Exclusif.Régine Villemont, présidente de l’association des amis de la RASD : « J’ai énormément apprécié l’intervention de votre président Tebboune au CPS de l’UA »

Entretien 

Régine Villemont, présidente de l’association des amis de la RASD : « J’ai énormément apprécié l’intervention de votre président Tebboune au CPS de l’UA »

Ancienne « porteuse de valises » alors qu’elle n’avait que 16 ans, Régine Vilemont est une infatigable amie de toutes les causes justes et nobles à travers la planète. Ami du combat libérateur du FLN, elle a tout naturellement adhéré à celui du peuple sahraoui, encore otage du joug colonialiste du Makhzen. Dans l’entretien exclusif qu’elle nous a accordé, elle salue très fort le discours historique du président Tebboune lors du dernier sommet de l’UA. La cause sahraouie vit bel et bien un tournant historique. Le peuple français, contrairement à son élite politique, s’y intéresse enfin. Cette cause sort enfin de l’anonymat….

 

Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

 

La Patrie News : La conférence hommage que vous avez organisée à la mémoire du défunt Mohamed Khaddad a quasi-unanimement mis en relief la responsabilité directe de la France dans perpétuation du drame colonial sahraoui. Quelle en est la cause, et quel rôle s’assigne l’association que vous présidez pour que la situation évolue enfin vers le sens désiré, celui de la liberté et de la justice ?

Régine Villemont : La situation est compliquée et difficile pour nous Français. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons maintenu une association comme la nôtre. En effet, la question du Sahara Occidental n’est pas du tout perçue comme centrale en Hexagone, ce qui nous distingue foncièrement de l’Espagne par exemple. Cela n’était pas encore le cas des années plus tôt quand c’est la France de Giscard D’ESTAING pilonnait directement les positions du Polisario et que l’Espagne, qui sortait à peine du franquisme, n’était pas totalement impliquée dans cette question. Durant cette période précise, la France de gauche était attentive à la question du Sahara Occidental, et soutenait pleinement le front Polisario. Mais, malheureusement, cette situation n’a pas duré très longtemps. Dans tous les cas, cette question n’a jamais vraiment imprégné l’opinion française. Durant les années 80 et 90, pour les Français, le Sahara c’était l’Algérie, les hommes bleus, les Touaregs. Ce constat peut peut-être vous surprendre, ou même vous choquer, mais telle est la triste réalité des faits. Donc, pour revenir à notre association, on prend largement en ligne de compte la position privilégiée de la France au sein du Conseil de sécurité, et les relations privilégiées qui ont toujours existé entre Paris et Rabat. L’existence, et la préservation d’une association comme la nôtre est donc primordial pour défendre et faire avancer la cause sahraouie. Cette question n’est malheureusement pas bien suivie par les médias locaux. La télévision française est extrêmement prudente quand il s’agit du Sahara Occidental. Quant à la présence de la France officielle à l’ONU et au Conseil de sécurité, la position de ses hommes politiques ne change pas s’agissant du Sahara Occidental, qu’ils soient de gauche ou de droite. Concernant cette question, ce sont toujours les mêmes. La position est a même. Elle ne change pas au fil des années, et des présidents français successifs. Cette position est confortée par un grand nombre de liens et de relais qui existent un peu partout, comme les universités, les syndicats, les ONG…

Où est l’intérêt de la France officielle à perpétuer cette position inamovible quels qu’en soient les dirigeants successifs ?

Les intérêts sont nombreux. Il ya beaucoup d’intérêts économiques et financiers en jeu. Je me souviens, que durant les années 90 Mme. Mitteland voulait se rendre au Sahara Occidental, ‘est d’abord la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-marocaine qui avait été la première à réagir et à interpeller le président français. Elle l’avait fait avant même le roi Hassan II. A côté de ces intérêts, il existe aussi une grande proximité culturelle entre le Maroc et la France. Sur le plan géostratégique, Rabat a toujours été du bon côté. Par exemple, il avait choisi l’OTAN du temps de la guerre froide. Du temps de la montée de la fièvre islamiste, il a œuvré à refléter l’image d’une monarchie capable de contrer et de contenir ce péril. Il existe aussi une sorte d’intérêt complaisant en faveur de cette monarchie de la part de la plupart des dirigeants français.

Intérêt complaisant pour ne pas dire paternalisme ?

Oui, si vous voulez. N’oubliez pas que le Maroc a réussi, il y a de cela deux années, à faire interdire à Jack Lang et à l’Institut du Monde arabe la production d’une femme sahraouie dans un spectacle qui pourtant était prévu de longue date. Actuellement, nous sommes en contact avec deux jeunes qui veulent faire un sujet sur le Sahara Occidental au niveau de l’école d’ingénieurs de Marseille. Hé bien, c’est le consul marocain à Marseille qui a intervenu après e la direction de cette école pour les empêcher de mener à bien leur travail. Ce directeur n’a rien pu faire puisque son école dispose d’un démembrement basé à Casablanca. La France, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité est dans cette position de ne rien aire qui puisse déplaire au Maroc.

