Le processus inflationniste en 2021 : sans relance économique et nouveaux mécanismes de régulation, un danger pour la sécurité nationale

Le processus inflationniste en 2021 : sans relance économique et nouveaux mécanismes de régulation, un danger pour la sécurité nationale

Abderrahmane MEBTOUL Docteur d‘Etat 1974- professeur des universités, expert international

Le taux de croissance pour 2020 est négatif moins 5/6% en 2020 et le taux de 3% prévu s’applique à un taux négatif précédent donnant en termes réel, s’il se réalise, entre 0 et 1% en 2021. L’économie algérienne étant une économie rentière  dont le taux de croissance , le taux d’emploi et le niveau des  réserves des changes( moins de 50 milliards de dollars fin 2020 malgré toutes les restrictions qui ont paralysé tout l’appareil productif,  dépend   du niveau  des recettes des hydrocarbures qui ont été fin 2020 de 20 milliards de dollars contre 34 en 2019,n’oubliant pas  le cours du gaz naturel , 2,50 dollars le MBTU en janvier 2021, une baisse de plus de 70% par rapport à 2010, procurant 33%  des recettes de Sonatrach .Cela a un impact sur le taux d’inflation et le taux de chômage(voir notre interview à la radio  publique arabophone chaine 1 le 20/01/2020 sur le bilan 2020 de Sonatrach).

1.-Pour la période 1970 aux prévisions du gouvernement fin 2023, nous avons la cotation suivante :

-1970, 4,94 dinars un dollar,  -1980 : 5,03 dinars un dollar, –1985 : 5,03 dinars un dollar, -1990 : 12,02 dinars un dollar, –1991 18,05 dinars un dollar, -1994 : 36,32 dinars un dollar,-1995 : 47,68 dinars un dollar,  –1999 : 66,64 dinars un dollar

-. Pour la période de 2001 au 14 janvier 2021 et nous avons la cotation  suivante : –2001 : 77,26 dinars un dollar 69,20 dinars un euro : -2005, 73,36 dinars un dollar, 91,32 dinars  un euro : – 2010, 74,31 dinars un dollar et 103,49 dinars un euro : –2015, 100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro : -2016 :100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro : –2017 : 110,96 dinars un dollar  et 125,31 dinars un euro : – 2018 : 116,62 dinars un  dollar et  137,69 dinars un euro : –2019 :119,36 dinars un dollar et 133,71 dinars un euro :-20 janvier 2021, nous avons 132,75 dinars un dollar  et 161,19 dinars un euro

Pour le PLF2021 : 142 dinars pour un dollar  en 2021, 149,71 dinars en 2022 et 156 dinars en 2023.

Malgré ce dérapage du dinar ,où la  banque d’Algérie procède au   dérapage du dinar par rapport au dollar et à l’euro ce qui  permet d’augmenter artificiellement la fiscalité hydrocarbures ( reconversion des exportation hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire ( via les importations tant en dollars qu’en euros convertis  en dinar dévalué),  au cours de 128 dinars un dollar au moment de l’établissement de la loi , le PLF2021  prévoit un déficit budgétaire record de plus de 21,75 milliards de dollars  contre  à la clôture 2020 de 18,60 milliards de dollars avec  un déficit global du trésor de 28,26 milliards de dollars, soit 17,6% du PIB.  Cela induit forcément, combiné avec la dévaluation du dinar   une inflation importante pour tous les produits importés biens de consommation, biens intermédiaires  et équipements, où souvent pour certains produits, le prix final au consommateur s’aligne sur le cours du dinar sur le marché  parallèle qui le 20 janvier 202 s’est échangé au prix de 220,80 DA à l’achat, contre 223,40 à la vente et le  dollar à 180 DA à l’achat et 182 DA à la vente alors que les  frontières sont toujours fermés .  

