Journée internationale contre les essais nucléaires : la France doit réparer ses dégâts  nucléaires au Sud algérien  

Journée internationale contre les essais nucléaires : la France doit réparer ses dégâts  nucléaires au Sud algérien  

L’Algérie ne cesse de réclamer à la France des réparations pour les incommensurables dégâts causés aux humains, aux animaux et à l’environnement par ses 17 explosions nucléaires menées entre 1960 et 1966 au Sahara algérien. A l’occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, célébrée samedi, l’ONG internationale ICAN-France, rappelle ses responsabilités à la France dans ce dossier resté en suspens. « Plus de 50 ans après le dernier essais nucléaire français au Sahara, le passé nucléaire ne doit plus rester enfoui dans les sables », a souligné l’ONG. « Il est temps de déterrer les déchets — provenant des 17 essais nucléaires réalisés entre 1960 et 1966 (quel subterfuge avait utilisé Paris pour réussir à mener des essais après l’indépendance algérienne?) pour assurer la sécurité sanitaire des générations actuelles et futures, préserver l’environnement et ouvrir une nouvelle ère des relations entre l’Algérie et la France », en citant une nouvelle étude de l’Observatoire des armements et de ICAN France publiée par la Heinrich Böll Stiftung. « La France n’a pas encore révélé tous ses secrets », a souligné l’ONG se référant  à son étude «Sous le sable la radioactivité : les déchets des essais nucléaires français en Algérie, analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires». Cette étude dresse « un premier inventaire de ce qui a été volontairement laissé – déchets non radioactifs, matières radioactives issues des explosions nucléaires, matériels contaminés par la radioactivité – et enfouies sous le sable « du simple tournevis contaminé par la radioactivité, aux avions et chars », révèle-t-elle. L’étude, ajoute l’ONG, montre également « comment le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui inclut des obligations positives (articles 6 et 7), est une réponse pour faire évoluer cette problématique humanitaire et sanitaire », estimant que ce travail « s’inscrit désormais également avec le travail mémoriel de « vérité » entre les peuples français et algérien mis en place avec la nomination, par les présidents des deux pays, de personnalités (Benjamin Stora et Abdelmadjid Chikhi) ». A cette occasion, elle a indiqué que les recommandations des auteurs de l’étude « vont être soumises aux parlementaires dans l’objectif de faire avancer ce chapitre de l’histoire atomique de la France ». Les auteurs de ce rapport ont rappelé les exemples à l’appui, les débuts de réparations aux victimes des essais nucléaires exécutés (certains postérieurs aux explosions du Sahara) par les puissances nucléaires, Etats-Unis en tête, pour mettre la France qui temporise à dessein, devant ses responsabilités vis-à-vis de ses victimes en Algérie avant de dresser nombre de recommandations à ce sujet, précédées d’un état des lieux.

Dans cet état des lieux, les auteurs rappellent que « les zones du Sahara (Reggane et In Ekker) qui ont servi pour la France de terrain d’expérimentation pour 17 explosions nucléaires ont laissé des traces, dont la dangerosité pour les populations, comme pour la faune et la flore, est loin d’être négligeable ». Ils font savoir que « les déchets non radioactifs ou issus des essais nucléaires (sables vitrifiés, roche et lave contaminées) ainsi que les outils et autres engins potentiellement radioactifs laissés par les autorités politiques et militaires françaises de l’époque, qui les ont simplement enfouis dans les sables, doivent faire l’objet d’un travail approfondi de repérage et de récupération sur le terrain afin d’assurer la sécurité sanitaire des populations et de créer un environnement plus sain ». Ils évoquent en outre, les obstacles à surmonter « pour mettre fin à plus de soixante ans de secrets et de tabous entre la France et l’Algérie et qui sont fort nombreux », jugeant « certain » que « si les autorités algériennes et françaises faisaient un pas vers la résolution de ce problème humanitaire, cela serait une preuve de la mise en œuvre de la première phrase de la Déclaration d’Alger : La France et l’Algérie sont déterminées à ouvrir un nouveau chapitre de leurs relations, cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie. »

Ils précisent que « concernant la France, la loi du 15 juillet 2008 renforce très fortement le secret sur les archives liées au nucléaire » en citant l’article 17 de cette loi pour qui : « ne peuvent être consultées les archives publiques dont la communication est susceptible d’entraîner la diffusion d’informations permettant de concevoir, fabriquer, utiliser ou localiser des armes nucléaires, biologiques, chimiques ou toutes autres armes ayant des effets directs ou indirects de destruction d’un niveau analogue ». Pour eux, « il importe que l’interprétation de cette loi aille dans le sens de son but premier, qui est de lutter contre la prolifération nucléaire », puisque «l’accès à certaines archives (les cartes permettant de localiser les déchets enfouis, en particulier) permettrait de renforcer la sécurité ». Les auteurs proposent enfin, les recommandations qui, précisent-ils, « ne sont pas exhaustives et d’autres pourraient être ajoutées ».

