Hystérie collective

Hystérie collective

Par Mohamed Abdoun

En se répétant, l’histoire a tendance à bégayer. Or, comme le soutient Kundera dans son œuvre magistrale, toute redondance est source d’hilarité. Ténue en devient, dès lors, la frontière entre le rire et le drame, le mélodrame même.

D’où, sans doute, cette expression : rire jusqu’aux larmes. S’il Ya bel et bien eu mort d’homme, dans des circonstances particulièrement tragiques ma foi,  il n’y a pas vraiment péril en la demeure. Je parle, ici, de ce professeur décapité en France, dont la mort a mis en émoi tout l’Hexagone. Un discours martial est carrément adopté par les dirigeants de ce pays, toutes tendances confondues.

Dans cette curie générale, on se presse, on s’empresse, de d’asseoir dans la durée une bien terrible et dangereuse confusion entre islam et islamisme. Partant, les mesures les plus radicales qui soient sont envisagées. De manière inintelligible et sournoise d’abord. Mais de façon directe et brutale ensuite.

La « ratonnade » des temps modernes peut bien commencer. Avec la bénédiction de ces esprits bien pensants qui, brusquement, découvrent, éberlués, que le loup était entré dans la bergerie. Or, pour en finir avec l’islamisme intégriste, il y a loin de la coupe aux lèvres. Inutile, je pense, de m’en aller remuer de vieux et douloureux souvenirs. Quand nous faisions face, bravement mais seuls, à l’hydre terroriste. Quand c’est  nous qui mourions chaque jour par dizaines. Et quand la République algérienne elle-même était menacée d’effondrement. A cette époque, on nous imposait un tacite et criminel embargo. On offrait refuge et tribune aux égorgeurs d’enfants et de femmes du GIA.

Oui, on le faisait sans vergogne, et toute honte bue, au nom de la démocratie et de la liberté d’expression. C’est ainsi que la gangrène s’est installée en France, et partout en Occident. Ses racines tentaculaires ont profondément noyauté ces « sociétés libres ». On ne sait jamais quand, ni comment, une personne va basculer. Bousculer les convenances, et décider qu’une vie humaine, au finish, cela ne pèse pas bien lourd.

Celle des autres, mais aussi la sienne propre. Mais il existe toujours une explication cartésienne à ce brusque changement d’attitude et de comportement. Le droit à la parole ne devait pas être celui de prêcher la haine, et revendiquer des crimes. Cela a été fait mille fois, au grand jour, sur toutes les places publiques, parce que , ce que, voyant il faut bien se garder de se radicaliser soi-même contre les… radicalisés.

La haine engendre la haine. Le tout sécuritaire ne permettra pas à ces pays de sortir de l’ornière. Cette chasse aux sorcières, ce langage de haine et de rejet de l’autre, ne va qu’amener de nombreux musulmans, tolérants et modérés, à rejoindre discrètement le camp des « daâchistes ». Le hiatus sociétal en train de se produire en France du fait de ses dirigeants risque en effet de lui être fatal.  Quand il s’agit de comportement humain, qui n’est absolument pas une science exacte, on ne guérit jamais le mal par le mal.

M.A.