2- Ainsi le prix des voitures d’occasion de pièces détachées, de la sardine qui a atteint 1000 dinars le kg ,le manger du pauvre,  des légumes secs importés, des  ordinateurs  et les composants  depuis début janvier 2021 ont connu une hausse entre 20/40% selon les produits. La mentalité rentière bureaucratique, ignorant la formation des mécanismes des prix  est  de vouloir diminuer les marges des détaillants quitte à les mettre en faillite,  alors que le problème est ailleurs. Pour les importations de voitures, si on achète  à 100 euros arrivé au port d’Alger, le prix sera multiplié par 160/170 dinars un euro , plus les droits et taxes appliqués à la partie dinar  plus la marge du concessionnaire, donc un prix au consommateur très élevé et qui sera fonction de la marque et du gabarit et de la structuration du  pouvoir d’achat . Ainsi,  malgré les subventions de certains produits, non ciblées, source d’injustice sociale et de gaspillage, la majorité des produits connaissent une hausse vertigineuse ayant un impact sur le pouvoir d’achat des Algériens.  L’indice global de l’inflation doit être régulièrement réactualisé car le besoin est historiquement daté, les besoins évoluant, cet indice étant , biaisé,   devant l’éclater par produits  selon le modèle de consommation par couches sociales (fonction de la stratification du revenu national) et  surcroît  comprimé artificiellement par les subventions sinon il dépasserait les 10%. La perception de l’inflation est différente d’une personne qui perçoit 200 euros par mois de celle qui perçoit  5.000 euros ou plus  n’ayant pas le même modèle de consommation. Un agrégat global comme le revenu national par tête d’habitant peut voiler d’importantes disparités entre les différentes couches sociales.

3.- Aussi, une interrogation s’impose : comment est-ce qu’un Algérien, qui vit au SNMG, (moins  de 200 euros par mois fait face aux dépenses incontournables : alimentation, transport, santé, éducation. L e travail au noir (sphère informelle) de certaines catégories, de la sphère réelle après les  heures de travail, parfois la petite corruption de ceux qui détiennent  certains segment sud pouvoir économique au niveau local , la  cellule familiale, paradoxalement, la crise du logement (même marmite, même charges) et les subventions  et  transferts sociaux mal ciblées  et mal gérés   jouent temporairement et imparfaitement  comme tampon social.  L’inflation joue comme vecteur de redistribution et de concentration du revenu national au profit des revenus variables et pénalise les revenus fixes. Nous sommes dans un cercle vicieux : l’inflation  accélère les revendications sociales pour une augmentation des salaires  qui à leur tour en cas de non productivité accélère l’inflation. Comme la détérioration du pouvoir d’achat accroît  soit l’endettement des ménages ou  accélère la déthésaurisation  des ménages  notamment les couches moyennes qui se paupérisent  en la mettant en circulation leur épargne, ils  gonflent la masse monétaire en circulation accélérant, en cas de rigidité de l’offre,  le processus inflationniste. Lorsque l’Etat a les moyens financiers, l’importation de produits subventionnés joue comme tampon transitoire.  Qu’en sera t-il avec l’éclatement de la cellule familiale et en cas de chute du cours des hydrocarbures ne pouvant plus subventionner, un couple  avec deux enfants  devant percevoir minimum entre  50.000/60.000  dinars/mois  net   pour uniquement substituer sans paiement de loyers, ni voitures, ni téléphone ? Le processus inflationniste est amplifié par les    tendances monopolistiques  tant au niveau commerce extérieur  qu’au niveau interne  où  les circuits entre le producteur et le consommateur (les grossistes informels) ont tendance à se rallonger, la marge commerciale pouvant représenter 2 à 3 fois le prix de production (surtout dans le domaine agricole), ce qui ne peut que décourager le producteur immédiat et l’orienter vers des activités spéculatives. Ainsi,  la politique bureaucratique autoritaire d’encadrement des prix s’avère d’une efficacité limitée, sinon il faudrait des milliers de contrôleurs, ne résolvant  d’ailleurs pas le problème dans la mesure où le contrôle des prix repose sur le détaillant qui ne fait  souvent que répercuter ces surcoûts de distribution alors que s’impose un nouveau système de régulation transparent.

