Groupe Cosider, un géant dans la sphère BTP 

Groupe Cosider, un géant dans la sphère BTP  

Citer le Groupe Cosider, c’est citer l’exemple de réussite de l’entreprise publique algérienne et obliger les mauvaises langues à se taire. C’est aussi citer une véritable école de management en la personne de son premier responsable et se dire que, finalement, même dans un environnement hostile, la réussite est là, mais il faudrait une volonté à toute épreuve, des capacités managériales au top niveau, une maitrise parfaite de la politique entrepreneuriale à mettre en œuvre et un pouvoir de meneur d’hommes éprouvé. Arriver à se positionner comme premier groupe économique public dans le secteur des BTP a nécessité tout cela, et bien plus encore.

« C’était une petite filiale de la SNS (Société Nationale de Sidérurgie) jusqu’en 1988 quand il y a eu l’avènement de l’autonomie des entreprises, puis en 1990 les problèmes en tous genres sont apparus qui ont mis à bas de nombreuses entreprises et Cosider dans une situation assez délicate », explique le PDG de Cosider, M. Lakhdar Rekhroukh.

Le parcours de Cosider depuis lors renseigne on ne peut mieux sur les capacités des algériens à se relever et à atteindre les cimes en faisant montre de trésors de compétences, de savoir-faire, d’abnégation, d’amour de la patrie et de ses prochains.

Historique

Cosider a été créée en 1979 par la SNS et le groupe danois Christiani et Nielsen, sous forme de société d’économie mixte et devient filiale à 100 % de la SNS en 1982 avant d’être autonome dans le cadre de la restructuration organique des entreprises engagée par les pouvoirs publics algériens en 1988 et transformée en SPA (Société par Actions) en 1989.

Engagée dans une vision de diversification de ses activités grâce à un management prévoyant de son staff dirigeant, Cosider a su se développer et élargir ses activités au-delà du secteur du bâtiment et des travaux publics. La grande aventure de la nouvelle Cosider a débuté en 2010, année durant laquelle la société est érigée en Groupe non affilié ayant pour unique actionnaire le Fonds Nationale d’Investissement (FNI).

Composé de 10 filiales par spécialités, aux activités diverses dont les principales concernent les travaux publics et ouvrages d’art, le bâtiment et le génie civil, les travaux hydrauliques, le transport des hydrocarbures et de l’énergie électrique, en plus de l’agriculture. Grâce à ce panel d’activités aussi importantes les unes que les autres, le Groupe Cosider a su s’ériger comme l’une des premières forces économiques algériennes et prendre part de manière efficace à la relance économique engagée par les pouvoirs publics.

Nous ne cesserons jamais de le dire et de le répéter, la réussite spectaculaire du Groupe Cosider repose essentiellement sur sa ressource humaine, à commencer par son premier manager dont le nom s’associe désormais à celui du Groupe qu’il a intégré en 1985 !

