Dr Mohamed Djellab : les raisons de la baisse des taux de change

Dr Mohamed Djellab : les raisons de la baisse des taux de change

DR Mohamed Djellab(*)

enseignent et chercheur universitaire 

La baisse enregistrée du taux de change des principales devises (le dollar et l’euro) au cours de cette période particulière, s’explique de prime abord, et tout simplement, par la propagation de cette pandémie Covid-19 qui frappe le monde aujourd’hui et qui s’est traduit par la baisse de la demande mondiale.

Aussi, les répercussions négatives de cette pandémie ont-elles contribué à l’émergence d’un ensemble d’indicateurs négatifs. Ces indicateurs négatifs sont principalement considérés comme des causes économiques et financières ayant contribué directement à la baisse des taux de change en plus d’autres facteurs comme cela sera mentionné plus loin:

1. Les raisons objectives 

– Dans le secteur industriel : la baisse et l’effondrement des prix des matières premières énergétiques sur les marchés internationaux, s’explique par la faiblesse des investissements mondiaux et de la demande industrielle due à la suspension de la plupart des activités industrielles et de la réduction des capacités d’emploi et de production pour différents matériaux et ressources. D’un point de vue économique, toute diminution de la demande de matériaux et de ressources conduit indirectement à une baisse de la demande d’instruments de règlement en devises et, par conséquent, à une baisse de leurs prix. Cela a également un impact sur les pays rentiers.

– Dans le secteur du tourisme : la cessation quasi-totale de ce secteur vital à l’échelle mondiale, et dans cette circonstance exceptionnelle de la période estivale, a contribué de manière significative et non des moindres à la baisse de la demande mondiale dans ses deux volets (ménages et investissements), en raison du manque des mouvements de touristes par précaution et respect des mesures de protection sanitaire, et aussi en raison du recul des revenus des ménages en termes de salaires et d’allocations liés à la performance, du au gel des contrats de travail et sans doute aussi des licenciements de certaines catégories de travailleurs. Dans le même contexte, nous constatons que la spécificité et la vitalité de ce secteur font qu’’il est étroitement lié à un important secteur industriel et de services, celui l’aviation, que ce soit en termes de fabrication et de vente, ou en termes d’utilisation et d’exploitation des services de transport aérien, sans oublier toutes les activités liées à la restauration et d’hébergement qui connaissent de grandes lenteurs dans la reprise.

– Dans le secteur financier : concernant les finances publiques, nous constatons que de nombreux pays ont pris des mesures pour rationaliser les dépenses publiques afin de mieux contrôler le déficit budgétaire public. Le Fonds monétaire international prévient d’ailleurs contre l’augmentation du volume de la dette publique mondiale qui a atteint 95% de la production mondiale, en préconisant de se concentrer davantage sur les services utiles dans leur volet fonctionnement pour prendre en charge les citoyens dans de telles crises, et d’ajourner de nombreux projets publics, ce qui conduit à la baisse de la demande publique de la machine de production et d’industrie. S’agissant des finances de l’entreprise, nous constatons que l’arrêt de diverses activités commerciales, de production et de services, a conduit à une forte baisse des revenus de nombreuses entreprises et sociétés et un accroissement des dettes auprès des banques. D’ailleurs, l’Institut de financement international prévoit une hausse de 342% due la dette mondiale, par rapport au PIB mondial.

2. Les raisons subjectives

– pendant les périodes de crise, notamment économiques, il n’est pas possible de négliger l’aspect psychologique et moral, et puis aussi le comportement des individus. Car, dans de telles circonstances, la peur et le stress psychologique, conséquence tantôt de l’alarmisme de certaines sources d’information, tantôt de la situation sanitaire, prennent le dessus. On constate que les individus deviennent précautionneux et prudents,  se contenant de ce qui est élémentaire en termes de consommation.

– En outre, les prévisions d’avenir sont empreintes d’incertitude, et il n’est donc pas raisonnable de risquer et d’investir dans de telles conditions. Alors, les investisseurs préfèreront patienter et de préserver les liquidités et les actifs dans leurs formes sûres, car ils doivent s’attendre à une récession mondiale plus profonde et à des pertes pouvant atteindre 12 milliards de dollars, selon le Fonds monétaire international.

3. Autres raisons

Certains experts soulignent que l’instabilité des marchés monétaires, face à une telle crise sanitaire, a conduit à une utilisation accrue de tout ce qui est virtuel et réseaux à distance. Toujours dans le même contexte, mais concernant l’aspect monétaire, certains experts estiment que la tendance est à l’utilisation des monnaies cryptées et à l’augmentation de la demande sur elles, impliquant une baisse de la demande de monnaies réelles. Des pays comme la Chine et la Turquie ont entamé les procédures de préparation à l’émission des monnaies numériques.

Nous ne pouvons conclure, sans évoquer le rôle des relations géopolitiques et militaires dans la négociation entre les pays et leur impact sur les variations des prix des devises.

M.A