Votre association, mauvaise des dirigeants français, se fixe pour mission de faire (re)découvrir la question sahraouie à un maximum de citoyens français, c’est bien cela ?

Notre association est la doyenne, mais elle n’est pas la seule à activer en France.  il faut souligner pour le soutien aux sahraouis l’importance de certaines villes plutôt de gauche socialistes et communistes qui nous appuient pour l’accueil des enfants sahraouis et l’organisation de conférences

Au niveau national c’est surtout le PCF et lés verts qui sont fidèles à leurs convictions en faveur de l’autodétermination et n’ont pas peur de l’exprimer publiquement au niveau national

À noter aussi l’existence d’un groupe d’étude à l’assemblée nationale présidée par un député communiste

C’est vrai que nous ne sommes pas au centre des intérêts médiatiques connus mais avons des formes de niches de solidarité qui permettent de maintenir vivante une vieille solidarité. Notre champ d’action est tout aussi vaste que varié. Ma ville, le Mans, est engagée depuis 1982 en faveur de la cause sahraouie. La flamme de cette solidarité ne s’est jamais éteinte, et est même demeurée dans les esprits grâce à l’accueil des enfants sahraouis en France nous en accueillons entre 100 et 200 chaque été depuis 1980. Ces visites en arrivent à générer des vocations ainsi que des projets de visites dans les camps de réfugiés. Cela permet d’envoyer des messages aux dirigeants de notre pays. Ce qui est également important, à mon sens, c’est la présence de la diaspora sahraouie, beaucoup moins qu’en Espagne certes, mais capables d’agir sur les plans politique et médiatique. Les générations qui sont arrivées en France depuis les années 60 font qu’il existe désormais en France une communauté structurée et capable d’agir efficacement sur le terrain.

A votre avis, la priorité actuelle consiste-t-elle à  désigner un envoyé spécial du SG de l’ONU ou bien à faire taire les armes avec la reprise du conflit armé après la rupture par le Maroc du cessez-le-feu conclu avec le Polisario ?

Pour le Maroc, malheureusement, il ne s’agit pas du tout d’une reprise du conflit armé il impose un black-out total à cette question. Difficile d’aborder avec lui un sujet dont il va jusqu’à nier l’existence. Le black-out imposé par le Maroc est terrible puisqu’il est entendu par les médias, les autorités et même par le Conseil de sécurité. Il faut donc que les Sahraouis maintiennent et accentuent la pression, afin que la communauté internationale daigne enfin les entendre. Certes la désignation d’un nouvel envoyé spécial peut aider à faire évoluer les choses. Mais, pour ma part, j’ai énormément apprécié l’intervention de votre président Tebboune au conseil de la pais et de la sécurité de l’Union Africaine. C’est très important car ce conseil a redis l’engagement de l’UA en faveur u peuple sahraoui. Cela bat en brèche es manœuvres et simagrées d’installer des consulats dans les territoires occupés sahraouis. Il était donc important que l’UA trace de nouveau ces lignes rouges que le Maroc a cru possible de pouvoir franchir sans conséquences. Le message de l’UA a été très clair. Ce n’est pas parce que le Maroc est entré à l’Union africaine en 2017 que les choses vont changer, et que sa charte fondatrice aurait pu en être modifiée. Le respect des anciennes frontières coloniales reste de mise. Cela aura des conséquences au niveau du Conseil de sécurité. Ce dernier, qui se réunit incessamment dans le courant de ce mois, devrait désigner un nouvel envoyé spécial, mai aussi et surtout rendre la pleine mesure de cette reprise du conflit armé. Les médias devraient jouer un rôle plus présent et plus actif, pour amener les dirigeants concernés à prendre les décisions idoines. On a vu ça par le passé avec le Vietnam et l’apartheid en Afrique du Sud. L’inverse est observé, hélas, avec le cas e la Palestine, avec une couverture sommaire et substantielle des évènements qui s’y déroulent. A côté, il faudrait apporter plus de considération à cette question. J’en veux pour preuve l’intervention de M. Devers lors de notre conférence, et pour qui toute convention inclut le Polisario est systématiquement rejeté par le Maroc. Cela pénalise ses sujets ainsi que sa propre économie. L’argent est le nerf de la guerre. Or, Si Hassan II ne voyait que le côté policé et sécuritaire de son entreprise colonialiste au Sahara Occidental, son successeur Mohamed VI reste avant tout un businessman, il cherche avant tout à se faire de l’argent. Le passage par le Sahara Occidental vers les marchés africains est donc capital pout lui.

Quel avenir pour la déclaration de Trump sur la prétendue marocanité du Sahara Occidental ?

