administration, n’a daigné apporter sa contribution à la solution de cet écheveau. L’Etat français restera sourd aux supplications des Keller et les archives restent, à ce jour, inaccessibles. Pis encore, les documents officiels et les photos de Maxime que la mère adoptive détenait et ayant trait à la période allant de 1956 à 1962, c’est-à-dire au cours de sa présence sur la base de Réghaïa, ont été détruits par celle-ci avant sa mort.

Le médecin capitaine de la base 146, Roger Joseph, qui a suivi le dossier médical de l’enfant, et, qui, selon certaines sources détient de précieuses informations quant à l’origine de Maxime, est resté muet. Tous les commandos parachutistes encore vivants refusent de parler. Un seul d’entre eux a eu le courage de livrer quelques informations en octobre 2011. C’est lui qui a appris à la famille que les faits se sont déroulés à Palestro. Il dit avoir sauvé cet enfant alors qu’«il allait se faire tuer par un autre soldat», obligé d’en venir aux mains avec son collègue, «furieux que je ne le laisse pas faire».

Selon lui, l’enfant avait trois ou quatre ans, mais plutôt trois que quatre. Actuellement, c’est Karine Keller de Schleitheim, la fille de Maxime, qui a pris le relais de son père pour tenter de percer le mystère qui entoure l’origine algérienne de cette innocente victime de la barbarie des hommes, ceux-là mêmes qui ont rasé son village natal et tué ses parents, quelque part dans la région de Palestro, aujourd’hui devenue Lakhdaria. De cette histoire émouvante et affligeante, Karine Keller à écrit un livre intitulé L’Enfant soldat de Palestro, publié le 18 septembre 2012 aux éditions du Net, puis adapté en une pièce de théâtre en cinq actes.

 

Par Abderrachid Mefti