Le président Tebboune prône l’apaisement avec la France et le Maroc

Calme, sobre et pondéré lors de son interview à France 24 en français

Le président Tebboune prône l’apaisement avec la France et le Maroc

(Par Mounir Yakouren)

 

Le président de la République M. Abdelmadjid Tebboune, qui a reçu l’envoyé spécial de la chaine internationale française France 24 Marc Perelman, ce samedi au palais d’El Mouradia, a placé l’évolution des relations de l’Algérie avec la France, ancienne puissance coloniale, et avec le Maroc, pays voisin, sous le signe de l’apaisement. Avec la France, les rapports ont toujours suivi un mouvement de yo-yo mais sans que le flux des contacts au plus haut niveau ne soient un jour rompu, a-t-il rappelé d’emblée. Il a affirmé que les relations bilatérales lient deux pays souverains qui « peuvent aller loin dans l’apaisement ».

Ils peuvent d’autant plus le faire que l’Algérie, pour sa part, agit avec lucidité et sérénité à partir de sa position de « pays-pivot » dans la région, en Afrique et dans le monde arabe. Les deux parties peuvent aller vers l’apaisement dans les relations bilatérales qui sont denses du moment que le courant passe avec le président Emmanuel Macron, qui est aux yeux du chef de l’Etat algérien, un homme « honnête, sincère et propre ». Propre sur les questions de la mémoire coloniale, a-t-il tenu à préciser.

Au sujet du dossier mémoriel, le président de la République a délivré ce qui semble être un satisfecit personnel en soulignant que le chef de l’Etat français est « réceptif et compréhensif » et « dit clairement ce que d’autres (chefs d’Etat français avant lui, NDLR) n’ont pas dit ». Toutefois, a tempéré le président algérien, son actuel homologue français a formulé jusqu’ici des « demi-excuses » qui gagneraient à être des excuses pleines, c’est-à-dire des excuses formelles, en bonne et due forme. En tout cas, cela semble être le souhait du président Abdelmadjid Tebboune.

Interrogé à propos d’une visite officielle en France, la sienne, ou d’un séjour tout aussi officiel en Algérie du locataire de l’Elysée, le président de la République a souligné qu’elle doit être une « visite d’Etat » et non une « visite de travail ». Et que sa date dépendra de l’évolution de la situation épidémique dans les deux pays et des calendriers de travail des deux présidents, agenda qui est extrêmement chargé dans le cas du chef de l’Etat algérien. Le principe est donc retenu de part et d’autre.

Sur la crise libyenne, le chef de l’Etat algérien a évoqué le risque de « glissement vers un scénario syrien », déclarant à ce propos « qu’on y est maintenant ». Il a indiqué que si la situation conflictuelle et crisogène en Libye n’a pas encore irrémédiablement basculé vers le scénario syrien, c’est parce que « les tribus libyennes sont restées sages » jusqu’ici. Mais, a-t-il ajouté, elles pourraient être contraintes « à vouloir se défendre », ce qui risque de faire entrer la Libye dans « le schéma somalien ».

Le président Abdelmadjid Tebboune, qui ne délivrait manifestement pas des prévisions de Cassandre, a cependant tenu à se montrer résolument optimistes en disant « qu’il ne désespérait pas » du fait que l’Algérie est toujours en capacité de parler à tout le monde et d’être d’autant mieux écoutée qu’elle se tient à équidistance des différents protagonistes. Il a ensuite indiqué que le moment est désormais propice pour « aller vers une solution définitive » qui consiste à réunir tous les acteurs, dans une démarche inclusive  favorisant la tenue d’élections qui déboucheraient sur l’émergence d’institutions transitoires légitimes qui prépareraient une Constitution consensuelle.

S’agissant du Maroc, le président Abdelmadjid Tebboune, qui ne s’est pas appesanti sur les ressorts de la crise durable qui marque les relations bilatérales, a manifesté de profonds sentiments de fraternité à l’endroit du Marc, de son roi et de son peuple. Il a développé une pertinente formule qui pourrait être l’équation diplomatique qui résume le mieux le contentieux bilatéral depuis l’Indépendance de l’Algérie et notamment depuis la guerre des sables de 1963 : « nous n’avons pas de problèmes avec les Marocains, ce sont les frères marocains qui ont des problèmes avec nous » ! En tout cas, « pas d’arrière-pensées » côté algérien, a-t-il précisé.

M.Y.