Exclusif/Entretien avec son excellence Abdelkader Taleb Omar, ambassadeur de la RASD à Alger : « Le Maroc arme et finance les terroristes »

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Entretien avec son excellence Abdelkader Taleb Omar, ambassadeur de la RASD à Alger : « Le Maroc arme et finance les terroristes »

Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

 

Dans cet entretien, haletant et vivant, son excellence l’ambassadeur sahraoui à Alger ne mâche guère ses mots. Face aux mensonges et aux louvoiements du Maroc, il brandit désormais la « grosse artillerie » pour, d’une part accuser l’occupant de financer et de téléguider le terrorisme, et, de l’autre, recevoir d’importantes et précieuses aides de la part de l’entité sioniste dans sa criminelle entreprise colonialiste. Si la répression se poursuit dans les territoires occupés, la victoire du peuple sahraoui est inévitable. Les armes, désormais, ne se tairons plus jusqu’à la victoire finale et inéluctable.

  

La Patrie News : L’annonce du président Trump à propos de la prétendue marocanité du Sahara Occidental a dû sonner comme un coup de tonnerre au-dessus du ciel du Polisario. Quelles ripostes diplomatiques, médiatiques, ou autres envisagez-vous pour répondre à cette agression caractérisée ?

Abdelkader Taleb Omar : Cette annonce intervient alors que le président américain sortant a perdu les élections présidentielles dans son pays. D’ordinaire, un président sortant, en attendant que son successeur prenne le relai, doit se contenter d’évacuer les affaires courantes, en attendant l’installation de son successeur. Il n’a donc aucun droit de prendre des décisions de cette importance. Or, il semble qu’il ait décidé d’agir autrement. Jusqu’à l’heure où on parle, il refuse encore le verdict des urnes. Plus grave. Il se place en faux de la légalité internationale, selon laquelle le Sahara Occidental appartient au peuple sahraoui. Il est le seul habilité à décider de son destin à travers la tenue d’un référendum d’autodétermination. D’autre part, la RASD est membre à part entière de l’UA, au même titre que le Maroc. Ni Trump ni personne ne peuvent influer sur cette situation légalement admise par l’ensemble des institutions internationales. La sortie de Trump est donc un vulgaire effet d’annonce, sans la moindre conséquence sur l’évolution de la cause sahraouie. C’est une décision individuelle et dénoncée, rejetée partout dans le monde, à commencer par les Nations-Unies et l’Union européenne. ( et d’énumérer une longue liste de poids lourds politiques et diplomatiques ayant dénoncé l’annonce individuelle et unilatérale de Trump). Cet homme est connu pour ses décisions graves et irréfléchies. Cela a été le cas pour le nucléaire iranien, l’environnement… nous sommes convaincus que Biden va y mettre bon ordre. C’est un nuage d’été, en attendant le rapide départ de Trump. Les Etats-Unis, qui ont toujours géré avec objectivité le dossier du Sahara Occidental, ne peuvent se permettre de se mettre hors-jeu en devenant juge et partie dans cette affaire. Il n’est pas possible qu’une puissance planétaire comme Washington s’aligne sur les Comores. Cela vire au vaudeville. La gravité de la décision de Trump réside dans le fait qu’il ait transformé la diplomatie en affaires commerciales. Il peut donc faire la même chose à n’importe quel autre pays, la France, la Russie… c’est absolument inacceptable. Et, cela porte surtout atteinte à la crédibilité de Washington. Certes, cela peut encourager le Maroc, mais ce sera juste temporaire.

 

La Patrie News : Les évènements se précipitent concernant la cause sahraouie, puisque l’APLS est désormais en guerre contre l’armée d’occupation marocaine. Comment évolue la situation sur le terrain ? Est-il vrai que les troupes marocaines, démoralisées et rongées par la corruption soient en train de s’effondrer ? Où en est le moral de l’APLS à la faveur de la sortie de Trump ?

Abdelkader Taleb Omar : Le peuple sahraoui est habitué à la grosse difficulté…

A l’image du climat qui caractérise votre pays…

Nous avons, maintes fois, connu des situations bien pires. Nous en sommes toujours sortis victorieux et plus forts que jamais. Pour revenir à votre question, le régime marocain est tombé dans un terrible piège, en obtenant des résultats diamétralement opposés à ceux qu’il attendait. Il assume pleinement la violation de l’accord de cessez-le-feu, mais aussi la totale remise en cause du processus de paix. Mieux, le Maroc nous a libérés en nous permettant de reprendre, en toute légitimité notre lutte armée. La reprise du conflit armé nous arrange également parce que cette question est redevenue prioritaire sur les agendas de toutes les instances internationales. Voilà pourquoi le Maroc supplie pour revenir à l’avant 16 novembre. Mais c’est hors de question pour nous. Plus question d’attentes éternelles et de promesses mensongères. La guerre ne prendra fin qu’une fois le dernier soldat marocain bouté hors de nos terres. Sur le terrain, c’est nous qui contrôlons la situation. Les positions fixes de l’occupant sont faciles à cibler par nos troupes mobiles, déterminées et très bien préparées. Les pertes marocaines sont importantes. Pour preuves, les hôpitaux militaires marocains sont tous fermés. Un black-out total est également imposé aux médias. Nos sources locales, dans les territoires occupés, parlent de va-et-vient incessant d‘ambulances. Les familles endeuillées sont menacées et obligées de garder le silence.

