Courageuse militante de la cause algérienne : Annie Steiner, tire sa révérence

Courageuse militante de la cause algérienne : Annie Steiner, tire sa révérence

La grande moudjahida Anni Steiner, qui a fait partie du fameux réseau des poseuses de bombes durant la bataille d’Alger, s’est éteinte ce mercredi à l’âge de 93 ans.

Née le 7 février 1928 à Hadjout (Tipaza), elle a choisi de vivre en Algérie, et de porter la  nationalité algérienne après sa libération de prison en 1961.

Diplômée en 1949 en Droit, elle travaille dans les centres sociaux algériens, créés par Germaine Tillion (figure de la résistance et ethnologue anticolonialiste).

Leur mission était de soigner et d’alphabétiser la population. Là, avec ses collègues, elle fait face à la misère des Algériens. « Les gens avec qui je travaillais avaient déjà de bonnes idées, témoignait-elle.

Annie Fiorio-Steiner devient ainsi agent de liaison du FLN, transportant des lettres et des couffins.

L’ancienne militante reste très modeste quant à son rôle durant la guerre. « J’ai pu faire beaucoup de choses car je n’étais pas fichée, mais non parce que j’étais meilleure que les autres. »

Elle est arrêtée à son travail en octobre 1956 et emprisonnée à la prison de Barberousse, où sont enfermés les militants du FLN avant leur procès. Là, elle rencontre ses « sœurs », des moudjahidate, qui l’accompagneront durant sa captivité. Meriem, Fadila et Safia étaient infirmières au maquis.

Avec elles, Annie ressent une réelle solidarité, un lien indissociable face à la dureté et la solitude de la prison. Aujourd’hui encore, elle est intarissable sur le sujet. « Sans solidarité, il n’y a plus de groupe. Il fallait faire bloc et se soutenir mutuellement. » Avant son procès, ses « sœurs » lui préparent des bigoudis et l’habillent avec les moyens de bord : « Surtout, il ne fallait pas provoquer de la pitié au tribunal. »

 

Le 11 février 1957 à l’aube, dans la cour de la prison de Barberousse où Annie Steiner est emprisonnée, sont guillotinés trois militants nationalistes, Mohamed Ben Ziane Lakhnèche dit « Ali Chaflala », Ali Ben Khiar Ouennouri dit « P’tit Maroc » et Fernand Iveton.

Le soir même dans sa cellule, Annie Steiner compose le poème : « Ce matin ils ont osé, ils ont osé vous assassiner ».

En mars 1957, elle est condamnée à cinq ans de prison et est emprisonnée à Maison-Carrée où elle rejoint des prisonnières de droit commun. Elle raconte, émue : « J’ai d’abord passé plusieurs jours au cachot où était enfermée une femme qui avait perdu la raison. La surveillante qu’on appelait Baqara (vache en arabe) m’a ensuite amenée dans les « cages à poules ». C’était un grand dortoir avec des cellules très petites et grillagées. Devant moi, il y avait toutes les Algériennes, assises sur un banc posé contre le mur. »

Par modestie, Annie ne s’est jamais vantée de son parcours. Elle répète à l’envi que la guerre a été collective, menée par le peuple de façon anonyme. De nationalité algérienne, elle n’a plus jamais quitté son pays.

Sa mémoire mérite tous les hommages ainsi que tous les égards.  Puisse-t-elle reposer au paradis des justes, comme le fut toute sa vie.

R.N.