« Le CHU Mustapha est le temple de la médecine en Algérie »

Le président Abdelmadjid Tebboune, et l’Algérie entière, prend à bras-le-corps la question de la pandémie du Coronavirus. A ce titre, des mesures ont été annoncées à l’issue de la réunion qu’il a présidée jeudi, suivie le lendemain par une réunion de travail regroupant le ministre de la santé, Abderrahmane Benbouzid et les directeurs des hôpitaux de la capitale. Pour prendre le pouls du travail accompli au niveau du CHU Mustapha en matière de lutte contre cette pandémie, le D.G de l’établissement hospitalo-universitaire Mustapha Bacha , Abdeslam Benana,  nous a aimablement reçu samedi. Entretien.  

 

La patrie news : Actualité oblige,  Monsieur le ministre de la Santé et de la réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a  tenu vendredi  une séance de travail qui a regroupé l’ensemble des directeurs d’hôpitaux de la capitale. Vous étiez présent et à ce titre, peut- on connaitre  les recommandations émises à l’aune de cette recrudescence des cas de coronavirus ?

 

Abdeslam Benana : C’est une séance de travail que nous avons pratiquement l’habitude de tenir avec Monsieur le ministre de la santé en séances périodiques. Seulement, la séance de travail d’hier (Vendredi : ndlr) avait un caractère spécifique en ce sens qu’elle vient juste après  la grande séance de travail qui a eu lieu jeudi, présidée par Monsieur le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.  Donc c’est une réunion qui a tourné autour des nouvelles directives et recommandations que Mr le ministre Benbouzid nous a transmises pour donner un nouvel élan à la stratégie que nous avons consacrée pour la prise en charge de la pandémie de la Covid-19.  Quant aux orientations, elles sont d’ordre général, vous avez surement remarqué que l’épidémie a pris un autre rythme qui s’est un peu accéléré ces dernières semaines. Avec une sensible baisse durant les quatre derniers jours. C’est un signe encourageant, Dieu merci. Il faut savoir qu’il s’agit d’une tendance mondiale. Vous n’êtes pas sans savoir, notamment vous les médias,  que d’autres pays européens  ont également connu une recrudescence des cas de contaminations et l’Algérie évidemment n’a pas  été épargnée. Donc pour revenir à votre question, durant cette réunion, on a discuté avec monsieur le ministre des types d’organisation hospitalière et sanitaire que nous devons mettre en place pour faire face aux nouvelles donnes de cette pandémie, que ce  soit en matière de mobilisations des lits d’hospitalisation, de mobilisation des équipements de protection individuelle  pour le personnel hospitalier. Et surtout le moyens de dépistage qui devront être massifs pour nous permettre d’instaurer le mesures – barrières qui permettront de couper la chaine de contamination.

Vous êtes à la tête du plus grand hôpital d’Algérie, en l’occurrence l’hôpital Mustapha Bacha, et, à ce titre, peut-on connaitre la stratégie de travail et d’organisation pour faire face au grand flux de citoyens qui viennent non seulement d’Alger mais également des autres willayas du pays, pas forcément limitrophes ?

Moi je pense que dans toute organisation qui est orientée vers son environnement, donc publique, c’est d’abord de se doter d’un système d’informations qui peut gérer et réguler le flux qui arrive. A notre niveau, nous disposons d’une unité de consultation Covid-19, elle se trouve à l’entrée de l’hôpital ; elle est ouverte à tout le monde ; on reçoit tout le monde d’où qu’il vient. La région, la wilaya et  le lieu de résidence ne sont pas pris en considération. Justement, parmi les orientations émises par les autorités  figure celle de recevoir tout malade qu’elle que soit son statut, son origine…. Le malade n’a pas de couleur, il n’a pas de nationalité. Dès qu’il arrive, il est pris en charge.

Et cette prise en charge touche avant tout l’évaluation de son état de santé.  S’il s’avère qu’il présente des signes en faveur de la Covid-19, à ce moment- là, le processus de prise charge est déclenché. Diagnostic et   préparation à recevoir la thérapie. Dès que le médecin a fait son diagnostic, deux alternatives se présentent : s’il s’agit de la forme bénigne, le patient bénéficie d’un traitement avec conseils oraux et écrits selon des fascicules, il rentre chez lui tout en respectant les mesures de confinement et les gestes barrières pour protéger son environnement. S’il présente une forme bénigne mais qui nécessite une hospitalisation,  il est hospitalisé dan nos services. Et enfin, s’il présente des détresses respiratoires, à ce moment-là, il est hospitalisé dans des structures spécifiques.

