Elections US : Entre confusion et recours juridique, l’Amérique retient son souffle

Elections US : Entre confusion et recours juridique, l’Amérique retient son souffle

Joe Biden a prédit mercredi qu’il remporterait l’élection présidentielle américaine après des succès annoncés dans le Michigan et le Wisconsin, des Etats décisifs, tandis que Donald Trump a cherché à contrer la tendance en engageant des procédures juridiques et en demandant un nouveau décompte, rapportent plusieurs medias, ce jeudi matin.

En devançant le président républicain sortant dans ces Etats du Midwest, le candidat démocrate se rapprocherait de la majorité des 270 grands électeurs du Collège électoral nécessaire pour accéder à la Maison blanche.

Donald Trump, victorieux dans le Michigan et le Wisconsin il y a quatre ans, voit désormais ses options se réduire pour espérer décrocher un second mandat. Alors que le dépouillement se poursuivait, le président sortant a prématurément revendiqué la victoire, accusé les démocrates de tenter de voler l’élection et promis d’engager des batailles juridiques.

S’exprimant au côté de sa colistière Kamala Harris depuis le Delaware, où il réside, Joe Biden a déclaré mercredi qu’il était «clair que nous gagnons suffisamment d’Etats pour atteindre les 270 grands électeurs nécessaires pour remporter la présidence».

«Je ne suis pas là pour déclarer que nous avons gagné», a-t-il poursuivi. «Mais je suis là pour indiquer que nous croyons que, quand le dépouillement sera terminé, nous serons les vainqueurs».

Trump crie à la fraude

La campagne Trump se bat pour préserver les chances du président sortant. Elle a engagé des procédures dans le Michigan et en Pennsylvanie pour y faire interrompre le dépouillement, et a aussi déposé une plainte pour demander un nouveau décompte dans le Wisconsin.

Les équipes de l’actuel locataire de la Maison blanche ont par ailleurs saisi la Cour suprême des Etats-Unis pour lui demander l’autorisation de se joindre à une plainte du Parti républicain en Pennsylvanie contestant la prise en compte de bulletins envoyés par voie postale le jour du scrutin, mardi. Des centaines de milliers de votes par courrier sont toujours en cours de dépouillement en Pennsylvanie.

Coude à coude dans le Wisconsin

Donald Trump a mis en doute pendant des mois l’intégrité du processus électoral dans l’hypothèse d’une défaite et il a accusé sans preuve les démocrates de vouloir tricher.

Alors qu’il s’est opposé à la poursuite du dépouillement dans les Etats où il craignait de s’incliner, le président sortant s’en est pris aux médias ayant projeté sa défaite en Arizona et dans le Nevada, où il pensait être victorieux.

Joe Biden a déclaré que chaque vote devait être compté. «Personne ne va nous enlever notre démocratie, ni maintenant, ni jamais (…) L’Amérique a mené trop de batailles, elle a trop enduré pour laisser cela se produire», a dit l’ancien vice-président, à la longue carrière politique.

Donald Trump veut éviter de devenir le premier président sortant à ne pas être réélu depuis George H.W. Bush en 1992.

Selon les données de l’institut Edison Research, Joe Biden a remporté le Michigan avec 67.000 voix d’avance sur Donald Trump, soit 1,2% des suffrages, et il s’est imposé dans le Wisconsin avec seulement 20.000 votes de plus – soit à peine 0,6%.

Edison Research donne le candidat démocrate victorieux dans le Michigan mais pas dans le Wisconsin, comme l’ont annoncé les principaux médias américains, du fait des règles électorales dans cet Etat.

Un nouveau décompte peut être demandé dans le Wisconsin si l’écart est de moins de 1%, et la campagne Trump a fait savoir immédiatement qu’elle en ferait la requête. En réponse, un porte-parole du procureur général de l’Etat a déclaré que le scrutin avait été «mené de manière transparente».

Les bureaux de vote ont fermé comme prévu mardi soir, mais de nombreux Etats ont pour habitude de terminer le dépouillement au bout de plusieurs jours, notamment les bulletins transmis par courrier. Les Américains ont été nombreux à recourir au vote par voie postale du fait de l’épidémie de coronavirus.