Je pense que Joe Biden a autre chose à faire en ce moment. Blinken le secrétaire d’Etat américain, a fait des déclarations encourageantes. A mon avis, les actuels dirigeants américains vont laisser couler, et laisser mourir cette déclaration de sa belle mort. Plus personne ne va plus évoquer cette question. C’est ce que je prévois. Les Américains, contrairement aux Européens, ont toujours été attentifs au droit international. Ils ont été bien plus rigoureux que les Européens dans leurs rapports économiques avec le Maroc. Il est vrai que c’est aussi une question de rapports de force. Les accords commerciaux entre le Maroc et les USA n’ont en tous cas jamais inclus le Sahara Occidental.

 

En quelques mots, que pensez-vous du rapport de Stora sur le passé colonial de La France en Algérie ?

Vous savez, je me montre extrêmement prudente à cause de la sensibilité de ce sujet. Notre rôle consiste à soutenir le peuple sahraoui. L’avis qui est le mien n’est pas forcément partagé par l’ensemble des membres de notre association, dont la tendance politique est plutôt de gauche radicale. Nous sommes dans une opposition quasi-systématique par rapport à nos autorités. Mais, s’agissant de cette question, il s’agit à mon sens d’une attitude de compromis. Elle ne peut donc certainement pas satisfaire aussi bien les pieds noirs que les Algériens. Il ya tellement de franco-algériens en France. Cela rend quasi-impossible de dégager une voie médiane ou consensuelle entre ces avis et visions qui s’affrontent. Les avions d’Air Algérie sont en constant va-et-vient entre l’Algérie et la France. Le flux est constant et dense. Cela m’émerveille. Malgré-cela, cela ne passe pas ces 130 années de colonisation ne passent pas, e peuvent pas être effacés d’un simple trait de plume. Tout reste très compliqué. Tout ce qui peut être réalisé à travers la recherche et les archives doit être mené petit à petit pour arriver à beaucoup plus de transparence et de vérité. Des historiens de talent de part et d’autre de la méditerranée doivent prendre part à cette quête. Vous savez, qui m’avait intéressée en 2016 lorsque Macron commençait à émerger comme possible candidat à la présidence française,  c’est ses déclarations faites à votre presse en Algérie. Bien sûr, il ya eu sa reconnaissance de crimes contre l’humanité commis par la France en Algérie. C’était des propos un peu durs. D’ailleurs il est revenu par la suite un petit peu en arrière. Il avait suscité pas mal d’émoi dans les milieux pieds noirs, qui restent quand même au sein de l’extrême droite française. En tous cas, ce qui m’a le plus interpellée et intéressée, c’est cette idée de créer une télévision franco-algérienne à la manière d’Arte. Pour moi, cette idée représente une vraie vision, et est capable de transcender les clivages existant. Ce passé commun, avec ses cruauté pèse encore lourd, comme notre passé et nos multiples guerres avec l’Allemagne. Les jumelages entre les villes jouent aussi un grand rôle pour réconcilier les peuples entre eux. Pour ma part, je me souviens, quand j’étais encore jeune, la plupart de nos parents n’osaient même pas franchir la frontière avec l’Allemagne tellement le traumatisme était ancré dans leurs têtes. Voilà pourquoi je trouve très intéressante l’idée e créer une télé franco-algérienne. Cette initiative permettrait de dépassionner les relations et le passé commun entre les deux pays, de guérir les cicatrices, de trouver petit à petit une sérénité entre nos deux peuples. Je suis une personne qui s’est opposée  ses parents pour soutenir l’Algérie indépendante alors que e n’avais que 16 ans et que j’étais encore lycéenne. Mon soutien à la cause sahraouie obéit à la même logique et au même ordre d’idées.

Sur le plan intérieur, votre président est très critiqué, notamment dans sa gestion de la pandémie,  si bien que ses dernières mesures ont très largement été boycottées par les deux chambres du Parlement français. Comment voyez-vous la suite des évènements, sur le plan politique notamment ?

L’analyse, ou l’approche, doit être plus rétrospective pour mieux appréhender la situation actuelle. La présidence de Hollande et les problèmes de Fillon ont vraiment ouvert la voie à Macron. C’est lui qui a fait tout exploser, pour dire les choses clairement et directement. La droite comme la gauche, qui rythmaient la vie politique des Français font face désormais à de très grandes difficultés. Macron, arrivé un petit peu au pouvoir à la manière de Bonaparte sur le pont d’Arcole, a contribué à affaiblir encore plus ces grands courants politiques traditionnels. Le problème, c’est que rien ne remplace ces derniers…

 

Le champ libre est donc laissé aux extrêmes, à l’image de Le Pen et Mélanchon…

Le parti de Macron ne repose que sur une seule personne. Il est très jeune avec ça. Mitterrand a été comme ça, jupitérien. Cette situation est aggravée par l’individualisation des prises de position, l’intrusion des réseaux sociaux dans le débat publics, l’émergence des secondes et troisième génération des minorités d’origine musulmane et africaine qui essaient de se faire une place à travers cette revendication identitaire…. Ces générations, qui ont relu l’histoire coloniale, ont besoin de s’affirmer, et de se venger, à l’image de l’attitude de la Chine vis-à-vis de l’Occident. Cette situation, malheureusement, alimente le Front National.

M.A