GENEALOGIE DE CONSTANTINE MERE DES CITES : « QSENTINA OUM EL HAWADHIR AUX SOURCES DU SAVOIR ET DE LA RESISTANCE ANTI COLONIALE »

GENEALOGIE DE CONSTANTINE MERE DES CITES : « QSENTINA OUM EL HAWADHIR AUX SOURCES DU SAVOIR ET DE LA RESISTANCE ANTI COLONIALE »

(*) Dr Boudjemâa HAICHOUR

Dr Boudjemaa Haichour

Jamais une ville n’a été aussi admirée par son Panorama et ses ponts qui lui donnent cette impression d’une citadelle imprenable. Cette cité qui a marqué de nombreux hommes de lettres, de peintres et de résistants, n’était-elle pas la capitale de la Numidie du temps de Massinissa et de Syphax ? ces deux aguellids qui ont été à la fois témoins et acteurs des guerres puniques durant un siècle où se sont affrontées les deux puissances de la Méditerranée Rome et Carthage,Constantine est demeurée l’une des plus anciennes Cité du monde où les rois numides étaient consultés dans le jeu d’alliances traduisant l’approche Géopolitique de leur temps.

DES GROTTES DU MOUFLON AUX MARMITES DE GEANT

Le site du musée en plein Coudiat Atti, que ce monument domine la ville de Constantine constitue la matrice de son histoire à travers les âges. ¨Point n’est besoin de rappeler les périodes protohistoriques, préhistoriques de l’Antique Cirta, ville combien de fois millénaires de grandes civilisations. Avec notre ville c’est comme une histoire d’amour. On l’a aimé et on continue de l’aimer. Ce n’est nullement du chauvinisme mais une sorte de nostalgie immuable.

De l’école Daoudi Slimane alias Hamlaoui ex ; Julien Puyade qui a pris le nom du Fidai Hamlaoui, nous apercevons la beauté et la fascination de cette citadelle imprenable qui a résisté à tous les envahisseurs. Dans le cœur d’enfant que nous avons été, notre regard aujourd’hui continue de scruter le panorama de cette ville aérienne qui a tant inspiré écrivains et peintres. Le Rhumel comme un serpent s’enroule tout autour pour la protéger. Certains le décrivent comme l’image d’un burnous qui l’enlace. A travers son antique Rocher on observe des cavernes ou grottes façonnées par les vents et l’érosion, créant ainsi des « marmites de géants » sorte de grandes alvéoles où comme du temps des troglodytes, les gens venaient méditer.

CONSTANTINE PAREE D’UN DIADEME DE PRINCESSE

Dans l’imaginaire des enfants  que nous fûmes, une multitude de souvenirs viennent  réveiller en nous pour nous rappeler son habit brodé d’or et sur sa tête son diadème de princesse immortelle, gravé à jamais dans notre mémoire comme un beau tableau qu’avaient dessiné ces peintres « orientalistes » et inspiré  nombreux de ces écrivains, venus visiter ce décor géologique d’une falaise fabuleuse. .

Sa musique savante dont le chant du malouf lui rend cette féerie d’une cité de l’art et de la culture. Que cette ville continue de cacher ses secrets, car comme toute chose qui relève de l’intime, renferme des sentiments et des souvenirs que le temps finira un jour à dévoiler. Mais l’accueil qu’elle fait à toute personne qui boit son eau fraîche, déguste ses plats ô combien succulents avec ses gâteaux mielleux arrosé d’eau de rose, sa nougat appelée Dzawzia, plus tendre que celle de Montélimar ou d’Istanbul.  Un véritable régal et une délectation  propre à séduire par la noblesse d’esprit, sa générosité de l’âme et surtout son humilité qu’elle dégage par son urbanité et sa fine citadinité.

LA MLAYA ETAIT  ELLE  LE VOIL NOIR DE DEUIL

EN HOMMAGE A LA MORT DE SALAH BEY ?

 Constantine comme la décrit Ahlam Mostranemi dans ses mémoires de chair : «  ne garda pas rancune à son Bey, qui lui a laissé gloire et fortune. Elle avait par bonté ou folie, mis sur pied d’égalité l’assassin et la victime. Elle avait fait de Sidi M’hamed El Gherab, le mausolée le plus visité dans une cité dont chaque rue porte le nom d’un saint. Parmi les quarante beys qui se sont succédés, Constantine n’avait retenu que Salah ». L’avait-il  comblée  par les travaux d’urbanisation que les habitants continuent de chanter  à ce jour, cette thrène de « Galou el Arab Galou ». Que nombreuses sont celles qui pensent que le voile noir « Mlaya » qu’elles portaient jadis, n’est autre que le deuil qui lui est porté, alors que les historiens rapportent que le voile noir est d’origine Fatémide.

Il est retenu que la région de Constantine a été très tôt occupée par l’Homme, des outils préhistoriques ont été trouvés sur le plateau de Mansourah et à Ouled Rahmoune. L’Atérien était présent au Djebel Ouach, dans les grottes du Mouflon et de l’Ours. L’Ibéromaurusien( est une culture archéologique qui s’est développée sur lactuel Maghreb) cette culture du paléothiques’étend d’environ 23000 à 10000 ANS av JC. et le Capsien supérieur ont laissé quelques traces, mais c’est surtout au Néolithique que les grottes de la région ont connu une occupation importante. Les paléo-Berbères ont habité les mêmes lieux au cours du 1er millénaire av. J.-C. et ont construit des monuments mégalithiques, des bazinas sorte de de monuments funéraires à sépultures multiples comme à Tiddis et Sigus mêlées à des tumulus de pierres en terre (tertres).