 

La Patrie News : La clôture du dernier sommet de l’Union Africaine a constitué une victoire diplomatique éclatant pour le Polisario, avec le retour de la question sahraouie au sein de cette union continentale. Concrètement parlant, qu’est-ce que vous en attendez au juste, alors que le Maroc, en dépit de ses dépassements, ne fait l’objet d’aucune décision ou sanction contraignante. Je veux dire par là que l’actuel statuquo arrange grandement les affaires de Rabat. Comment faire, et quoi faire, pour bouger les choses dans le sens voulu ?

Abdelkader Taleb Omar : Le Maroc a toujours manœuvré pour maintenir cette question au sein des Nations-Unies, où le poids de la France au sein du conseil de sécurité a permis la perpétuation de ce statuquo depuis une trentaine d’années. Ce retour, dont le Maroc ne voulait absolument pas, est devenu indispensable, puisque, pour l’UA, il est question désormais de faire taire les armes. Le Maroc est désormais passible d’expulsion et de sévères sanctions selon les statuts de l’UA. Son adhésion à cette instance internationale est basée sur la tromperie et les mensonges. C’est pour cela aussi qu’il louvoie pour refuser la tenue d’un référendum qui, pour lui, est devenu synonyme d’indépendance.

Ce choix est calqué sur le mode opératoire de l’entité sioniste, comme le mur, les colonies, la politique du fait accompli… un parallèle peut être établi entre ce qui se passe en Palestine et chez nous. Tous ces consulats sont vides désormais. Ce sont des nids d’oiseaux, seul comptait l’effet d’annonce. Il n’y a là aucun impact diplomatique ou géostratégique. Les relations entre l’entité sioniste et le Maroc sont connues, étroites, et remontent à des temps immémoriaux. Le Maroc a reçu des armes, des moyens de surveillance et d’écoute sophistiqués de la part de l’entité sioniste. Même le mur de sable qui coupe notre pays en deux a été érigé avec l’assistance des hommes du génie de l’armée sioniste. Il ne manque plus que cette dernière intervienne directement sur le terrain.

 

La Patrie News : Quid des consulats qui ouvrent à Laâyoune, plus grande ville du Sahara Occidentale ?  Quelle réponse apporter à la lettre de Tamek, adressée au nouveau président américain pour y accuser le Polisario de collusion avec le terrorisme ?  

Cet individu ne mérite pas qu’on lui réponde. Il est insignifiant, à l’image de Marzouki et Zapatero. Le fait que le Maroc ait décidé d’actionner ces relais de mercenaires est une preuve de plus qu’il panique. Nous sommes sûrs que Biden sait distinguer le bon grain de l’ivraie. Ce Tamek, traitre à la cause du Polisario, est un bourreau. Rien d’autre. Nos amis et alliés sont mus par des convictions. Ce n’est pas le cas de ces mercenaires.

 

La Patrie News : Dans le même ordre d’idées, vous avez toujours accusé le Maroc d’être derrière la création et les activités terroristes du MUJAO (mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest). Si c’est vraiment le cas, et j’ai de nombreuses raisons de vous croire, quels objectifs poursuit Rabat en aidant à la création de groupes terroristes, en les armant et en les finançant ?

Abdelkader Taleb Omar : C’est parfaitement vrai. Le terrorisme se nourrit principalement du trafic de drogue. Or, comme le prouvent de nombreux rapports des Nations-Unies, le Maroc est le principal pays producteur et exportateur de résine de cannabis. Même le passage d’El Guerguerat servait au passage des camions remplis de drogue marocaine. Le Maroc a financé des groupes terroristes avec l’argent de la drogue. Personne n’a jamais entendu parler du MUJAO avant que ce groupe n’attaque les camps de réfugiés ainsi que l’Algérie. Il n’a rien fait d’autre, et n’a été créé que pour ça. Je me demande si, à travers ses autres appellations postérieures, il n’est pas aussi derrière l’attaque terroriste de Tiguentourine

La Patrie News : Est-ce que les récents rounds de dialogue et de négociation, directs et indirects, ont débouché sur des éléments concrets ?

Abdelkader Taleb Omar : Ces négociations achoppaient sur la manière de tenir le référendum d’autodétermination. A présent, il refuse ouvertement cette option, pourtant décidée par les Nations-Unies. Il le clame désormais ouvertement. Pour lui, il n’est plus question d’une affaire de liquidation d’une colonisation. Le dialogue devient dès lors impossible.

Peut-être que ceux qui ont conseillé le Maroc ont parié sur ce fait accompli qui sert grandement les intérêts marocains. Désormais, pour nous, la désignation de ce représentant, quel qu’il soit, n’y changera rien dans l’état actuel des choses.

La Patrie News : Comment vivent les Sahraouis dans les territoires occupés ? 

Abdelkader Taleb Omar : Tous les territoires occupés sont hermétiquement fermés et étroitement surveillés. Des agents sont postés devant les maisons de tous les activistes. Les rassemblements sont violemment réprimés par le feu et par le sang. Tous les services de sécurité marocains sont déployés et en état d’alerte dans les territoires occupés. Notre peuple vit un état de siège permanent.

M.A