La fièvre du désespoir

La fièvre du désespoir

Certes, et à moins d’être atteint d’une myopie congénitale, il était possible pour tout observateur de la scène internationale de voir venir les   choses de loin. Las de la politique du fait accompli marocaine, copiée sur l’attitude sioniste appliquée dans les territoires occupés palestiniens, le Polisario s’est résolu à agir au lieu de réagir, et à prendre carrément le taureau par les cornes. La fermeture du passage d’El Guerguerat a fait mal au Maroc.

Très mal même. Son économie, déjà vacillante, en a gravement souffert. C’est le roi Mohamed VI qui, dans un récent discours, en a fait l’aveu involontaire. Dès lors, le compte à rebours en devenait inéluctable. Face à l’asphyxie de son économie, dont la gravité a même fait vaciller le trône royal, Rabat ne semblait plus avoir d’autres choix que la voie du «gangstérisme d’État.

Le Maroc, qui n’en est plus à une incartade près, a fait le choix périlleux, et irrémissible de défier ouvertement la communauté internationale. Son intervention militaire sur une zone libérée par le Polisario, et placée sous observation et protection internationale est un véritable pied de nez fait au conseil de sécurité de l’ONU.

Le plus grave sans doute, c’est que cette inexcusable et criminelle agression militaire donne l’air d’avoir été préméditée et mûrement réfléchie. Preuve en est la mise en garde du Polisario, contre de discrètes infiltrations de soldats et de militaire des forces royales marocaines déguisé en civiles. Tout portait à croire, en effet, que cette criminelle opération coup de poing a été pensée et préparée en amont.

Si une réplique musclée de la part de la communauté internationale est fortement souhaitable, il ne fait pratiquement pas de doute que c’est celle du Polisario qui faire couler le plus d’encre et de salive. Il est en effet question d’une rupture unilatérale du cessez-le-feu conclue entre la RASD et le royaume chérifien. Une escalade (armée ?) aux conséquences incommensurables peut en résulter.

C’est le Maroc,  lui seul qui en assumera pleinement les conséquences, du moment que cette agression vient de lui, et qu’il n’a visiblement pas l’intention d’appliquer la moindre mesure d’apaisement. Ce que voyant, c’est un ex-premier ministre de sa majesté, le sieur Benkirane, qui s’en vient faire diversion en appelant à l’ouverture des frontières entre l’Algérie et le Maroc. Or, notre réponse à cette supplique a toujours été constante, et n’est donc pas prêt de changer de sitôt. Pour faire court, cette question doit faire l’objet d’un traitement global, comme le trafic de drogue, véritable spécialité marocaine, la lutte contre le terrorisme (vrai), à l’image des anciens amis de Hassan II quand le royaume chérifien était devenu un sanctuaire  pour les criminels sanguinaires du GIA, et que le défunt roi avait voulu faire de notre pays un véritable « laboratoire à ciel ouvert ».

Ainsi donc, l’intrusion de la soldatesque marocaine, qui ne restera pas sans conséquences, est une preuve de plus que le Makhzen, désormais à bout de souffle et d’arguments cherche vraisemblablement à mettre le feu aux poudres. Décidemment, et même à l’échelle d’un État, ou d’un royaume, que ne fait-on comme grossières bêtises par désespoir….

Par Mohamed Abdoun