En fait c’est des tombeaux en pierres séches dans la toponymie orientale, amoncellement de cailloux et de galets  en guise de revêtement.

CONSTANTINE A TRAVERS LES TRAGEDIES NUMIDES

Et de cette histoire qui lui est sienne, Constantine exportait jadis ses rêves. Ville culturelle par excellence, elle comptait autant de romanciers, de poètes, d’artistes et de chanteurs d’une musique savante venues de l’Andalousie, mais aussi « son mahdjouz » dont les danseuses juives aimaient danser ses rythmes ou encore les chants du terroir que les musiciens du « melhoun » entonnaient durant les périodes des moissons. Massinissa de son temps ne ramenait-il pas des chanteurs venus de Rhodes qui lui agrémentaient ses banquets. En reprenant les tragédies depuis Tite-Live, reprises par les auteurs européens, des répliques de Massinissa à Sophonisbe, Mairet marque la position des deux êtres dans Constantine qui  était au VI e siècle au centre d’une rivalité de Rome et de Carthage autour de la domination de la Méditerranée dont la reine Sophonisbe est au cœur d’une passion.

              Massinissa à Sophonisbe :

« Croyez-vous encore, Madame et sachez qu’en ce point

Votre créance  et moi ne vous tromperont point,

Donc pour vous faire voir que c’est la belle voie

Par où je veux monter  au comble de ma joie,

Puisque Syphax n’est plus, il ne tiendra qu’à vous

D’avoir en Massinissa un légitime époux. ».

Sophonisbe à Massinissa

«   Quelles reines au monde en beautés si parfaites

Ont jamais mérité l’honneur que vous me faites ?

Ô merveilleux  excès  de grâce et de bonheur

Qui met une captive au lit de son seigneur ».

 

Mairet (dans sa tragédie en 1634) a su transformé l’histoire de Sophonisbe en un drame où la confrontation des héros avec la puissance  politique et militaire  de Rome, engendre une action dynamique, chargée de péripéties et de rebondissements. Les combats successifs de Sophonisbe contre Syphax, contre Massinissa, enfin contre Scipion, la conduise du malheur au bonheur, puis à nouveau dans une misère pire que la première.

 

LES GUERRES PUNIQUES

 CIRTA AU CENTRE DE LA RIVALITE ROME/CARTHAGE

Dès la première guerre punique  Constantine va être témoin d’un affrontement entre romains et carthaginois où les rois numides vont être déterminants dans l’appréciation des événements dans cette méditerranée.D’abord sous le contrôle des Massyles avec la Première Guerre punique et l’affaiblissement du pouvoir carthaginois, vers le IIIe siècle av. J.-C., elle passe sous le contrôle des Numides. Ville fortifiée et commerciale, elle bénéficie d’une position stratégique, avec son rocher et ses murailles la capitale du roi masæsyle Syphax, avant de devenir celle du Massyle Massinissa Le roi qui a unifié le royaume de Numidie. et de ses successeurs lors de la Deuxième Guerre punique.

Dans la tragédie écrite par Pierre Corneille, l’on retient deux répliques SOPHONISBE :

« Pour conserver un rang que le destin vous ôte ;

Ce n’est point un honneur qui rebute en deux jours

Et qui règne un moment aime à règner toujours,

Mais si l’essai du trône en fait durer l’envie

Dans l’âme la plus haute à l’égal de la vie,

Un roi né pour la gloire, et digne de son sort,

A la hante des fers sait préférer la mort. »

 

« Non ; je vous tiens mieux ce que je vous permets ;

Je  vis encore en reine, et je mourrrai de même ».

SYPHAX

« Dites que votre foi tient tout au diadème

Que les plus saintes lois ne peuvent rien pour vous.

Et par l’indignité d’un soudain changement,

La cause de ma chute en fait l’accablement. »

 

Pendant le long règne de Massinissa et celui de ses successeurs, notamment Micipsa, la ville s’agrandit : selon Appien, elle peut ainsi contenir jusqu’à 10 000 cavaliers et 20 000 fantassins. L’historien Stéphane Gsell estime le nombre de ses habitants entre 150 000 et 180 000. Elle commence également à produire et à exporter des céréales. À la fin du II e siècle av. J.-C., elle aurait même eu une autonomie monétaire. À la fin du III e siècle av. J.-C. et au début du II e siècle av. J.-C., la ville commence à s’étendre au sud/ouest sur la rive gauche du Rhummel, de nombreux vestiges ont été retrouvés en dehors du rocher (inscriptions, tombes, fondations d’édifices, îlots d’habitation et objet domestiques)

CIRTA VILLE COSMOPOLITE CARREFOUR DE CIVILISATIONS

                    BRASSAGE ET METISSAGE DES FAMILLES

 

Depuis les temps les plus reculés Constantine a été habitée par différentes populations brassées au cours de l’histoire. Des familles entières sont nées issues de l’arrivée des hillaliens et des soleim lors des Fatihin qui se sont intégrées dans la société constantinoise. D’essence berbères c’est-à-dire des Imazigh, Kutamas, Senhadja, Zénates, Houara, Maghraouas, le socle on peut l’affirmer qu’il est Amazigh. Avec les invasions des diverses communautés, Constantine est une des villes cosmopolites qui a vécu des mutations sociétales à telle enseigne qu’il est difficile d’affirmer avec précision la généalogie même si on mettait à contribution la Génétique.

Quel que soit l’échantillonnage, le métissage pluri-séculaire a fait son œuvre, une sorte d’osmose et d’unité fut créée. La présence de plus de quatorze siècle de présence musulmane grâce à la pénétration de l’Islam en tant que religion englobant la quasi-totalité de la population. Bien qu’il existe des communautés judéo-chrétiennes avant l’arrivée des Foutouhates, Constantine est restée une ville qui a permis à toutes ces populations de vivre en bonne intelligence.

