Les Algériens n’en consomment pratiquement plus : Les prix du poisson prennent le large

Les Algériens n’en consomment pratiquement plus : Les prix du poisson prennent le large

Finies les années où «la sardine » ornait la table des Algériens. C’est un souvenir lointain.

A 1000 Da le kilogramme, le moins qu’on puisse est que le poisson n’est guère à la portée des petites bourses. Les smicards ne savent plus sur quel pied danser.

Le consommateur est face à un dilemme : songer à changer son régime alimentaire, débourser plus d’argent ou faire semblant de n’avoir rien vu.

Et pourtant, toutes les conditions devraient offrir à notre pays le statut d’un pays, non seulement producteur mais aussi, avec les 1200 kms de littoral, un pays exportateur.

Un vœu trop cher qui pourrait peut-être se réaliser d’ici une centaine d’années. En attendant, au niveau des marchés de poisson, les prix prennent quotidiennement leur envol. En période hivernale, ces mêmes prix donnent le tournis.

Le paradoxe, c’est que c’est au niveau des villes disposant d’un port de pêche que les prix sont inabordables. Le constat est le même partout où on est de passage. Pratiquement aucun marché n’y échappe.

Le poisson est devenu, en effet, un produit alimentaire de luxe, en attendant que le ministère de la pêche et des ressources halieutique s’y penche sérieusement.

« La sardine dans mon assiette, dites-vous ? »

Comme à la « belle époque », l’odeur de la sardine frite ne se fait plus sentir dans les cuisines de bon nombre de famille. Ce n’est qu’un souvenir lointain.

« La sardine dans nos assiettes est un souvenir qui remonte à trop loin. Aux prix proposés un peu partout dans les marchés,  je préfère débourser mon argent et m’acheter autres viandes », affirment unanimement des pères de familles.

Ils ne seront pas les seuls à déplorer le fait de ne pouvoir voir, comme à une certaine époque, de « sentir l’odeur de la viande blanche en cuisine».

Ainsi dire, impossible d’en consommer plus de deux à trois kilogrammes par mois. C’est exagéré, même trop exagéré. Dans les marchés, chacun fait sa loi, nous les consommateurs, payons au prix fort cette anarchie et surtout le fait ce voir l’Etat quasiment absent s’agissant du contrôle et de régulation.

On ne peut cacher la vérité. Les prix des poissons, ont, en effet, pris le large.

Une virée du côté des marchés poissonniers, non seulement de la Capitale renseigne sur le fait que, vu ces prix affichés, la plupart des gens interrogées affirment que bon nombre d’entre eux ne « parviennent pas à consommer plus de trois kilogrammes de sardine par mois».

Les commerçants, eux, s’en lavent les mains. Ils s’estiment « victimes » d’un marché marqués « de magouilles » et de beaucoup d’autres « irrégularité ».  «Le prix de tout produit, pas uniquement celui de la sardine, dépend automatiquement de la règle de l’offre et de la demande», affirment-ils.

« Allez voir du côté des ports de pêche, allez poser la question ailleurs qu’ici. On n’est pas voleurs, on ne fait pas du commerce pour perdre », tonnent-t-ils.

Il fallait donc aller voir avec les premiers concernés : les marins pêcheurs……

Pas facile d’être pêcheur !

Souvent, la cherté des produits de mer, comme leur rareté, sont imputées, dès le premier instant, aux marins pêcheurs.

Ce sont les premiers inculpés. Le consommateur, pris dans le filet de l’indisponibilité du produit d’une part et sa cherté de l’autre, n’a vraiment pas mâché ses mots estimant que «la faute incombe en premier lieu aux marins pêcheurs » qui, à leur « analyse » ne semble plus accorder d’importance à l’activité et faire en sorte que la sardine soit disponible dans les marchés poissonniers.

Les marins pêcheurs n’ont pas été du tout de marbre quant à ces déclarations.

A propos, Ami Ali, marin pêcheur, à la pêcherie d’Alger, plaisantin, a fait remarquer que  c’est pareille pour les fruits et légumes : quand ces produits se font rare ou leurs prix sont hors portée, «  la responsabilité est aussitôt imputée aux fellahs ».

«Sans rien connaître du dur métier que nous exerçons, les gens n’hésitent pas à nous faire porter le chapeau concernant la cherté et la rareté de la sardine et autres produits de mer. Que ces personnes-là, viennent vivre, au moins une journée avec les marins pêcheurs pour se rendre compte des conditions auxquelles nous sommes confrontés au quotidien», tonne-t-il.

