Déportés de force vers une ile submersible et sujette aux cyclones : Rohingyas entre la vie et la mort !

Déportés de force vers une ile submersible et sujette aux cyclones : Rohingyas entre la vie et la mort !

Bhasan Char, un territoire bangladais plat et sans relief, mais surtout menacé par les cyclones, s’apprête à accueillir un millier de réfugiés Rohingyas dans le golfe du Bengale. Cette minorité ethnique de confession musulmane, de longue date persécutée par la Birmanie, est aujourd’hui dans le viseur des autorités du Bangladesh.

Pour rappel, quelque 750 000 musulmans Rohingyas ont fui en 2017 une épuration ethnique dans l’ouest de la Birmanie menée par l’armée et des milices bouddhistes. Ils sont alors venus grossir les rangs des 200 000 Rohingyas déjà réfugiés au Bangladesh, legs de vagues de violence précédentes.

Ces dernières heures, quelque 922 Rohingyas ont quitté les camps de Cox’s Bazar (sud-est du pays) à bord de bus à destination du port de Chittagong (est) avant leur transfert sur des navires de la marine bangladaise, vendredi, vers Bhasan Char. Des fonctionnaires ont indiqué qu’environ 2500 Rohingyas devaient être établis sur l’île de 52 km2 lors de cette première phase de transfert. Depuis 2017, la marine du Bangladesh y a construit île des refuges afin d’y accueillir au moins 100 000 Rohingyas, ainsi qu’une digue haute de trois mètres pour les protéger des inondations.

Encore immergé au début du XXIe siècle, cet îlot boueux abrite désormais « un centre de rétention de la taille d’une ville, avec plusieurs centaines d’immeubles collectifs, des dispensaires, des écoles, des mosquées et de nombreuses caméras de surveillance », selon la description d’un correspondant du Monde. Le quotidien relatait en mai 2020 comment 29 naufragés de la mer avaient alors été « internés » à Bhasan Char.

Malgré les infrastructures installées, un fort cyclone à marée haute laisserait probablement l’île entière submergée, selon Golam Mahabub Sarwar, un membre du ministère des terres du Bangladesh interrogé en 2018 par Reuters dans un long format. L’agence de presse anglaise rappelle aussi à quel point la forme de l’île a changé de façon spectaculaire depuis qu’elle est sortie de la mer, signe de l’instabilité de son sol. La communauté internationale s’alarme depuis le départ de cette initiative.

Une inquiétude qui avait sans doute retardé jusqu’ici sa mise en place. Le bureau des Nations unies au Bangladesh a publié jeudi un communiqué laconique assurant n’être «pas impliqué » dans ce processus de relocalisation sur lequel il avait reçu «peu d’informations».

Les agences des Nations unies, dont le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Programme alimentaire mondial (PAM), avaient fait part de leur crainte au gouvernement bangladais en novembre 2019, arguant que l’île était « isolée » et « sujette aux inondations ».

A.O