4. Toute Nation ne peut distribuer que de ce qu’elle a préalablement produit  quitte à aller vers la dérive  politique, sociale et économique où  avec  la pression démographique, plus de 50 millions d’habitants en 2030, l’on devra  devant créer entre 350.000/400.000 emplois par  an, non par décrets qui s’ajoute aux taux de chômage actuel, nécessitant  9/10% de taux de croissance sur plusieurs années, la population algérienne étant passée de 12 millions en 1965, de 34 591 000 le 1er juillet 2008, à 37,5 millions d’habitants en 2010, 39,5 millions d’habitants au 1er janvier 2015, à 40,4 millions d’habitants au 1er janvier 2016 , à 44,6 au 01 janvier 2020, plus de 50 millions horizon 2030. Le faible taux de croissance influe également sur le taux de chômage. Selon le Ministre du travail en date du 19/01/2021, le  taux de chômage en Algérie connaît une augmentation sans précédent, avec une forte diminution des offres d’emploi depuis les trois dernières années» selon  le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale lors d’une séance travail tenue au Conseil de la nation, les offres d’emploi connaissant une diminution notable, passant de 437.000 en 2019 à 306.000 en 2020, soit une baisse de 30%, les placements sur le marché de l’emploi ayant  chuté à 230.621 postes contre 335.311 en 2019, soit un recul de l’ordre de 31%. Sur les 365.000 jeunes bénéficiaires d’aide à l’insertion professionnelle et à l’insertion sociale des diplômés sur une période de trois ans, seuls 35.906 jeunes ont réellement été intégrés au 31 décembre 2020.Concernant la Caisse nationale de sécurité sociale des non-salariés (CASNOS) connaît un déficit structurel dans ses différentes filiales, avec la CNR un déficit de 680 milliards  soit 50% du déficit global des pensions et retraites, préconisant un élargissement de l’assiette des cotisations au secteur de l’informel, mais sans proposer des solutions concrètes  de l’intégration de cette sphère à la  sphère réelle.   Selon le rapport «Analyse rapide de l’impact socio-économique du coronavirus sur l’Algérie» de l’ONU, la pandémie du Covid-19 a augmenté fortement le taux de chômage. Celui-ci a atteint 15%, contre 11,4% en 2019, soit une hausse significative de 3,6 points, avec un accroissement des emplois précaires et incluant l’emploi de la sphère informelle qui représente plus de 40%  de l’emploi hors hydrocarbures.

En conclusion, le  risque, en cas de stagnation du cours des hydrocarbures et l’absence de réformes profondes pour un retour à la croissance,  est la spirale inflationniste et l’implication du chômage. Certaines organisations préconisent de solutions utopiques bureaucratiques comme le blocage des marges  alors que le problème est ailleurs concernant la  régulation économique. L’illusion monétaire, peut  conduire le pays à une impasse  sans un véritable plan de relance qui demandera du temps pour la rentabilité des projets pas avant  2024/2028,  trois ans pour les PMI/PME, 6/7 ans pour les grands projets structurants, sous réserve de la levée des contraintes d’environnement,  et que les projets soient mis en œuvre en 2021.  Ne soyons pas pessimiste.

L’Algérie a toutes les potentialités de surmonter la crise actuelle sous réserve d’ une vision stratégique de développement hors hydrocarbures,  la réforme du système politique et économique, une lutte contre la mauvaise gestion et la  corruption dans le cadre  d’ une  libéralisation  maîtrisée dans le cadre des valeurs internationales , parallèlement à la levée des entraves bureaucratiques, la refonte du  foncier, l’adaptation du système socio éducatif, du système financier dans son ensemble , l’intégration de  la sphère informelle par des mécanismes économique et non par des actions bureaucratiques   et  la stabilité  juridique et  monétaire, critères essentiels pour toute relance socio-économique.