La Chahida Aïcha SAAD EL HACHEMI, Du Lycée au maquis

La Chahida Aïcha Saad EL Hachemi Du Lycée au maquis

La mémoire de toutes les femmes qui ont donné leur vie pour l’idéal patriotique est célébrée à chaque occasion mais beaucoup restent moins connues que d’autres, voire totalement méconnues à l’image de Aïcha Saad El Hachemi.

Leila Tayeb, qui fut sa camarade de classe au lycée, a aussi été de celles et ceux qui ont partagé son engagement au combat. Elle fait appel à ses souvenirs pour nous parler de son courage et dévouement. Un exemple qui nous honore.

Elle voit là la référence à suivre par les générations postindépendance, qui, elles, ont eu et auront un autre combat à mener. «Lui rendre hommage me tenait à cœur. Elle venait d’un milieu aisé et pourtant elle abandonne tout, pour aller mourir à Frenda, en mars 1957 ».

Aicha Saad El Hachemi vient au monde à Oran, en 1937, au sein d’une famille nombreuse. Son père est conseiller municipal. L’enfant grandit entouré de l’affection des siens mais très vite prend conscience de l’injustice et des exactions subies par le peuple algérien sous le joug colonial.

Après son cursus primaire, elle est inscrite dans un des lycées, les plus prestigieux de l’époque.

Le lycée de jeunes filles d’Oran portant le nom depuis 1942 de Stéphane Gsell, éminent archéologue fran çais, ayant enseigné à l’université d’Alger et auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord.

Les anciens de cet établissement se souviendront que seule l’élite de l’ouest algérien le fréquentait.

A l’indépendance, on le baptisera lycée El Hayat. Elève en sciences expérimentales, Aïcha milite dans une cellule d’étudiants dirigée par El Haouri Farhaoui, élève en terminale au lycée d’Ardaillon.

Ce groupe faisait passer des armes, des tracts, de l’argent des quartiers français à Médina El Djedida. Elle rejoint le maquis, en novembre 1956, quelque temps après son compagnon de combat Farhaoui, dénoncé. Tous deux craignent d’être arrêtés.

« Elle me devance d’une semaine à Frenda et Mascara » se souvient Leila. Là, elle se retrouve avec deux médecins, le Dr Khaled de son vrai nom Issad Lahcène et le Dr. Youcef Damerdji, du nom de guerre Abdelhakim. Khaled venait juste d’obtenir son diplôme de l’université de Strasbourg, quant à Abdelhakim, il avait déjà son cabinet à Tiaret. Les quatre ne survivront pas à la férocité des combats ».

Issad, arrêté, sera exécuté. Damerdji lui tombe au champ d’honneur lors d’un accrochage, même sort pour Farhaoui et Aïcha, qui tombera au champ d’honneur, les armes à la main, pas loin de la zaouïa de Takhmarète, PC de la zone VI de la Wilaya V.

 L’anonymat, l’oubli, le manque de reconnaissance pour ceux qui ont donné leur vie pour une Algérie indépendance font profondément mal.

« Il y a deux ans, je suis allée à Oran avec le dossier de Aïcha sous le bras, pour demander audience au wali de l’époque.

Il m’a reçu et m’a dit : « M. Benbouzid, (ex-ministre de l’Education nationale), vient samedi » ; le dimanche le nom d’Aicha Saad El Hachemi été donné à un nouveau lycée d’Oran. Je suis revenue à Alger avec le sentiment d’avoir rétabli une injustice ».

Personnellement, j’ai mis du temps pour accepter de témoigner, parler de celles et ceux que j’ai connus lors de la lutte de libération nationale. Je considère que nous avons fait notre devoir, au péril de notre vie, certes, mais en notre âme et conscience, nous sommes heureux d’avoir contribué à la libération de notre pays.

Aujourd’hui, je suis persuadée que ceux qui sont revenus ont l’obligation de rapporter le plus fidèlement possible les choses qu’ils ont vécues.

De rappeler, le sacrifice suprême des meilleurs d’entre nous. Afin que nul n’oublie. Il nous arrive d’évoquer nos compagnons de lutte, lors de rencontres comme le 8 mars de l’année 2011 mise à profit pour honorer la mémoire de chahidate dont Zoubida Ould Kablia.

Leila se souvient encore de la plaque portant des noms d’anciens élèves, morts pour la France durant la guerre 1939-1945 se trouvant dans le majestueux hall du lycée Stéphane Gsell, aujourd’hui El Hayat.

Elle propose pour conclure qu’en lieu et place, soit placée, une autre, avec les noms cette fois, de lycéennes d’Oranie, dont celui de Aïcha Saâd El Hachemi. Elle le mérite.

In Mémoria