Décès de Mohamed Ferkioui : Une grande perte pour le chaâbi

Décès de Mohamed Ferkioui : Une grande perte pour le chaâbi

Triste nouvelle pour la culture algérienne : Mohamed Ferkioui n’est plus. Le musicien et chef d’orchestre chaâbi est décédé, hier mercredi, à Alger des suites d’une longue maladie.

Natif d’Alger, Mohamed Ferkioui y a vu le jour en 1940. Passionné de musique chaâbi, il en apprend les bases au sein de l’association « El Fekhardjia » avant de parfaire ses connaissances auprès du grand maître du genre, El Hadj M’hamed El Anka, lorsque ce dernier ouvre la première classe de musique châabi au sein du Conservatoire d’Alger. Face au talent affiché par le jeune musicien, le Cardinal lui offre, vers la fin des années 1950, la chance d’intégrer son célèbre orchestre en tant qu’accordéoniste. Pour le jeune homme, ce genre d’opportunité n’arrive pas souvent, aussi, saisira-t-il sa chance pour montrer qu’il était digne de recevoir la confiance de son maître.

A force de sérieux et d’assiduité, le jeune Mohamed Ferkioui devient au lendemain de l’indépendance le musicien que les plus grands chouyoukh du chaâbi s’arrachent. Il dirigera, en effet, les orchestres des plus grands maîtres du chaâbi, dont celui de Dahmane El Harrachi ou encore d’El Anka avec lequel il collaborera longtemps sans oublier d’autres encore.

Durant la décennie noire, Mohamed Ferkioui met sa carrière entre parenthèse. Il passe ses journées au sein de l’atelier de son père dans la basse Casbah, se consacrant à son autre passion : la miroiterie artisanale et la réalisation d’objets en bois dont les fameux coffrets des mariées de la Casbah.

En 2003, sa rencontre avec l’architecte algéro-irlandaise Safinez Bousbia va complètement bouleverser son existence et celle de nombreux autres musiciens de sa génération. Cette dernière s’efforçant en effet de réunir les musiciens algérois, juifs et musulmans ayant fait partie de l’orchestre et de la classe du cardinal au début des années 1950, va, en effet, chambouler le quotidien tranquille de ces « retraités » du chaâbi.

Trois ans plus tard, le projet de Safinez Bousbia réunit enfin sur scène 42 musiciens parmi lesquels Mohamed Ferkioui, Cheikh Ahmed Bernaoui (disparu en 2011), El Hadi El Anka, Mustapha Tahmi, Abdelmadjid Meskoud, Reda Djilali, Rachid Berkani, René Perez, Luc Cherki, Maurice El-Medioni … etc

En 2012 sort sur les écrans « El Gusto » qui raconte les « retrouvailles d’anciens élèves du conservatoire de musique d’Alger, musulmans ou juifs, qui, dans les années 1950, partageaient le même amour pour la musique chaâbi, une musique qui a fait oublier la misère, la faim, la soif, les rassemblant pendant des années au sein du même orchestre jusqu’à la guerre et ses bouleversements ».

Le succès est immédiat et les musiciens-acteurs de ce film documentaire, retrouvent le temps de quelques projections et de plusieurs tournées musicales (en France, au Maroc, en Tunisie, en Suisse, en Belgique, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis…), le succès d’antan.

Mohamed Ferkioui sera enterré jeudi 16 juillet au cimetière d’El Malha à Ain Naâdja.

Lamia B.

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