Ces recommandations que nous publions intégralement portent sur :

« Mesures de dialogue entre les deux Etats pour améliorer la situation humanitaire :

– Dans le cadre des sessions du CIHN, les deux gouvernements doivent mettre en place le dialogue spécifique (annoncé en 2017) en s’appuyant sur les travaux du groupe de travail mixte sur l’indemnisation des victimes algériennes des essais nucléaires français au Sahara ou leurs ayants droit.

– Comme le recommande le Civen (Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires)  (rapport de 2018), il est nécessaire que l’Etat français améliore, pour les populations algériennes, l’accès aux archives médicales détenues par le Service des archives médicales hospitalières des armées.

– En vue d’accélérer le processus d’indemnisation des populations algériennes impactées par les essais nucléaires, il est recommandé que les informations sur le processus d’indemnisation soient rendues disponibles en langue arabe et accessibles aux personnes concernées, sur le site internet du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), de même des missions du Civen, comme celle qu’elles a conduites à plusieurs reprises en Polynésie , devraient être effectuées dans les zones concernées pour faciliter la constitution des dossiers de demande d’indemnisation.

– Il serait également indispensable de modifier le décret délimitant les zones affectées au Sahara afin de les élargir, comme cela a été fait pour la Polynésie.

– Il est important que les acteurs (civils et militaires français et les populations algériennes) inscrivent leur témoignage dans une « mémoire collective » pour les générations futures. La création de cette « mémoire commune » pourrait être diligentée par des associations des deux États avec l’aide d’universitaires.

– Toutes les mesures et actions réalisées doivent l’être dans les langues officielles de la France et de l’Algérie.

Mesures concernant les déchets nucléaires :

– La France doit remettre aux autorités algériennes la liste complète des emplacements où ont été enfouis des déchets contaminés ainsi que, pour chacun d’eux, la localisation précise (latitude et longitude), un descriptif de ce matériel, de même que la nature et l’épaisseur des matériaux de recouvrement utilisés ;

– Les données relatives aux zones contaminées par des scories et laves traitées par simple recouvrement (sable, revêtement d’asphalte, couche de goudron, etc.) doivent être publiées ;

– La France doit remettre à l’Algérie les plans des installations souterraines du CEA sous la base militaire de Reggane plateau, ainsi que les plans des différentes galeries creusées dans la montagne du Tan Afella.

Mesures de Protections sanitaires :

– Les autorités algériennes doivent mieux communiquer l’interdiction d’accès à ces zones par le biais de mesures simples : renforcement des clôtures, installation de nombreux panneaux d’information sur les sites en langues arabe et française, affichage d’informations dans les mairies et services de santé des villes et villages de ces zones.

Mesures auprès des populations :

– Réalisation d’une étude indépendante sur les enfants et les petits-enfants, afin de voir s’il existe un risque transgénérationnel ;

– Réalisation d’une enquête de détection auprès de la population sur du matériel contaminé actuellement utilisé ;

– Mise en place de mesures sanitaires à destination en premier lieu des habitants du village de Mertoutek, puis des autres populations locales.

– Information et sensibilisation des populations (dans les écoles, auprès des mouvements associatifs) sur les risques radiologiques encourus.

Réhabilitation et protection de l’environnement :

– Malgré l’impossibilité de revenir à un état pleinement naturel, un premier processus d’évaluation des possibilités de réhabilitation environnementale des sites d’essais nucléaires doit être mené, et un suivi régulier des zones contaminées, avec la participation de scientifiques indépendants, doit être assuré.

– Les zones les plus contaminées (principalement la coulée de lave située sur le flanc du Tan Afella) doivent être nettoyées ou, à tout le moins, couvertes pour limiter l’éparpillement des particules radioactives par le vent et les pluies. Un suivi régulier (annuel) devra également être mis en place.

Utilisation de nouvelles technologies :

– Les autorités devraient avoir recours à de nouvelles technologies pour permettre d’améliorer la sécurité des populations :

1 ) Utilisation de drones[88] équipés d’un radar de pénétration des sols et d’un rayon de détecteur gamma pour détecter des déchets enfouis.

2 ) Utilisation d’images satellites pour assurer une surveillance et permettre une comparaison dans le temps des zones d’essais ».

Abbes Mouats