Mali : début d’année sanglant

Mali : début d’année sanglant

Un hélicoptère s’amène dans la nuit, survole Bounti, un village Peul situé dans le cercle de Douentza au sein de la région de Mopti au Mali, ouvre le feu sur des civils qui étaient en pleines réjouissances lors d’un mariage, tuant plus d’une centaine et en blessant plusieurs autres.

Le drame est survenu dans la nuit de dimanche à lundi et personne n’a pu identifier l’hélicoptère qui a commis ce massacre.

Jusqu’à actuellement, le mystère demeure entier, personne ne sait d’où vient cet hélicoptère assassin, ni qui a ordonné ce massacre. Les différentes forces sur le terrain affirment toutes qu’elles n’y sont pour rien et qu’elles cherchent qui a bien pu faire cela.

La MINUSMA, contactée par un site électronique malien reconnait quand même qu’il y a eu attaque mais, dans un communiqué sans consistance, affirme qu’elle ‘n’est pas impliquée dans ces évènements et que la division des droits de l’homme qui en dépend a lancé une enquête pour découvrir le ou les auteurs ainsi que les commanditaires de ce bain de sang.

L’Armée française, présente aussi sur le terrain et possédant des hélicoptères, s’est exprimée hier par le biais de l’AFP pour dire qu’une « patrouille d’avions de chasse a frappé à l’ouest d’Hombori (dans le même secteur) un rassemblement de djihadiste préalablement repérés après une opération de renseignements de plusieurs jours ».

L’armée française précise que le comportement des individus objets de la frappe, leurs équipements et le recoupement des renseignements « excluent autre chose qu’un rassemblement djihadiste ».

Les responsables militaires français persistent et signent : « il ne peut y avoir de doute ni ambigüité, il n’y avait pas de mariage ».

Les responsables de l’opération Barkhane sont formels : les victimes de Bounti ne ressemblent en rien à ceux qui ont été pris pour cible par la patrouille d’avions.

Mais si la piste d’une bavure de l’armée française est écartée, que reste-t-il sur le banc des accusés ? Il ne restera que l’armée malienne qui demeure silencieuse, même si la probabilité d’un tel acte est loin d’être réelle. Il y a eu peut-être quelques exactions de sa part, mais pas à ce point.

Le flou dans l’information, les photos des djihadistes abattus, et beaucoup de questions sans réponses ne font qu’ajouter au malheur de ces populations sans défenses.

Où se situe la limite entre la fausse information, l’information crédible et l’intox ? Personne ne peut répondre jusqu’à maintenant. Est-ce qu’il s’agit d’une bavure ‘collatérale’ de l’armée française que cette dernière tente tant bien que mal de cacher ? S’agit-il d’une manœuvre de manipulation organisée par les djihadistes, comme ils en ont l’habitude ?

Ce massacre, qui vient ajouter à une misère incrustée dans le sang et dans la peau des maliens, vient remettre en cause beaucoup d’acquis et replonger le pays dans la suspicion, dans la manipulation, à cause d’intérêts suprêmes d’autres pays qui font tout pour que la région demeure toujours sous tension, toujours en guerre.

Les protagonistes, autochtones ou étrangers, ont chacun des intérêts macabres pour perpétuer ce bain de sang, et même plus, puisqu’ils ont mis à genou tout un pays, le plongeant dans une guerre interminable pendant plus de dix années maintenant, lui faisant faire un grand retour en arrière à chaque fois qu’un semblant de lumière se dessine. La France a aussi beaucoup à perdre si les populations civiles se retournaient contre elle.

Qui donc a commis cet énième massacre ? Qui a tué ces paisibles villageois qui ne faisaient que participer à un mariage ?

La vérité doit éclater, quelle qu’elle soit.

Tahar Mansour