Contribution : La liberté de la presse, Bien public

Contribution : La liberté de la presse, Bien public

Aujourd’hui est célébré dans le monde le 30ème anniversaire de la Déclaration de Windhoek et de la création de la journée internationale de la liberté de la presse. La journée trouve son origine dans la conférence de l’UNESCO à Windhoek en 1991.

L’événement s’est terminé, le 3 mai 1991, par l’adoption de la Déclaration de Windhoek pour le développement d’une presse libre, indépendante et pluraliste. Trente ans plus tard, le lien historique établi entre la liberté de rechercher, de communiquer et de recevoir des informations et la notion de bien public reste aussi pertinent qu’il l’était au moment de la signature de la déclaration. Cette année, selon l’UNESCO, le thème de la Journée mondiale de la liberté de la presse est : « L’information comme bien public ».

En défendant cette notion, la Journée mondiale affirme l’importance de défendre l’information comme un bien public, souhaite explorer ce qui peut être fait dans la production, la distribution et la réception de contenu pour renforcer le journalisme et faire progresser la transparence et l’autonomisation tout en ne laissant personne de côté.

Le thème de la Journée mondiale est d’une pertinence particulière pour tous les pays du monde car il prend en compte l’évolution d’un système de communications qui a un impact sur notre santé, les droits de l’homme, les démocraties et le développement durable.

La Journée mondiale de la liberté de la presse mets en évidence trois impératifs :Des mesures pour assurer la viabilité économique des médias d’information ;des mécanismes pour assurer la transparence des sociétés Internet ; le renforcement de l’éducation aux médias et à l’information permet au public de reconnaître et de valoriser (ainsi que de le défendre et de l’exiger) le journalisme en tant qu’élément essentiel de l’information, elle-même considéré comme un bien public.

Tout aussi importante, la Journée mondiale de la liberté de la presse est une journée de soutien aux médias qui sont des cibles pour la restriction ou l’abolition de la liberté de la presse. C’est aussi une journée de commémoration pour les journalistes qui ont perdu la vie dans la poursuite d’une histoire. Le thème retenu souligne la valeur incontestable d’une information vérifiée et fiable.

Il appelle l’attention sur le rôle essentiel que jouent les journalistes libres et professionnels dans la production et la diffusion de ces informations, luttant contre les fausses informations et autres contenus préjudiciables. » Quelle liberté de la presse veu- lent les Algériens ? Sûrement pas celle de la prétendue ouverture du paysage audiovisuel opérée à partir de 2011 et des débuts des supposés printemps arabes, devenus entre temps des hivers sanglants.

Un matraquage médiatique insoutenable pour encenser matin et soir les tenants du système déchu et leurs tentaculaires relais, à commencer par l’oligarchie politico-financière, qui a fini par faire lasser le peuple algérien indigné et susciter le ras-le-bol général de la rapine, de la corruption, des passe-droits et du zèle insensé de plumitifs aveuglés par l’adulation et l’auto- censure.

Pour d’autres qui ont tranché le débat avant l’heure, même si la réalité est différente, « la liberté de la presse aujourd’hui serait essentiellement la liberté pour les puissances d’argent d’accaparer les entreprises de presse et pour les journalistes ou supposés tels, la liberté de faire carrière en « gérant » cette confiscation de la parole publique au profit des différentes oligarchies de l’argent, ou de l’influence.

Depuis l’indépendance, notre pays a connu plusieurs grands bouleversements du paysage médiatique national. Cela n’a pas pour autant réconcilié définitivement la presse en général avec la population dans son ensemble et les différents pouvoirs. Est-il vrai que la liberté de la presse consiste uniquement dans la suppression de la censure et de toutes les entraves qui peuvent arrêter l’essor de la liberté ? Des batailles éloignées des deux véritables facettes de la presse, l’éthique et le professionnalisme.

Des facettes occultées, rejetées et évacuées…La presse nationale, des premiers balbutiements lors des luttes contre la colonisation, avec une presse de combat face à une autre de connivence avec l’occupant, à aujourd’hui, a évidemment connu la même tumultueuse aventure, selon les aléas des époques traversées.

Il est curieux et heureux de constater que la presse nationale a également vécu des moments mémorables sous le parti unique et la censure, avec de grandes plumes. « L’ouverture » médiatique des années 90 qui a accompagné l’ouverture politique du pays, n’a pas été de tout repos, avec les dérives, les répressions et la montée des radicalismes au profit d’idéologies mortifères.

Puis en 2011, ce fut une ouverture intentionnée de soupapes de sûreté pour désamorcer les orages éventuels des printemps arabes devenus entretemps des hivers sanglants, et l’émergence d’un cartel médiatique audiovisuel hégémonique et manipulateur, doublure incontestée de l’audiovisuel « étatique », bénéficiant des largesses de la issaba et de son clientélisme ravageur, avec la génération spontanée d’empires tentaculaires de presse, berçant et glorifiant jour et nuit le système honni, et dévalorisant toute initiative de contestation populaire.

Mais, il y a toujours des retours de manivelle dans l’histoire des peuples, histoire qui est souvent un éternel recommencement quand elle n’accélère pas. L’Algérie est en train de vivre un renouveau historique après le hirak, l’élection du président Abdelmadjid Tebboune et la révision de la loi fondamentale du pays, révision qui conforte, d’une manière innovante les assises de la liberté de la presse.

Et, il faut le signaler, pour la première fois dans l histoire de la presse nationale, le ministère de la communication se préoccupe en priorité des règles d’éthique et de déontologie du métier, en axant ses efforts sur le « retour » du professionnalisme, et sur la normalisation de l’octroi de la publicité publique, sans oublier la mise en place d’institutions représentatives des « gens de la presse » et leur implication dans l’encadrement « éthique » des métiers des médias.

Il ne faut pas oublier que les ennemis de la liberté de la presse sont d’abord les hommes qui ont quelque chose à cacher dans leur vie publique, ensuite ceux qui désirent dérober au public leurs « œuvres » et leurs manoeuvres, les corrompus et les corrupteurs, les hypocrites, les intrigants et les valets de toutes espèces. La foule des médiocrités est inévitablement contre la liberté de la presse. Bien public.

Yasmina HOUMAD