Les filiales du Groupe Cosider

  • Cosider Travaux publics : leader dans la réalisation de grands barrages en Algérie, dont 10 ont déjà été livrés et 6 en cours de réalisation, ainsi que de grands projets hydrauliques.
  • Cosider Canalisation : spécialisée dans la pose de pipelines et de canalisations pour les secteurs de l’énergie et de l’hydraulique. Pour éviter toute rupture d’approvisionnement, la filiale Canalisation de Cosider exploite à Oued Sly, dans la wilaya de Chleff, une unité de fabrication de tuyaux et de canaux en béton précontraint, d’une capacité de production de 40 km/an, pour des diamètres allant de 500 à 2000 mm ainsi que d’un atelier de maintenance pour ses différents outils de production.
  • Cosider Construction : qualifiée première entreprise de bâtiment et génie-civil en Algérie et est classée à la catégorie IX. Cette filiale emploie jusqu’à 10000 cadres et ouvriers directement et plus de 12000 dans le cadre de la sous-traitance. Elle active dans le bâtiment (plus de 75000 unités déjà réalisées), le génie-civil, etc…
  • Cosider Ouvrages d’Art : ses secteurs d’activités concernent l’étude et la réalisation d’ouvrages d’art, les fondations spéciales, le traitement des terrains par injection.
  • Cosider Carrières : produit et commercialise les granulats provenant de gisements massifs ou de concessions d’Oueds. Ces granulats sont le sable 0/4, les agrégats (4/8, 8/16, 16/25), la grave concassée (0,25 et 0,31,5), le ballast, le TVC et les enrochements. C’est aussi une source d’approvisionnement pour les autres filiales qui leur évite tout arrêt prolongé pour cause de pénurie de ces matériaux.
  • Cosider Promotion : outre le fait que cette filiale s’est spécialisée dans la promotion immobilière, c’est elle-même qui réalise ses programmes promotionnels en assurant la maitrise d’ouvrage, le montage financier, le management, les transactions commerciales liées aux activités immobilières, la promotion immobilière et l’aménagement urbain.
  • Cosider Alrem : c’est l’Algérienne de rénovation, d’entretien et de maintenance. Disposant de trois unités de rénovation implantées à Blida, Rouiba et M’Sila, Cosider Alrem peut assurer et prendre en charge des prestations de service concernant la maintenance et la rénovation du matériel de travaux publics et de transport. Elle s’est aussi lancée dans la location du même genre de matériel.
  • Cosider Engineering : ses principales missions concernent le développement des principaux métiers liés à l’assistance à la maitrise d’œuvre, l’ingénierie de la conception, l’ingénierie d’exécution, diagnostic, expertise et études de faisabilité.
  • Cosider Géotechnique : s’occupe essentiellement des travaux de géotechnique commandés par les clients, tels que la reconnaissance géotechnique et l’auscultation, les fondations spéciales pour BTPH et les forages et injections.
  • Cosider Agrico : c’est la dernière-née des filiales de Cosider et elle constitue à coup sûr le summum du management d’entreprise engagée par le PDG du Groupe qui a su faire le choix le plus durable, d’un côté, permettant l’extension vers d’autres activités pérennes, et, de l’autre, participer de manière effective à la relance économique par la diversification des activités.    

D’endetté à une assise financière lourde

Il fallait connaitre ce qu’est devenu Cosider actuellement pour mesurer l’ampleur de ce qui a été fait en une vingtaine d’années pour en faire un véritable géant dans la sphère BTP : « à la fin des années quatre-vingt-dix, nous avions beaucoup de problèmes d’ordre financier, à tel point qu’une petite partie de la dette de Cosider avec la BEA a été rachetée par cette dernière », rappelle M. Rekhroukh avec une pointe d’émotion dans la voix. Après ce rachat d’une partie de la dette, la BEA est devenue actionnaire majoritaire du Groupe Cosider (Cosider s’étant réorganisée en Groupe en 1995) avec 55% des actions et 45% détenues par le holding BMC, jusqu’en 2010, quand la totalité des actions ont été cédées au FNI qui en devient l’unique détenteur des actions.

Il y a lieu de noter qu’au début des années 2000, le Groupe Cosider avait de gros problèmes financiers à tel point que ses responsables ont dû geler, en 2003, les frais financiers. Ensuite, les managers ont déployé des trésors de gestion, de travail ininterrompu, d’abnégation et d’ingéniosité qui ont fait que le Groupe Cosider jouit à la fin de l’année 2019, d’un chiffre d’affaires qui dépasse les 208 milliards de dinars.

Malgré cette réussite fulgurante, le PDG, M. Lakhdar Rakhroukh, déclare que : « nous avons profité des différents programmes lancés par le gouvernement au milieu des années 2000 et jusqu’à maintenant, d’ailleurs au même titre que d’autres entreprises, mais nous avons pu développer le Groupe et nous avons émergé de l’eau ». C’est cela la particularité de Cosider qui renait de ses cendres tel le Sphinx, mais son PDG l’explique par la culture d’entreprise qui est présente au sein du Groupe, une culture offensive, une organisation particulière qui lui a permis de réaliser ces résultats.

Présent dans toutes les activités du bâtiment et travaux publics

« Le Groupe Cosider est présent dans toutes les activités du bâtiment et travaux publics, dans la réalisation des routes, des autoroutes, des aéroports, de logements, des travaux maritimes, le rail pour lequel nous avons acquis le savoir-faire nécessaire pour toutes les phases, jusqu’à la pose du rail », annonce le PDG du Groupe. Pour le rail, le Groupe Cosider s’impose aujourd’hui comme alternative sérieuse aux entreprises étrangères qui avait le monopole des marchés de réalisation de chemins de fer, faute de concurrence algérienne d’envergure, jusqu’à l’arrivée du Groupe Cosider.

Le Groupe réalise aussi des travaux maritimes comme les ports.