L’Arizona en bleu ?

Le dépouillement se poursuivait en Arizona, en Géorgie, dans le Nevada et en Caroline du Nord, entretenant l’incertitude sur l’issue de l’élection présidentielle.

Sans tenir compte du Wisconsin, Joe Biden est pour le moment crédité de 243 grands électeurs contre 213 pour Donald Trump. Il faut les voix d’au moins 270 des 538 grands électeurs formant le Collège électoral pour être désigné président.

Le vainqueur sera à la tête d’une nation ravagée par l’épidémie de coronavirus – qui a tué plus de 231.000 Américains et mis des millions de personnes au chômage -, les tensions raciales et les divisions politiques, qui se sont amplifiées au cours d’une campagne électorale au vitriol.

Électeurs républicains et démocrates se trouvaient dans un état d’anxiété alors que l’issue du scrutin était toujours indécise. Des manifestations, pour et contre la poursuite du dépouillement, ont eu lieu mercredi à travers le pays.

Joe Biden devrait remporter le vote populaire alors qu’il comptait mercredi environ 3 millions de suffrages de plus que Donald Trump. Toutefois ce dernier s’était imposé en 2016 alors même que Hillary Clinton avait conquis quelque 3 millions d’électeurs en plus à l’échelle nationale.

Donald Trump disposait d’une avance étroite en Caroline du Nord, tandis que son avance était menacée en Géorgie et en Pennsylvanie. Ces trois Etats lui sont indispensables, de même que l’Arizona ou le Nevada, pour être réélu si Joe Biden remporte effectivement le Wisconsin et le Michigan.

Joe Biden était donné en tête dans l’Arizona, où il pourrait devenir seulement le deuxième candidat démocrate à s’imposer en 72 ans. Donald Trump l’avait gagné il y a quatre ans.

Les forces de l’ordre en action contre des manifestants à Portland

Des forces de la police et de la Garde nationale de l’Oregon ont pourchassé mercredi soir des centaines de manifestants d’extrême gauche dans le centre de Portland et ont procédé à au moins dix arrestations.

Cette ville du nord-ouest des Etats-Unis qui est le théâtre de manifestations depuis l’été a été placée en alerte renforcée par la gouverneure de l’Oregon, Kate Brown.

Mme Brown a prolongé un état d’urgence instauré pour la nuit de l’élection présidentielle pour prévenir des manifestations violentes.

Le bureau du shérif du comté de Multnomah a déclaré que la situation de «violence généralisée» qui prévalait correspondait légalement à une émeute, après l’arrestation d’un homme soupçonné d’avoir lancé un cocktail Molotov.

Il a averti à plusieurs reprises que les forces de l’ordre pourraient employer des munitions et du gaz lacrymogène.

«Le rassemblement dans le centre de Portland est considéré une situation d’émeute. Quittez la zone immédiatement», a annoncé le bureau du shérif sur Twitter vers 20h30 heure locale (04h30 GMT).

Un étudiant de 38 ans, Michael Ream, a été appréhendé par des policiers qui lui ont passé les menottes. «C’est toujours la même chose», a-t-il dit, le visage ensanglanté, déplorant «le comportement horrible de la police».

Plus tôt, les manifestants ont participé à un rassemblement pacifique dans un parc du centre de Portland, où un ensemble de groupes d’extrême gauche ou anticapitalistes proposaient des conférences et de la musique.

Portland, une ville très libérale, est depuis des mois le théâtre de manifestations dénonçant les cas d’abus de la force de policiers contre des Afro-Américains en divers endroits des Etats-Unis.

Au cours des incidents de la soirée, les policiers ont saisi des armes dont un fusil chargé, un couteau, des marteaux et des feux d’artifice utilisés comme projectiles, a tweeté le bureau du shérif. Il a signalé que des manifestants avaient lancé des bouteilles et d’autres objets sur les policiers et brisé des vitrines de magasins.