Aujourd’hui les familles constantinoises formées par l’afflux des populations appartenant aux tribus avoisinantes et même des flux migratoires des Hafsides, Zianides et Hamadites laissent penser à une population à la fois urbaine et rurale qu’on peut désigner par la « rurbanité ». Vouloir rechercher si telle famille ou tel nom renferme une affirmation d’une sédentarisation plus lointaine que l’autre, doit nous mener à relire les registres d’Etat civil de la mairie de Constantine. Vouloir exposer une liste exhaustive de noms de familles pour confirmer la primauté de celle-ci sur l’autre, va nous mener à des siècles dont parfois, les archives peuvent en faire défaut.

IBN QUENFED AL QACENTINI, CET ERUDIT 

En citant la dynastie  hafside   il y a lieu de citer  Ibn Quenfed  un érudit au sens plein du terme  contemporain  du Ibn Khaldoun , c’est un encyclopédiste , Il publiera plus de vingt-sept ouvrages dans différentes disciplines : généalogie, théologie, médecine, astronomie, métrique, linguistique, grammaire et mathématiques. Il est l’auteur du livre Walayat Al A’yanes ou Nécrologies des dignitaires ou les notables et savants célèbres par leur parfaite connaissance du fik’h ou sciences théologiques. Issu d’une famille de jurisconsultes connue pour son mérite scientifique, religieux et culturel, il jouissait d’un respect et d’une position confortable auprès du pouvoir dynastique Hafside installé à Tunis puis à Constantine.

Evidemment nous avons constaté que des familles veulent se donner une origine de « Chorfa » c’est-à-dire descendante de la généalogie du Prophète Mohamed (QSSL) ou bien une origine d’une famille maraboutique, cette façon de constituer des généalogies vous mène à des situations pour le moins qu’on puisse dire, à des falsifications des arbres généalogiques. Néanmoins on trouve les familles de « Kouroughlis » qui ont durant la période de la présence turque le plus qui ont pu  acquérir le plus de grandes superficies du foncier suivies  des familles agraires des grandes tribus. La ville est restée un espace de communion où se façonne une attitude de citadinité. Avec les déplacements des populations durant les deux périodes turques et surtout françaises,

Constantine a revêtu un habit du citoyen du « Bled » pour dire de souche citadine. Si on se met à revisiter les étapes de l’histoire de Constantine notamment depuis 1945, nous constatons que les gens qui ont habité la vielle ville de la casbah, Souika, Rahbat Souf lieux d’habitation des « indigènes », on y trouvera des gens de Jijel, El Mila, Mila, Ferdjioua, Oum El Bouagui, de Grande Kabyli, de Béjaia, de Tebessa, de Sétif, de Bordj bou Arréridj, mais aussi du Sud à savoir, des Zibans ou Biskri qui ont été les premiers habitants à la veille de l’arrivée des Turcs, mais aussi des Gens du Mzab, de Oued Souf, d’Ouargla, de Touggourt etc. L’expression « Ouled Bled » a une connotation plus sectaire.

Alors constituer les arbres généalogiques des Gens de Constantine doit vous enseigner au regard des manuscrits des Zaouias où l’on retrouve beaucoup de parchemins inscrivant les racines de telle ou telle famille qu’il faut prendre avec beaucoup de réserves dans bien des cas.Le mot de « Beldi » a une connotation de rejet de l’autre. Pour comprendre si telle famille est « Beldie » il faut remonter peut-être une trentaine de générations si on compte quatre génération par siècle. Là est la question. C’est pourquoi qu’il serait aberrant de constituer des listes de familles pour en faire les références d’une source valide et conforme à l’ADN de chacune et non « l’exactitude » d’un manuscrit ou d’un document dûment réalisé selon les familles désireuses de se donner un patronymique de noblesse, de jurisconsultes ou d’appartenance à une caste.

La capitale numide était une ville cosmopolite ouverte sur les autres civilisations méditerranéennes, notamment punique et grecque, et cohabitant avec le mode de vie nomade des Gétules. Les souverains numides ont été les propagateurs de la langue punique dans leur royaume, au point que la société de Cirta a été profondément punicisée. La population a adopté le culte de Baal Hamon et de Tanit, déesse carthaginoise de la fécondité. Le sanctuaire d’El Hofra témoigne de l’importance de la culture punique dans la société.

Après la mort de Massinissa, Cirta devient un enjeu dans la lutte entre Jugurtha et son frère adoptif Adherbal. Refusant le partage du pouvoir imposé par les Romains en Numidie, Jugurtha parvient à s’emparer de la ville après la mort d’Adherbal, lors du siège de Cirta, où s’était réfugié son adversaire soutenu par Rome. Toutefois, le massacre des Italiens marque le début d’une guerre entre Numides et Romains. Cirta change de main plusieurs fois durant le conflit.

À la suite de la défaite du roi numide Juba Ier, allié aux partisans de Pompée, le royaume numide est annexé et César attribue sa partie orientale à Sittius et à ses compagnons. Les Sittiani mettent en place autour de Cirta une principauté qui bénéficie pendant quelque temps d’une certaine autonomie. Cirta prend alors le nom de Colonia Cirta Sittianorum.

Elle devient ensuite le centre de la Confédération Cirtéenne, qui regroupe trois autres colonies : Rusicade, Chullu et Mileu avec un vaste territoire et un statut particulier21. Puis la ville devient la capitale provinciale de la Numidie cirtéenne qui remplace l’ancienne confédération.