« Cosider a réussi à se maintenir ‘à flots’, indique son PDG, car, contrairement à d’autres entreprises qui se contentent d’une mono-activité, le Groupe Cosider est sur tous les fronts en ce qui concerne le BTP. Il ne faut pas oublier que les pouvoirs publics axent, en certaines périodes, leurs programmes sur certains secteurs et nous nous devions d’être présents à chaque fois que le besoin se faisait sentir, et dans toutes les branches ». Ainsi, M. Rekhroukh rappelle qu’à un certain moment, l’Algérie avait un manque énorme en matière de stockage de la ressource hydrique, ce qui fait que de nombreux barrages devaient être réalisés et le groupe y a participé. Le Groupe a d’ailleurs 18 barrages à son actif et il s’est retrouvé, durant un moment, avec six barrages lancés en même temps, ce qui est un challenge en soi, relevé et gagné par le Groupe Cosider. D’autres barrages sont programmés actuellement.

En outre, le Groupe Cosider s’est investi dans les travaux souterrains et c’est la seule entreprise qui a participé à la réalisation du métro d’Alger. Il y a aussi les tunnels ferroviaires de Djelfa, de M’Sila (5 km) et d’autres encore, en plus de tunnels autoroutiers à Bouira, par exemple. « Aujourd’hui, nous sommes en train de reprendre le tunnel de Djebel Ouahch qui s’est effondré alors qu’il était en cours de réalisation par les japonais », déclara aussi notre interlocuteur.

Les filières agricoles

Poursuivant sa politique de diversification des activités, le Groupe Cosider s’est tourné aussi vers les filières agricoles : « nous avons une grande ferme à Khenchela où nous développons de la céréaliculture, ainsi qu’une autre ferme à Biskra et une autre à Laghouat, que nous développons au fur et à mesure », nous apprend le PDG de Groupe. Pour M. Rekhroukh, il ne s’agit pas uniquement de récoltes, mais surtout de maitriser d’abord les rendements. Sur les 5000 hectares de Surface utile à Khenchela, Cosider exploite déjà 1600 ha, l’objectif étant de connaitre le meilleur rendement dans ces régions et quelles sont les meilleures spéculations à développer. « Toujours à Khenchela, nous allons développer la pisciculture car, pour les besoins de la céréaliculture, nous avons construits plusieurs bassins de 20 000 m3 chacun et il serait donc intéressant de les rentabiliser », annonce aussi M. Kakhdar Rekhroukh. C’est aussi là une des qualités de management du PDG du Groupe Cosider et c’est une des facettes de la réussite du Groupe sous sa houlette. Il y a même des essais qui ont été entamés pour cette activité.

L’international en point de mire

Concernant les activités du Groupe Cosider à l’international, M. Rekhroukh affirme que : « nous nous y attelons, parce qu’il serait anormal qu’un Groupe comme Cosider qui est 3ème en Afrique pour ce qui est du chiffre d’affaires et 2ème en résultats, ne se projette pas à l’étranger. Il faut dire que, jusqu’à un passé récent, le besoin de porter nos activités à l’international ne s’est pas fait sentir car il y avait un tel plan de charge qu’il suffisait au Groupe, nous devions au contraire, limiter l’importation et les dépenses en devises fortes ». Actuellement, notre interlocuteur estime qu’il est temps de ‘s’exporter’, même si le marché algérien demeure toujours attractif, il est important de s’essayer à l’étranger. Groupe Cosider a soumissionné pour plusieurs marchés et : « nous avons même décroché quelques marchés qui nous permettront de commencer tout en limitant les risques financiers », continue le PDG du Groupe.

Formation de la ressource humaine : 300 millions de dinars par an

Le PDG du Groupe annonce que le groupe qu’il dirige emploie plus de 40000 travailleurs actuellement, parmi lesquels se trouvent 5000 cadres, dont 2000 ingénieurs. « Nous avons nos propres écoles de formation dont une à Reghaia où tous les métiers du BTP sont enseignés, ainsi que ceux de gestion. Il y a aussi une école à M’Sila la formation à la conduite des engins et la maintenance ainsi qu’une école en partenariat avec le ministère de la formation et de l’enseignement professionnels à El Harrach qui est gérée par Cosider au sein de laquelle les petits métiers du BTP sont enseignés », explique M. Rekhroukh. Il continue en indiquant que : « nous sommes un Groupe qui investit quelques 300 millions de dinars par an pour la formation de son personnel ».