Justement comment le CHU Mustapha arrive à absorber ce flux concernant les cas de pandémie de covid-19 particulièrement ?

IL faut savoir que dans ce cas particulier de la pandémie du Coronavirus, le CHU Mustapha n’est pas seul à répondre aux besoins des patients atteints ou soupçonnés d’être contaminés. Comme dit un proverbe arabe que je traduis : « On trouve dans les rivières ce que l’on ne trouve pas dans les océans ». Donc, même les petits hôpitaux sont impliqués. Je dirais même  qu’on trouve de meilleures commodités pour le motif qu’ils ont à gérer un flux bien moins important que celui qui arrive chez nous à Mustapha. Et donc, forcement la qualité de leurs prestations diffère de la nôtre. Quoique nous nous ayons l’avantage du facteur expérience et des ressources humaines qui est en notre faveur.  Donc, pour faire face à ce flux, c’est la notion de flexibilité qui nous permet de nous adapter à n’importe quelle situation. Sachez qu’à l’hôpital Mustapha, nous avons la capacité d’augmenter le nombre de lits d’hospitalisation en deux temps-trois mouvements.  S’il s’avère que le nombre de patients dépasse celui de la veille, nous pouvons rapidement mobiliser dix-vingt-trente lits de plus. Du coup nous donnons satisfaction aux demandeurs.  

Récemment le CHU  Mustapha Bacha s’est doté  de deux appareils d’Imagerie par résonance magnétique (IRM) ,  d’un appareil scanner ainsi  que d’un appareil PCR de marque QUIAGEN Pour effectuer des tests permettant d’établir le diagnostic de contamination au Covid-19, une nouvelle technique  différente de celle utilisée au niveau de l’institut Pasteur.  Peut-on avoir  plus de détails ?

Avant d’évoquer ces acquisitions, sachez que le CHU Mustapha est le temple de la médecine en Algérie.  Le service de microbiologie et de virologie est le plus grand en Algérie. Il faut savoir que la crème de cette spécialité en ressources humaines est sortie de notre hôpital. Y compris ceux qui sont à l’Institut Pasteur.  Une vraie pépinière. Nous avons l’avantage d’avoir un professeur chef de service maitre en virologie qui dispose de véritables lettres de noblesses. Quand cette pandémie avait commencé, et quand on a reçu les instructions du ministre de la Santé relatives à la prise en charge de cette pandémie du covid-19, notamment dans son volet diagnostic, le professeur chef de service a demandé à ce que son service soit doté du matériel nécessaire le plus performant. C’est ainsi que nous avons été le premier établissement hospitalier à être doté de ce matériel ultra moderne, après l’Institut Pasteur évidement car ce dernier reste le laboratoire – référence. Donc, nous réalisons ce test PCR avec trois techniques différentes. Et nous avons le résultat de la PCR le jour-même. Au plus tard, le lendemain. Donc, disposer des résultats du test PCR en un temps record est fabuleux et pour le malade et pour le corps médical.

Une question un peu particulière Mr  Benana et  qui se rapporte au cas où, malheureusement, un patient décède à  l’hôpital  des suites du Coronavirus. Comment se fait la  mise en bière et quelles sont les dispositions particulières à prendre  pour éviter la  contamination ?   

Cet aspect-là a été pris en charge au CHU Mustapha dès le premier décès qui remonte à début septembre. Nous avons appliqué les mesures universelles qui permettent bien sûr d’éviter la contamination et de casser la chaine de transmission. Premièrement, il faut confirmer que le décès est dû au Coronavirus. Même si on n’a pas suffisamment de temps de faire la PCR, on s’arrange pour faire la PCR post-mortem et cela se fait au niveau de la médecine légale. Au niveau de ce service, il est procédé au prélèvement sur la dépouille, qui sera transmis au laboratoire de microbiologie et tout en signalant l’urgence, on a le résultat au bout de quatre heures(04) heures. S’il s’avère qu’il est décédé de coronavirus, on applique les mesures à la lettre. Les parents ont le droit de jeter un dernier coup d’œil mais à distance sans le toucher, et cela obéit à une procédure spéciale : cercueil plombe, placé dans une housse mortuaire, le cercueil mis en bière, la police arrive, on met à la disposition de la famille une ambulance, quand l’enterrement se fait au niveau d’Alger, l’ambulance les accompagne jusqu’au cimetière, accompagné d’ une voiture de police. S’il s’avère que le défunt est mort d’une autre cause, (PCR négative), ce sera un enterrement normal.

Entretien réalisé par Ferhat Zafane