En 308, elle est assiégée et mise à sac par Domitius Alexander, puis conquise par Maxence en 311. La ville est restaurée et embellie par Constantin, qui lui donne son nouveau nom Constantina. Elle devient alors l’unique capitale civile de la nouvelle Numidie impériale sous le nom de Numidia Constantina.

 CIRTA PREND LE NOM DE L’EMPEREUR CONSTANTIN EN 313

  Anciennement Cirta capitale de la Numidie de 300 avant J.C à 46 avant J.C, elle passera sous domination romaine. C’est par la suite qu’elle prendra le nom actuel en hommage à l’Empereur Constantin 1er depuis 313. Durant le Moyen Âge à l’arrivée des Fatihin au VII siècle, elle fera partie successivement du royaume Aghlabide de l’empire Fatimide puis des royaumes Ziride, Hammadite, Almohade et Hafside..

Elle deviendra au XVIe siècle capitale du  Beylick de Constantine, siège du pouvoir turk et vassale de la Régence d’Alger.

Ainsi lors de la conquête de l’Algérie par les Français elle sera prise en 1837 après avoir essuyé un cuisant échec de 1836. Constantine sera intégrée à la Wilaya II durant la guerre de libération nationale du Nord Constantinois jusqu’à l’Indépendance. Constantine est également surnommée la « ville des ponts suspendus », « ville de l’Antique Rocher », « ville des oulémas », aussi « ville des aigles » ou bien « ville du malouf », variante constantinoise de la musique arabo-andalouse.

Elle est considérée comme la capitale de l’Est du pays. En 2015 la ville de Constantine est capitale arabe de la culture, deuxième ville d’Algérie à être choisie pour organiser cet événement après Alger en 2007. Constantine est l’une des villes les plus importantes de l’est algérien. Elle occupe une position géographique centrale dans cette région, étant une ville charnière entre le Tell et les Hautes plaines, au croisement des grands axes Nord-Sud (Skikda-Biskra) et Ouest-Est (Sétif-Annaba). Elle est également la métropole de l’Est du pays et la plus grande métropole intérieure du pays, elle assure des fonctions supérieures notamment culturelles et industrielles.

Constantine se situe à 431 km à l’est de la capitale Alger, à 130 km à l’est de Sétif, à 119 km au nord de Batna, à 198 km au nord-ouest de Tébessa, à 146 km au sud de Jijel et respectivement à 89 km et à 156 km au sud-ouest de Skikda et d’Annaba. La ville s’étale sur un terrain caractérisé par une topographie très accidentée, marquée par une juxtaposition de plateaux, de collines, de dépressions et de ruptures brutales de pentes donnant ainsi un site hétérogène. Elle s’étend sur un plateau rocheux à 649 mètres d’altitude, coupé des régions qui l’entourent par des gorges profondes où coule l’oued Rhummel qui l’isole, à l’est et au nord, des djebels Ouahch et Sidi Mcid, dominant de 300 mètres, à l’ouest, le bassin d’El-Hamma8. Le choix de cet emplacement est avant tout une stratégie de défense

La ville porte le nom de l’empereur romain Constantin Ier qui l’a restaurée et embellie en 313 après qu’elle eut été assiégée et mise à sac par Maxence et Domitius Alexander en 311. Elle devient alors la capitale de la province de Numidia Constantina Le nom algérien officiel de la ville est Qacentina, en arabe algérien Ksentina. Le nom de Cirta / Qirta vient possiblement de la racine sémitique QRTN, prononcé Qirta (قرطة) et signifiant « ville » ou « village » en phénicien (قرية  en arabe), dont la prononciation a depuis dérivé vers Sirta sous les Romains (le caractère latin C pouvant en effet être prononcé Q ou S, et passer de l’un à l’autre).

Cette première hypothèse rapproche le nom de Cirta du nom de Carthage (Qirta Hadcha قرة حدشة) qui signifie « ville nouvelle » en phénicien (قرية حديثة en arabe).Selon une deuxième hypothèse, le nom de Cirta provient du nom berbère « tissirt » (meule) vu l’abondance de la culture du blé.

LES FATIHIN EN TERRE BERBERE DANS LA CITE AMAZIGH

La ville passe sous administration arabo-musulmane vers l’an 700, et voit sa population se convertir progressivement à l’islam. Après un demi-siècle d’administration omeyyade (de l’an 700 à 750 environ), la ville passe sous les Abbassides puis sous leurs vassaux les Aghlabides de Kairouan, pendant près d’un siècle et demie (750 à 909).

En 909, une révolte menée par les Kutamas, une grande tribu berbère du Nord-Constantinois convertie au chiisme, fait chuter le pouvoir aghlabide et impose le chiisme comme nouvelle religion dominante sous l’égide de la dynastie Fatimide, dynastie qui s’installera plus tard en Égypte. Le pouvoir fatimide et chiite durera pendant environ un siècle et demi, avant que les souverains Zirides (berbères Senhadja initialement vassaux des Fatimides) décident la rupture avec les Fatimides en 1048 et le retour au sunnisme.Cette décision provoquera en représailles les Banu Hillal à partir de 1051, une invasion qui dévastera Kairouan mais épargnera Constantine.

Cependant, Constantine payera un tribut annuel aux hilaliens installés sur les Hauts-Plateaux environnants pour éviter d’être mise à sac. La période de trouble ayant suivi les Banu Hillal en 1051 prend fin un siècle plus tard en 1152 lors de la prise de la ville par les Almohades, Berbères puritains originaires du Haut Atlas marocain, qui soumettent l’ensemble du Maghreb à leur discipline et mettent fin à l’anarchie, en intégrant les Hilaliens à leur armée.