Il nous explique que n’importe quelle entreprise de quelque secteur qu’il soit n’a de valeur que par sa ressource humaine ‘c’est cela qui fait la différence’, ajoute-t-il. « La ressource humaine, il faut l’avoir, la former, la garder et semer la culture d’entreprise en son sein », explique, sibyllin, M. Rekhroukh, qui démontre par là que c’est en valorisant la ressource humaine de son groupe qu’il a réussi à le mener à bon port.

Covid19 

« La crise sanitaire que nous avons vécue et que nous vivons toujours a eu un impact sanitaire sur l’ensemble des entreprises algériennes et à travers le monde entier, surtout en ce qui concerne les contraintes énormes qui se sont présentées pour exercer notre métier », explique notre interlocuteur. En outre, « nous avons aussi eu à souffrir d’une restriction de la commande publique à cause de la baisse des cours du pétrole brut qui a influé directement sur le Trésor Public, comme d’ailleurs à travers tous les pays du monde », déclare-t-il encore. Le confinement total ou partiel imposé par la pandémie à l’Algérie et à tous les autres pays, a provoqué l’arrêt total durant de longs mois de toute activité de réalisation.

Il y a aussi les couts supplémentaires induits par les mesures de prévention et de protection des travailleurs lorsqu’il y a eu reprise, avec en sus, des restrictions sur les déplacements et les transports, ce qui a eu un impact négatif de 18 à 20% pour le BTP, selon l’appréciation des spécialistes.

Mais, malgré toutes ces difficultés, le Groupe Cosider a réussi à limiter les dégâts grâce notamment à la bonne gouvernance dont il jouit depuis de longues années et à la politique de management engagée par le PDG et le staff dirigeant.

Perspectives

Concernant les perspectives du Groupe Cosider, son premier responsable rappelle que lorsqu’ils développent un segment, ils développent ce qui est lié directement ou indirectement au métier du Groupe, « et le domaine est très vaste », estime-t-il. « Nous avons diverses perspectives de développement dans le créneau de l’industrie lié à notre activité qui doit être développé incessamment », explique-t-il. Ainsi, tout ce qui fait partie de l’industrie liée aux BTP ou à l’agriculture est dans les perspectives de développement du Groupe Cosider.

Groupe Cosider, deuxième entreprise après Sonatrach

M. Lakhdar Rekhroukh considère que c’est grâce à la force de ses travailleurs et de son management que le Groupe Cosider s’est développé de manière très importante et occuper la deuxième place dans le classement des entreprises publiques, de tous points de vue. D’ailleurs, comme l’a fait remarquer son PDG, le Groupe Cosider se trouve dans un groupe d’activité très concurrentiel « et c’est grâce à l’engagement et cette culture d’entreprise de son personnel que le Groupe a pu s’affirmer malgré la concurrence qui était très rude, surtout de la part des grandes entreprises étrangères », a-t-il souligné. En parlant d’entreprises étrangères, il faut dire qu’heureusement il y a eu des entreprises comme Cosider pour réguler la situation et éviter une mainmise totale des sociétés étrangères sur de nombreux segments des BTP en Algérie.

En plus, et grâce à l’engagement de son personnel et aux diverses formations dont bénéficient en interne et externe les travailleurs de Cosider, le groupe est devenu le plus gros poseur au monde de pipes de 48 pouces, après avoir débuté en partenariat avec des entreprises françaises ou turques, et : « maintenant nous le faisons seuls », déclare notre interlocuteur.

Et c’est là la fierté du Groupe Cosider et de son manager, M. Rekhroukh. Ainsi que de toute l’Algérie !

« Je dirai qu’il n’y a pas de dernier mot pour Cosider, l’aventure est ouverte car, pour celui qui veut évoluer, il n’arrivera jamais à terme, il y a toujours des défis à relever et nous avons la ressource humaine nécessaire pour lever tous les défis qui peuvent se présenter au niveau local ou international. Moi, je fais confiance à tout le personnel du Groupe Cosider », a affirmé M. Rekhroukh, pour clore son intervention.

Les 10 filiales du Groupe Cosider sont un véritable livre ouvert sur l’art de diriger et d’aller toujours vers le mieux pour monter sur le podium de la réussite, un art que le PDG du Groupe maitrise à merveille.

Nous reviendrons sur chaque filiale pour connaitre la véritable dimension de ce mastodonte des entreprises publiques algériennes.                                 

Tahar Mansour