«Je suis marin pêcheur depuis près de 30 ans. Je me suis toujours dit que les choses changeront certainement un jour, mais voila qu’au lieu d’aller de l’avant, nous reculons», ajoute-t-il. Pourquoi donc cette situation ? Selon ses affirmations, la réponse est claire.

«  A chacun son métier, mais le constat est que dans la pêche, les vraies gens du métier, ne pouvant répondre favorablement aux exigences, ont cédé sous le poids des dettes ». Il n’a pas fallu d’un schéma pour bien comprendre que les marins pêcheurs, qui ne travaillent que durant trois on quatre mois dans l’année, « sont laissés à leur triste sort et quasiment sont livrés à eux- mêmes.

«C’est regrettable, mais on n’a jamais rencontré un responsable à la pêcherie d’Alger », ont-ils affirmé unanimement. Faisant un état des lieux, les marins pêcheurs affirment aussi que des patrons n’ayant rien avoir avec le métier, «usent de leurs connaissances afin de se faire une place privilégiée au sein des ports de pêche et, ainsi, monopoliser les sorties en haute mer avec leur matériel sophistiqué qui leur permet d’aller pêcher dans les plus grandes profondeurs».

Et ce n’est pas tout…

Pour illustrer leurs dires, les marins pêcheurs font remarquer, dans l’amertume, la vétusté de la plupart des chalutiers et autres bateaux de pêche «  qui contribue dans le désastre ». Dans ce cadre, Ami Ali revient à la charge pour noter que, lui personnellement, possède un chalutier à l’arrêt depuis près de deux ans.

« Le Rais (nom du chalutier) m’a coûté beaucoup d’argent. Datant de 1986, il a suffisamment pris le large et je pense qu’il est temps de le mettre à l’arrêt, quoique je n’aie vraiment pas le choix d’admettre que l’une des ressources de ma famille ne le soit plus. Avec mes maigres revenus ainsi que mes dépenses colossales, il me serait impossible de me permettre un nouvel bloc moteur pour mon chalutier », regrette-t-il.

Abordant, toujours, le chapitre des problèmes que rencontrent les pêcheurs, un ami à lui, assis à ces côtés, a citer, comme pour appuyer les dires de Ami Ali, l’inaccessibilité à la pièce détachée (dans le cas de sa disponibilité) « car ce n’est pas tout le temps le cas», dit-il.

Le deuxième problème est celui des filets. On met en évidence le risque éventuel pour un pêcheur, quelle que soit son expérience, de perdre en une journée un chalutier pour peu que ce dernier s’accroche à un rocher. Et le fil à réparer, coûte pas moins de 4 000 DA la bobine d’un kg.

S’agissant du prix de vente du poisson, jugé très élevé par les consommateurs, l’armateur le justifie par le prix excessif à ses yeux, du gasoil.

La sardine est chère, « le  gasoil aussi »

La plupart des marins pêcheurs affirment débourser une moyenne de 20 millions de centimes annuellement rien que pour le gasoil. Ami Ali, a gros sur le cœur. Les dépenses, ce n’est pas ce qui manque.

Entre autre, il a assuré, débourser pas moins de 20 millions de centimes de gasoil mensuellement. Et, toujours selon lui, si l’Etat veut réellement faire baisser le prix du poisson, la première chose à faire est de subventionner le prix du gasoil pour les pêcheurs. Car, enchaîne-t-il, il ne serait pas du tout facile de débourser une telle somme pour un réservoir de 3000 litres sans savoir si la prise serait bonne ou pas.

«Il nous arrive souvent, notamment en période hivernale, de prendre le large, faisant face à une mer agitée pour revenir au port bredouille. Ce sont, là, des pertes sèches qu’on subit à nous seuls, sans subvention aucune », s’exclame-t-il.

Toujours dan le sillage des manquements relevés par les marins pêcheurs, ces dernier ont bien fait de rappeler que la pêche à la dynamite qui est pourtant interdit. Ils se plaignent de ce fait, de la menace pesante sur le large. Selon eux, il est inconcevable d’ignorer ce point primordial de la pêche à la dynamite.

« La quantité à pécher a, certes, diminué, mais le peu qui reste n’est plus à même d’être pêché à cause de l’usage fréquent de la dynamite à la place du filet, par bon nombre de pêcheurs, à l’image de ceux des ports de Bouharoune, Mostaganem, Oran et Bouzedjar.

Pourtant, la législation est claire : la pêche à la dynamite est interdite. Suite à quoi, selon les marins pêcheurs, c’est toute la chaîne vitale qui est perturbée. Le poisson est très sensible, pour qu’il puisse s’accroître, il lui faudrait un climat approprié. Dans le cas contraire, et si cela continue à ce rythme, nos eaux seront désertées», regrette-t-on encore.

Dj. Am