En les déplaçant du Constantinois vers les plaines atlantiques au Maroc,ils prévoyaientt de les utiliser comme mercenaires en Andalousie face aux chrétiens. Le pouvoir Almohade finit par s’écrouler vers l’an 1240 suite à des luttes de pouvoir internes, laissant place à un Maghreb fractionné en trois royaumes aux frontières mouvantes et au pouvoir peu étendu sur le pays profond (Mérinides à Fès, Zianides à Tlemcen et Hafsides à Tunis). Constantine passera alors pour trois siècles sous la coupe des Hafsides de Tunis, alternant des phases de soumission au pouvoir de Tunis et des phases d’indépendance. Et ce jusqu’à l’arrivée des Ottomans vers 1520.

LA PRESENCE TURQUE DANS LE BEYLICK DE CONSTANTINE

À partir du XVe siècle, Constantine passe sous domination ottomane notamment suite à la chute des Hafsides de Tunis après la bataille de Tunis de 1574. En 1568, les partisans des Hafsides massacrent les Turcs et expulsent leurs séides. Pour ramener l’ordre, le pacha Mohammed doit conduire en personne une expédition contre Constantine. La ville n’ose pas résister et ouvre ses portes sans combattre. Les Abd el-Moumène, chefs du parti Hafside à Constantine, sont définitivement vaincus par les Ouled Bencheikh qui ont le titre prestigieux de cheikh el-islam. Sidi-Abd-el-Kerim Bencheikh, arrivé au pouvoir, fait alliance avec les Turcs et s’octroie le titre d’emir-er-rekeb.

Constantine est alors choisie aux XVI e siècle pour être la capitale du beylik de l’Est. Abd-el-Kerim meurt en 1580 et les Bencheikh gardent leur influence et privilèges jusqu’à la seconde expédition de Constantin. De 1567 à 1830, la province de Constantine est gouvernée par quarante-quatre beys, le premier fut Ramdane-Tchulak bey qui régna sur la province entre 1567 et 1574. Le dernier fut Hadj-Ahmed-Bey qui a commencé son règne à partir de 1826. Le siège de Constantine permet aux Français de prendre la ville le 13 octobre 1837.

 

CONSTANTINE ET LA RESISTANCE ANTI COLONIALE 1837 – 1962.

Hadj Ahmed Bey livra et remporta en 1836 sa première bataille à Constantine contre les troupes françaises commandées par le maréchal Clauzel. Un corps de 8 700 hommes arrive le 21 novembre 1836 devant Constantine. L’armée française entreprend deux assauts par le pont, qui échouent devant la porte d’EI-Kantara. Battant en retraite, poursuivis par les Algériens, les soldats français abandonnent sur le terrain armes, bagages et blessés.

En 1837, l’état-major français décide de mener une seconde expédition, qui fut confiée au général comte de Damrémont. Celui-ci disposait de 20 400 hommes, dont 16 000 combattants, d’une artillerie importante commandée par le général Sylvain Charles Valée et d’un corps de génie. Le général Damrémont et le duc de Nemours dirigent les opérations. Mais un boulet atteint Damrémont, qui meurt. Il est remplacé par le général Valée.

Le 5 octobre, l’armée arrive à Constantine. Le 13 octobre, après une forte résistance, la ville finit par tomber entre les mains de l’ennemi qui subit toutefois de lourdes pertes : au terme de deux jours de combats, les Français, sous le commandement du lieutenant-colonel Lamoricière, pénètrent dans la ville par un endroit dénommé par la suite « place de la Brèche » (en référence à la brèche dans la défense de la ville).

Le Bey Ahmed doit s’enfuir (il continua le combat dans les Aurès jusqu’en 1848) et beaucoup de Constantinois périrent dans le ravin en tentant de fuir les assaillants, de longues cordes se rompant sous leur poids. Quand l’Algérie est départementalisée en 1848, Constantine devient le chef-lieu du département du même nom.

CONSTANTINE UNE MEDINA RICHE EN PATRIMOINE

La médina de Constantine est appelée le « Rocher » parce que construite sur un bloc calcaire. Elle est bâtie en dégradé depuis la Casbah jusqu’aux quartiers bas de la Souika . La vieille ville est ceinte de deux côtés par le canyon du Rhummel et du troisième par un escarpement. Des ponts et passerelles relient la médina au reste de l’agglomération.

Elle était défigurée pendant la période coloniale puis dégradée par la surpopulation et le manque d’entretien. La médina est aussi un riche patrimoine historique et architectural, à travers les toitures de tuiles rondes et rouges, ses vieilles mosquées, des demeures remarquables à patio des XVIe et XVIIe siècles, et le palais du Bey. Elle a été classée en 1990 patrimoine national.

Dans la plupart des villes maghrébines, la colonisation a créé une ville européenne juxtaposée à la médina. À Constantine, le projet de ville nouvelle n’a pas abouti, les autorités coloniales ayant surimposé une trame moderne à la vieille ville. Le centre des affaires est resté alors solidement attaché à la médina : activités traditionnelles dans les rues anciennes et activités modernes dans les rues coloniales. De ce fait le Rocher est une des rares médinas maghrébines à avoir conservé sa fonction de centre-ville.

LES BAINS ANTIQUES DE CESAR

De nombreuses civilisations se sont succédées sur Constantine mais elles ont laissé peu de vestiges parce qu’en raison de la nature du site, les constructions se sont faites sur place, effaçant les précédentes. Mais on atteste des traces non négligeables de vestiges depuis l’Antiquité. Le site a été occupé dès la période préhistorique. De nombreux vestiges retrouvés tels que des sphéroïdes à facettes, découverts en 1945 sur le plateau de Mansourah, remontent au Paléolithique inférieur.

