Détenus sahraouis: Michèle Decaster, demande une intervention « urgente » de la Croix Rouge Internationale

Détenus sahraouis: Michèle Decaster, demande une intervention « urgente » de la Croix Rouge Internationale

Monsieur :

Vous avez été alerté par la Ligue de Protection des Prisonniers Politiques Sahraouis sur la situation alarmante de Mohamed Lamine Haddi qui observe une grève de la faim depuis le 13 janvier dernier.

Je me joints à cet appel pour une intervention de la Croix Rouge Internationale auprès de ce prisonnier civil victime du conflit entre le Maroc et le Front Polisario dont la forme militaire a repris depuis le mois de novembre 2020 suite à la rupture du cessez-le-feu par le Maroc après 29 années que les armes s’étaient tues sans effet sur la tenue d’un référendum promis à l’origine pour janvier 1992.

Ce jeune homme pour lequel j’ai suivi le procès devant le tribunal militaire en 2013 puis le procès en appel en 2016 n’a pas bénéficié des conditions de la Convention de Genève sur les conflits dans les territoires non autonomes ratifiée par le Maroc, qui stipule que les personnes arrêtées par la puissance occupante d’un territoire non autonome doivent être jugées et incarcérées sur ce territoire.

Or les procès ont eu lieu à Rabat et Salé où il fut incarcéré durant la procédure judiciaire avec ses 19 compagnons qui ont été dispersés dans plusieurs prisons du Maroc après le rendu du jugement en appel.

Aujourd’hui il est en isolement depuis son transfert à la prison de Tiflet2 en septembre 2017, une mesure de rétortion à son encontre pour avoir revendiqué ses droits.

Sa vie est aujourd’hui en grave danger. Il avait 30 ans quand il a été incarcéré, il en a 40 aujourd’hui, c’est à dire qu’il a passé le quart de sa jeune vie en prison.

Je suis bien placée pour alerter sur les méthodes arbitraires et brutales des autorités marocaines, pour avoir été enlevée le 6 août 2014 à l’aéroport d’El Ayoun et emmenée contre mon gré, de nuit à Agadir, enfermée dans un véhicule banalisé, soit à 638 kilomètres du lieu où je devais enquêter sur les droits de l’homme au Sahara occidental.

Depuis janvier 2014 plus aucun observateur ne peut séjourner au Sahara occidental occupé, nous sommes 283 personnes de 20 nationalités à avoir été expulsées, voire enlevées par les autorités marocaines.

La liste est tenue par l’ASVDH et l’AFASPA, je vous l’adresse ainsi que le récapitulatif.

Je vous adresse le courrier que le président de mon organisation a adressé à Emmanuel Macron, Président de la République pour lui demander d’intervenir auprès des autorités marocaines compte tenu du rôle que la France joue dans ce conflit de décolonisation inachevée.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.

Michèle Decaster

Secrétaire générale de l’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les peuples d’Afrique.