Exploitation de la mine de fer de  Gara Djebilet : rattraper le temps perdu

Exploitation de la mine de fer de  Gara Djebilet : rattraper le temps perdu

L’Algérie n’est pas seulement un pays du pétrole et du gaz. Bien au contraire, le pays possède un potentiel géologique intéressant pour l’investissement et le partenariat visant l’exploration minière, le développement et la production de certaines substances minérales.

« Malgré cela, le secteur minier est resté très peu productif par rapport au potentiel que recèle notre pays, qui est appréciable, notamment pour les substances utiles non métalliques telles que les phosphates, le sel, le marbre », estime-t-on.

Afin de profiter de ces richesses longtemps délaissées, l’Algérie veut impulser un « nouvel élan » au développement du secteur minier pour lui permettre de jouer un rôle significatif dans l’économie nationale.

Pour « compenser » la baisse drastique de ses recettes pétrolières, l’Algérie met, en effet, le cap sur l’exploitation des ressources minérales dont regorge son sous-sol.

Le ministère des Mines, récemment créé, a pour objectifs essentiels la diversification de l’économie nationale, la création de la richesse, la satisfaction des besoins du pays en matières premières outre l’exportation de l’excédent et la création d’opportunités d’emploi dans les régions éloignées et les zones d’ombres

La décision de dédier un ministère plein et entier à l’activité minière, lors du remaniement partiel du 23 juin dernier, est en soi révélateur de l’importance accordée à ce secteur stratégique.

Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a fait de la relance du secteur des mines une de ses priorités, inscrite dans le cadre de la remise sur rails de l’économie nationale,  a donné instruction, au terme du Conseil des ministres du 12 juillet dernier,  pour l’exploitation de tous les gisements existants dans le pays et relancer les activités de prospection des réserves non exploitées.

L’une des plus grandes mines au monde

Il s’agit de la mine de fer de Gara Djebilet, située à Tindouf (Sud-Ouest), qui s’étale, sur une superficie d’environ 130 km2. Elle est l’une des plus grandes mines de fer au monde. Ses réserves sont estimées à 3,5 milliards de tonnes, dont 1,7 milliard de tonnes exploitables.

L’opération de déphosphoration du minerai constituait jusque-là une contrainte ayant retardé l’exploitation de ce gisement, et la solution technique à ce problème a été prise en charge avec l’envoi d’échantillons à des laboratoires étrangers spécialisés qui ont effectué des tests « réussis ».

Confiée à un bureau d’études international, une expertise a permis, selon plusieurs, médias, « de mettre au point des procédés adéquats de traitement et d’enrichissement des minerais ».

Les études ont pour objectif, bien entendu, de réduire la teneur du phosphore et d’élever celle du fer à des niveaux qui offrent une bonne qualité du produit fini.

Des concertations sont actuellement en cours avec deux partenaires différents, l’un russe et l’autre chinois, pour débuter la production au courant du premier trimestre 2021.

Ainsi, le projet de Gara Djebilet va contribuer à apporter des transformations radicales à tous les niveaux, selon une contribution d’Abdenour Kashi, Expert en intelligence économique parue dans le quotidien Le Soir d’Algerie, dans son édition de ce samedi 16 janvier, portant sur l’une des richesses « dormantes » de l’Algérie.

Il est également question du développement d’un écosystème et l’impulsion d’une dynamique de développement dans la région du sud-ouest et dans le pays tout entier, l’occupation spatiale du territoire et la fixation des populations locales par la création d’emplois, le développement des infrastructures (routes, rail, routes électriques, internet….). Il y aura aussi la création d’îlots de vie le long des voies et d’activités économiques, agricoles notamment, l’émergence de pôles économiques, et surtout, du désenclavement des régions ouest et sud-ouest qui pourraient ainsi devenir un liant et un pôle dynamique avec les zones transfrontalières, appelées à jouer un rôle déterminant dans les échanges avec les pays voisins, du Sud notamment.

Sur le plan macro-économique, rappelle Abdenour Kashi, un tel projet contribuera à impulser une dynamique de diversification de notre économie nationale, et par là même de notre commerce extérieur, par le fait de l’exportation, non pas seulement de produits énergétiques, mais aussi de ressources minérales (minerai de fer entre autres), ainsi qu’à terme de produits sidérurgiques à forte valeur ajoutée.

À cet égard, il convient de signaler que les exportations de l’Australie, dont l’économie est la douzième dans le monde, sont constituées de près de 50% de produits primaires issus de l’activité minière (charbon, fer, or, cuivre, aluminium, etc…).

Un projet, des portées

Le projet d’exploitation de la mine de fer de Gara Djebilet est destiné à accompagner le développement économique du pays et de la région, en particulier.

Il permettra à l’Algérie d’entrer de plain-pied dans le cercle des pays industrialisés.

Cet investissement est devenu nécessaire voire impérieux au regard des besoins exprimés par l’Algérie pour faire face aux projets de développement engagés notamment dans le domaine du rail ainsi que tous les grands chantiers engagés à travers le territoire national.

La disponibilité d’un minerai utilisable dans l’industrie, « va ainsi venir se substituer aux importations de minerai et autre produits semi-ouvrés effectués par les sidérurgistes locaux », écrit également Abdenour Kashi.

D’autre part, la production de produits sidérurgiques, « va contribuer à booster l’activité industrielle de transformation, qui verra ainsi la création de dizaines d’unités à travers le territoire national ».

Aussi, selon une étude de l’Agence Thématique de Recherche en Sciences et Technologie, il est attendu de ce mégaprojet de nombreuses retombées sur la région et sa population et sur l’économie nationale, notamment la génération de plus de 5.000 emplois, directs et quelques 25.000 emplois indirects, d’après son étude technique.  Aussi :

  • Sur le plan  scientifique,  la  recherche  est  orientée  vers  le  développement  de  nouvelles procédures innovantes et efficientes pour éliminer le phosphore et enrichir le minerai en fer avec une approche interinstitutionnelle et pluridisciplinaire permettant le renforcement mutuel des capacités et la mutualisation des moyens existants via une collaboration solide,
  • Sur le plan technique, le développement et la maitrise de nouveaux procédés efficaces pour éliminer le phosphore et enrichir le minerai en fer permettrait d’acquérir une autosuffisance et une liberté d’action sur le plan technique assurée par des compétences purement nationales,
  • Sur le plan  économique,  l’enjeu  est  également  important,  car  le  minerai  enrichi  en  fer  et débarrassé de son phosphore, peut être utilisé par les industries sidérurgiques algériennes et exporté à l’étranger.

L’impact est énorme sur l’économie de notre pays.

  • Sur le plan socioéconomique, l’impact est considérable, car un minerai de très bonne qualité avec un coût moindre sera disponible en abondance. Aussi, le développement socio-économique de plusieurs régions (Gara Djebilet – Tindouf – Bechar – Saïda – Oran) est attendu en tant que conséquence et objectif de la mise en exploitation du gisement de Gara Djebilet.

Le challenge de Gara Djebilet lorsque l’ensemble des prérequis techniques, économiques, énergétiques et logistiques seront réunis, sera, assure Abdenour Kashi, « de faire face à la demande locale en priorité, ce qui permettra de rapatrier une partie de la valeur ajoutée et de développer le marché export demandeur en produits miniers et métallurgiques. »

« Ce projet pourra ainsi permettre, non seulement de réduire les dépenses en devises, mais bien plus, faire de l’Algérie un pays fournisseur de produits sidérurgiques », affirme-t-il.

F.H