Des instruments de la période néolithique ont été découverts dans les grottes du Mouflon et de l’Ours. Constantine a également conservé de nombreuses peintures rupestres ainsi que des inscriptions libyques.

Parmi les vestiges antiques, le site punique d’El Hofra, où l’on a trouvé près de mille stèles puniques déposées au musée de Cirta et au Louvre ; l’aqueduc romain sur le Rhumel et d’autres vestiges romains épars dans la ville. Les établissements thermaux de Sidi M’cid, situés avant le pont des chutes sont construits sur d’anciens thermes romains, les bains antiques de César existent toujours. Le rocher abrite de nombreuses sources thermales qui jaillissent de ce secteur.

Le palais Ahmed Bey est l’un des plus importants monuments historiques. Il a été construit de 1826 à 1835 par le Hadj Ahmed Bey, héros de la résistance anti-coloniale dans l’Est algérien. La taille de l’édifice est de 5 600 m2. Le palais se distingue par son style mauresque baroque où apparaissent différentes influences de style européen et oriental.

Lors de son pèlerinage à La Mecque, le Bey était séduit par l’architecture des villes qu’il traversa. Des céramiques polychromes qui ornent les murs du palais représentant plusieurs villes ainsi que des batailles de la régence d’Alger. Les bâtiments du palais s’organisent autour de trois jardins et de trois cours tandis que les appartements sont ouverts sur des galeries. Le Bey a également construit une aile réservée pour les femmes, un harem.

CONSTANTINE CITE DU RAYONNEMENT HISTORIQUE , SCIENTIFIQUE CULTUREL ET THEOLOGIQUE

Parmi les autres vestiges islamiques, citons les mosquées dans la médina ainsi que des fortifications construites dans certains endroits avec des pierres romaines. On atteste notamment dans un mur de la Casbah une dédicace faite à l’empereur Constantin.

Dans la ville moderne, le Théâtre régional de Constantine a été construit entre 1861 et 1883 dans un style d’opéra italien, à l’emplacement d’une ancienne caserne de janissaires. Ce bâtiment est le premier grand édifice construit par les Français. On y trouve aussi le Monument aux morts de Constantine, dédié aux soldats tombés pendant la Première Guerre mondiale.

Parmi les constructions récentes, la tour de 22 étages de l’université des frères Mentouri  construite de 1969 à 1972 par l’architecte Oscar Niemeyer et la grande Mosquée Émir Abdelkader .Une arche naturelle d’une soixantaine de mètres de hauteur relie les deux rochers et forme un pont naturel creusé dans la roche par les torrents. Le pont géant le TransRhumel (Salah Beh) et le Zénith (Ahmed Bey sont d’autres réalisations sans compter les deux grands campus universitaires de la nouvelle ville Ali Mendjeli, le Marioth, Novatel et Ibis, Hötel hocine Boulfkhad.

LES SOIXANTE AWLYAS SALIHINE ET SES SAINTS PATRONS DE SIDI RACHED A SIDI M’CID

Comme toute Medina , il existe des rituels liés à des awlyas salihines au nombre de soixante. Constantine comptait également une centaine de mosquées : la mosquée et médersa de Sidi El kettani, construite par Salah Bey au XVIIIe siècle, est située prés de la Casbah ; la mosquée Sidi Lakhdar doit également sa construction à Salah Bey.

Plus de quatre-vingt «walisalah» ont créé toute ambiance de dévotion et de dhik’r que Constantine ville traditionnellement attachée aux «Awlyias Essalihines» (saints) vivait des moments de méditation, de poésie mystique et de prières. Selon les informations recueillies dans l’ouvrage d’Ernest Mercier, rappelées par notre ami Azzouz Benmaïza qui milite pour restaurer et réhabiliter la zaouia Sidi Brahim Benmaïza à la rue Impériale et dont il n’a cessé d’adresser des doléances au plus haut niveau, il cite les zaouias suivantes : zaouia Benabderahmane, zaouia sidi Kemouche, celles de Sidi Souari, de Tidjanyia, de Sidi Benredouane au fondouk zeït, de Sidi Khérachfiine el Khouan Forgha Sidi Amar, Hansala Ennadjarine, rue Vieux, Sidi Bouanaba, Sidi Moulay Tayeb face rue Damr, Ouled Cheïkh Lefgoun Ras El Kharazin rue Combes et Rouaud mosquée dit Hamouda, Bendjelloul. Sidi Tlemçani, rue Constantine, occupée par les Sœurs Secours, Sidi Boumaza rue Perregaux, Sidi Brahim Benmaïza rue Perregaux Alexis Lambert, Sidi Brahim Benmaïza Dar Sidi Brahim rue Impériale dont la mosquée familiale se trouvait à zenkat Ahtchi Bakir (Faure Barou). D’après Chams Eddine, maître de conférences à la Polytechnique d’El Harrach, Constantine abritait environ cent mosquées et chapelles avant la conquête française en 1837, confirmant ainsi l’existence d’El Awlyias Salihines dans la Médina de Constantine. Parmi ceux-là on peut citer : Sidi Abdelhadi, Sidi Abdelkader, Sidi Abdellah, Sidi Abdelmalek (habous de la famille Bachtarzi, Sidi Abderahmane El Karaoui (Rahbat Al Djmal), Sidi Abderahmane, habous des Bachtarzi, Sidi Ali Benmakhlouf (bordj Assous tour romaine, Sidi Ali Kafsi, Sidi Ali Nadjar (famille Benkhellil), Sidi Ali Tendji, Sidi Amar Boukeleb, Sidi Amber, Sidi Ammk ben Meddah, Sidi Belghoul, Sidi Abdellah Bencherif (famille Belhadj Mostefa), Sidi Belounas, Sidi Benour, Sidi Bensbaïni, Sidi Bezar, Sidi Bouanaba (lieu hammam Soltane), Sidi Boukhadra, Sidi Bouladjbel.

