Maroc : Maati Monjib, ou le harcèlement politico-judiciaire des militants des droits de l’homme

Maroc : Maati Monjib, ou le harcèlement politico-judiciaire des militants des droits de l’homme

Maati Monjib venait de s’attabler en compagnie d’un journaliste et activiste à l’intérieur d’un restaurant en ce mardi 29 décembre 2020 quand des hommes en civil, descendus de deux voitures de police, sont venus l’interpeller. Il est incarcéré, depuis lors, à la prison d’El Arjat dans la banlieue de Rabat, accusé de ‘blanchiment de capitaux’. Selon le procureur du roi, le parquet avait été saisi au mois d’octobre écoulé par une unité spécialisé pour ‘un inventaire de transfert de fonds importants et une liste de biens ne correspondant pas aux revenus habituels déclarés par M. Monjib et les membres de sa famille.

Ce n’est pas la seule affaire pour laquelle il est poursuivi, M. Maati Monjib est sous le coup d’une accusation d’atteinte à la sécurité de l’Etat, avec six autres journalistes et militants des droits de l’homme, depuis 2015, son procès ayant été reporté vingt fois. Cette énième arrestation est, aux yeux de l’historien et activistes des droits de l’homme, une autre facette des dizaines qu’il a déjà connues, entrant dans le cadre d’un harcèlement politico-judiciaire dont il est victime à cause de ses idées, de ses écrits et de ses positions, par la police politique marocaine. Selon les déclarations de l’universitaire, ce harcèlement est venu en représailles à ses déclarations publiques ‘dénonçant le rôle de la DGST (renseignement intérieur) dans la répression des opposants et la gestion des affaires politiques et médiatiques au Maroc’.

Le journal l’Humanité avait réalisé un entretien par visioconférence avec l’opposant marocain au mois de septembre dernier, entretien au cours duquel Monjib a affirmé se sentir surveillé dans tous ses mouvements, même au cours de ses séjours en France. Le journal l’Humanité a assuré qu’un intrus s’est même introduit dans la conversation qui ne pouvait être accessible qu’à travers un lien confidentiel, preuve que sa ligne Internet était sous surveillance et que tous ses faits et gestes étaient soigneusement consignés.

Le journal l’Humanité a publié l’entretien que son représentant a eu avec Maati Monjib dans lequel il affirme, en réponse à la question de savoir pourquoi le procès s’est-il étiré, il a répondu que c’était surtout pour laisser cette épée de Damoclès planer sur sa tête et faire peur à tous ceux qui voudraient être comme lui. D’un autre côté, de grandes ONG et des titres prestigieux de la presse mondiale se sont élevés contre ces accusations, ce qui a terni l’image du Maroc et l’ont empêché jusque-là de l’emprisonner ou de s’en débarrasser. Les tenants du pouvoir ne peuvent, selon lui, qu’espérer qu’il quitte le Maroc car il encourage d’autres voix à faire de même.

L’autre grief retenu contre Monjib est qu’il a créé une école de journalisme d’investigation, ce qui fait passer des nuits blanches au pouvoir marocain car les journalistes d’investigation peuvent mener des enquêtes qui mettraient en jeu les intérêts personnels du makhzen, de la famille royale et de tous leurs sbires.

Concernant la surveillance dont il est l’objet, le militant rapporte que le site Chouf TV qui est la plus grande officine de propagande des services secrets marocains a consacré tout un article à la tenue qu’il portait, rapportant même la couleur de la chemise qu’il portait.

Maati Monjib a déclaré avoir perdu 16 kilos à cause du harcèlement dont il est l’objet et il est suivi par la police même lorsqu’il rend visite à sa mère, âgée de 88 ans, dans son village au sud de Benslimane. Il rapporte dans l’entretien plusieurs exemples de harcèlement, de surveillance, d’écoute de son téléphone et même à l’intérieur de sa maison.

« C’est la police politique qui gouverne désormais au Maroc », déclare-t-il et « elle utilise tous les moyens pour nuire à la réputation des opposants au pouvoir, surtout la diffamation, la menace, les affaires montées de toutes pièces concernant les mœurs, les finances et d’autres moyens sordides pour trainer dans la boue tous ceux qui osent leur tenir tête », continue-t-il.

Maintenant qu’il a été arrêté et placé en détention, les ONG et les médias non-alignés aux thèses du pouvoir marocain ont déjà commencé à lancer des alertes et à exiger sa libération immédiate. Espérons qu’ils seront entendus et que Maati Monjib retrouve sa liberté et, surtout, de ne plus être harcelé.

Tahar Mansour