Maroc : quelle stratégie d’influence choisira Bourita face à l’administration Biden ?

Maroc : quelle stratégie d’influence choisira Bourita face à l’administration Biden ?

Depuis l’arrivée des démocrates au pouvoir à Washington, le Maroc doit revoir toute sa stratégie de représentation et d’influence aux USA afin de vendre ses idées et ses visions, notamment pour le Sahara Occidental, ensuite pour tenter de rallier à sa cause les décideurs américains pour des questions de leadership mais surtout de protection, ce qui lui permettra de continuer impunément à produire et exporter le cannabis.

Durant l’ère Trump, ce sont des agences de relations publiques pilotées par JPC Stratégies, proches des milieux républicains, qui s’occupaient de vendre l’image du Maroc et influencer les décisions à son encontre.

Maintenant que ce sont les démocrates qui ont pris les commandes et que de nombreux sénateurs se sont retournés contre le royaume chérifien pour pousser Biden à annuler à la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara Occidental, Nasser Bourita, le chef de la diplomatie marocaine, entame un grand nettoyage de ses agences qui le représentaient pour en choisir d’autres, proches des tenants du pouvoir actuels.

Ainsi, il a déjà mis fin aux contrats des agences pilotées par JPC Stratégies, à l’instar de Neale Creek, dirigé par Andrew Young (ancien assistant du sénateur républicain Lindsey Graham), SGR, lié à Michael T. Flynn, ex-conseiller de Donald Trump, Iron Bridge Strategies, dirigé par Chris Berardini, soutien avéré de l’ancien président américain. Tous ces lobbyistes du Maroc ne seront donc plus d’aucun secours pour le Makhzen qui doit revoir sa copie et en désigner d’autres, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de très grosses enveloppes, en fait.

Il n’y a, actuellement, qu’une seule agence qui a survécu à ce grand nettoyage par le vide, c’est la société Third Circle, recrutée directement par l’ambassade marocaine aux Etats-Unis en 2018. Pourtant, et c’est étonnant, le patron de cette société a été mêlé à un scandale lié directement à sa « mission ».

En effet, mandaté pour « vendre le Maroc » comme lieu de tournage de fictions, Richard Smotkin a dévié pour se mettre au service de l’industrie gazière américaine au Maroc, ce qui ne l’a pas empêché de toucher plus d’un million de dollars d’honoraires versés par le Maroc entre 2019 et 2020, et il est toujours au « service du Maroc ».

Il y a aussi la société Glover Park qui, bien qu’elle ait vu son contrat prendre fin, pourrait faire un come-back au sein des nouvelles agences mandatées par le makhzen pour vendre, d’une autre manière, son image aux démocrates.

Il s’agit un peu de choisir de nouveaux maquilleurs pour embellir le royaume chérifien selon les visions et appréciations des différents locataires de la Maison Blanche. Malheureusement, la facture est vraiment salée pour cela, pour des résultats pas toujours probants et au détriment de la classe la plus pauvre des marocains, condamnés à vivre une misère sans nom alors que le roi et sa suite paient des « royalties royales » à d’illustres inconnus, justes pour une série de maquillage qui coulera dès qu’il fera un peu plus chaud dans les sphères dirigeantes du monde.

Le Sahara Occidental, point nodal de la stratégie marocaine aux USA

Il va sans dire que toute la stratégie marocaine pour son lobbying aux USA sera focalisée sur la question du Sahara Occidental pour lequel le royaume devra déployer tout ce qui est en son pouvoir pour éviter l’annulation de la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara Occidental prise par Trump à quelques semaines seulement de la fin de son mandat.

Le prix payé par le Maroc est déjà très élevé car il a été obligé de normaliser, au grand jour, ses relations avec l’entité sioniste, une trahison vite mise en exergue par les arabes et les soutiens de la Palestine à travers le monde.

Payer un tel prix et voir tous ses efforts partir en fumée un ou deux mois plus tard devrait causer de dures insomnies au monarque alaouite. Dans ce sens, Bourita aura donc à bien choisir les agences qui pourraient influer sur la décision de Biden d’annuler la décision de Trump, alors que, déjà, un groupe bipartisan de 27 sénateurs menés par le républicain James Inhofe et le démocrate Patrick Leahy, ont demandé à Joe Biden d’annuler la décision de Trump reconnaissant la marocanité du Sahara Occidental.

D’autres proches et hauts responsables proches de Biden sont aussi «très critiques» concernant ce « deal » qui risque donc de ne pas faire long feu.

Par contre, l’OCP (l’Office Chérifien du Phosphate) n’a pas jugé utile de se défaire de « l’armada de cabinets » recrutés dans le but de contrer l’enquête du Department of Commerce pour « distorsion de concurrence » lancée suite à une plainte de Mosaic, le concurrent de l’OCP.

Ce dernier est accusé d’avoir versé un don de plus d’un million de dollars à la fondation Clinton en pleine campagne électorale d’Hillary Clinton. Ces cabinets de lobbying qui travaillent encore pour le compte de l’OCP pourraient être mises à contribution dans des campagnes tendant à éviter l’annulation de la décision de Trump.

Tahar Mansour