ZAOUÏAS EN ATTENTE DE RENOVATION ET L’EFFORT DE RESTAURATION

Sidi Boumaaza (cheïkh Sidi Aïssa el Ouichaoui, 1574 Expropriée pour utilité publique en 1873, Sidi Boumedjel, Sidi Bounab, Sidi Bouraghda, Sidi Brahim Boumaïza (habous de la famille Boumaïza 1750 à 1803 ou 1848 à 1875), Sidi Brahim Al Rachedi Sidi Deblen, Sidi El Djelis, Sidi El Beid, Sidi El Houari, Sidi El Katani (tombeau de Salah Bey), Sidi El Kebir, Sidi El Recim, Sidi Ferdoun, Sidi Feth Allah, Sidi Fliou, Sidi Fouad Driba, Sidi Gsouma (famille des Hchaïchias), Sidi Hafane, Sidi Hati (Coudiat), Sidi Hassouna, Sidi Hidare, Sidi Hrar El Ferdj, Sidi Kaïs, Sidi Kasba, Sidi Kemouche (famille des Benbadis habous), Sidi Khlifa (famille des Bencheïkh el Hocine, Sidi Khellil, Sidi Krouma, Sidi Lakhdar, Sidi Mabrouk (famille des Benkartoussa ), Sidi Mokhfi (famille 09/11/2018 Contribution :

Constantine ville de la dévotion et des Awlyias Salihines : Sidi Mahrouf, Sidi Makhlouf (Souk El Ghzel), Sidi Maïmoun, (Rsif famille Merdaci), Sidi Mhamed el Ghrab (famille Bendjelloul), Sidi Mofredj, Sidi Mohamed Azouani, Sidi Moncef. Sidi Mcid, Sidi Narrache, Sidi Nemdil (famille Bencheïkh Lefgoun), Sidi Oumdada, Sidi Ourtada, Sidi Rached, Sidi Ramah, Sidi Racedi, Sidi Safar, Sidi Slimane (famille Mejdoub Benkachkache), Sidi Yahia Sidi Yahia Farcili, Sidi Yasmine (exproprié pour utilité publique en 1873 rue Thiers), Sayda Hafsa, El Bey, El Djouiza, Hansala, Qobete el Bachir, Rebaïne Chérif (famille Bouabdellah Cherif), Souk el Ghzel, Tidjanie 1 et 2. Lalla Fraydja source vénérée à côté de la piscine de Sidi Mcid, Sidi Fezzane (Remblais), Sidi Souari (famille Bendjelloul), Sidi Tlemçani et les confréries de la Rahmanyya (famille Bachtarzi

, celle des Benaïssa (famille des Benazzouz), celle des Hansala (famille des Abdelmoumen), celle de la Tidjanya (famille des Benaamoun), celle de la Tayyibia (famille Bencheraït et Benmaïza).

Celles de la Chadlya et El Hanafia. Elles se sont organisées dès le XIIe siècle, chez nous, et ont pris de l’importance en donnant au soufisme un encadrement social. Les «ziaras» visites pieuses et la «baraqa» (la bénédiction) des Awlyias Essalihines donnaient à ses rencontres une sorte de cérémonial religieux où les offrandes telles les «nachras» à Sidi Mohamed Ghorab, les danses initiatiques au rythme du tbel, du bendir, des naghrates offraient un spectacle à la grâce divine.

La Grande Mosquée, construite sur les fondations d’une église par les Hammadides, est le plus ancien édifice religieux islamique connu à Constantine. Elle représente l’évolution religieuse durant trois périodes différentes. Époque hafside : l’édifice était la mosquée populaire de la cité, tenue par cheikh al-islam. Époque ottomane : elle conserve le rite malékite et reste sous la tutelle d’une famille autochtone pro-ottomane et  coloniale : le pouvoir colonial a transformé sa façade,

La mosquée Souk-El-Ghozel, dont la construction a commencé en 1703 et s’est achevée en 1730, fut transférée au culte catholique en 1838. Parmi les autres mosquées historiques : Hassan-Bey, Sidi-Ghofrane et Sidi-Lakhdar, construites par les différentes confréries religieuses et dynasties que le Maghreb a connues La mosquée de l’Émir Abdelkader date des années mille neuf cent quatre-vingt et fait partie de l’université islamique des sciences.

La géographie de la ville est unique, sa situation a nécessité la construction de nombreux ponts sur le Rhummel. À la fin du xixe siècle, Guy de Maupassant décrit « Huit ponts jadis traversaient ce précipice. Six de ces ponts sont en ruines aujourd’hui. »Le pont d’El-Kantara est l’un des plus anciens, construit à l’époque romaine et restauré par Salah Bey au xviiie siècle et en 1863. En outre, les ponts de Sidi M’Cid et de Sidi Rached, qui doivent leur nom aux mausolées voisins des marabouts de même nom, ont été inaugurés en 1912.

À l’entrée des gorges, se situe le pont du Diable qui doit son nom au bruit « diabolique » que font les eaux dans cet endroit et à leur extrémité, le pont des Chutes, situé au début de la plaine de Hamma. Parmi les autres ponts, la passerelle Mellah-Slimane, anciennement Perrégaux, est réservée uniquement aux piétons. Sa particularité est d’être accessible, côté « Rocher » par un ascenseur et un escalier qui ramène les piétons au niveau de la rue trik ejdida (« rue neuve »). Il y a également le pont d’Arcole, un pont de fer, aujourd’hui fermé.

DU VIADUC LE TRANSRHUMEL SALAH BEY AU ZENITH AHMED BEY

Un nouveau pont à haubans, le viaduc Trans-Rhumel ou pont Salah Bey est ouvert à la circulation le 26 juillet 2014, baptisé au nom du gouverneur de Constantine Salah Bey de 1771 à 1792. D’une longueur de 1 119 m et conçu selon le design de Dissing+Weitling Architecture, il permet de faire la jonction, au-dessus du Rhummel, entre la place de l’ONU, au centre-ville et les hauteurs de la villeTiddis, située à une trentaine de km au nord-ouest de la ville, est une cité numide puis romaine, appelée aussi Qsentina El Qdima (vieux Constantine).

Il faut ne pas oublier la grande salle de spectacles le Zenith baptisée Ahmed BEY qui reçoit les grandes manifestations culturelles. Cette cité antique fortifiée est bien conservée           À l’instar d’autres anciennes médinas d’Algérie telle que Tlemcen, Mostaganem et Miliana, Constantine est entourée par les jardins denses du Hamma dont la propriété reste partiellement citadine et qui contribue au ravitaillement de la ville .

La forêt de Chettaba composée de pins d’Alep et de chênes verts est presque située aux portes de la ville.La commune d’El Khroub abrite un mausolée royal numide qui peut être celui de Massinissa .Constantine a été désignée Capitale arabe de la culture 2015 par l’Alesco (Organisation pour l’éducation, la science et la culture de la Ligue arabe*////).Constantine est le berceau d’une des trois écoles de musique arabo-andalouse.

La version constantinoise est appelée le malouf qui signifie « fidèle à la tradition » dont le rythme et les instruments diffèrent des noubas d’Alger et de Tlemcen. Les autres styles musicaux de la ville sont le zadjal, une musique sacrée, les fkirettes chantent soit des sérénades, soit des medh sortes de litanies religieuses  à l »occasion des circoncisions ou des noces interprétées par des femmes  dans le genre hawzi ou zendali  Le malouf  ainsi que le hawzi et le mahdjouz de style populaire et andalous constituent le récital par excellence dans les fêtes de famille.

Un festival international du malouf  dans la ville, devenant après une tradition où chaque année  cette manifestation, attire des artistes de musique arabo-andalouse d’Afrique du Nord, d’Europe, de Turquie et du Moyen-Orient. L’activité artisanale demeure importante, on y pratique la broderie, la dinanderie chère à feu Si maamar Berrachi, un interprète émérite des « sjoul » sorte de zajal local, dont sa maîtrise de fabrication de plateaux de cuivres aux motifs d’inspiration ottomane, l’avait rendu célèbre.

La chaudronnerie, la sculpture sur bois et la poterie  Constantine reste une des villes qu’on aime visiter de par l’originalité de son panorama et de ses ponts qui relient les deux bords du Rhumel dont notre ami Ahmed Benyahia qui fut notre professeur de dessin au lycée, et  venant des beaux-arts à la fois d’Alger et de Paris, continue de séduire de par son antique Rocher d’ères géologiques plusieurs fois millénaires tout visiteur aimant l’exotisme et la diversité morphologique de son espace de communion et d’hospitalité.

En traversant ce temps d’un rendez-vous de l’histoire, vous êtes ici chez vous sous le ciel de cette cité phénomène, que décrivait Guy de Maupassant en 1890 dans ce paragraphe « Au soleil » comme « étant étrange gardée par le Rhumel semblable  à un serpent qui se roulerait à ses pieds, au fond d’un abîme rouge, ce fleuve jaloux et surprenant, qui fait une île de sa ville. Il l’entoure d’un gouffre terrible et tortueux, aux rocs éclatants et bizarres, cette cité aux murailles droites et dentelées, domine les vallées admirables, pleines de ruines romaines, d’aqueducs aux arcades géantes, pleines aussi de merveilleuses végétations ; »

Plus  aérien et plus vertigineux dira Louis Bertrand dans Afric en 1933, que la chute du Rhumel, qui au pied de la Casbah, se précipite en cascades, à la sortie des gorges.  Mais aujourd’hui en ce temps-là, regardant cette ville étrange avec ses ponts suspendus, n’avons-nous pas l’impression de vivre dans un espace comme dira Zhor Ounissi dans son roman :

« Jasr lil bouh wal akhar lilhanin » (Un pont d’aveu et l’autre de nostalgie), que ce pont est une force de l’avenir, le nouement d’une relation, le prolongement de la vie, la continuation d’une vision, d’une pensée, d’un rêve ». C’est cet attachement à cette ville qui nous donne une autre raison de vivre car « sa ville est un poème, une couleur, une musique en parlant de Constantine.

Pourrions-nous continuer à vivre cette nostalgie en évoquant ce morceau chanté dans le mode « djarqa » Ya Assafi ‘ala ma madha, ‘ala zamane inqada (Quelle fut ma peine pour une époque désormais révolue) ?  Venez donc profiter d’un instant de félicité, entre rameaux en bourgeons et jasmin ; au son des douces mélodies qu’entonnent les oiseaux et le rossignol si éloquent. « Aghnam ya malih sa’a hanyia » en profitant d’un instant de bonheur.

  (*)Dr Boudjemâa HAICHOUR, Chercheur Universitaire

 

Bibliographie

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