Chronique de Noureddine Khelassi : Gazouz Boualem, ou quand Hammoud était… Royal !

Chronique de Noureddine Khelassi : Gazouz Boualem, ou quand Hammoud était… Royal !

Noureddine Khelassi
Noureddine Khelassi

Hammoud Boualem. Un nom pétillant.  Une saga familiale. Un label de prestige. Un creuset du nationalisme algérien. Un bel exemple du capitalisme patrimonial et nationaliste algérien. Une référence économique, un référent culturel.

Hammoud Boualem ou l’art de créer, d’innover, de résister pour mieux exister.

L’histoire de la famille Hammoud, associée, pour le meilleur et pour le pire depuis bientôt un siècle, à celle des cousins algérois Hafiz, est à raconter en bulles et en fils d’or.. Mais là n’est point le propos du chroniqueur qui en laissera le soin aux historiens professionnels… Son goût du jour est seulement de la mettre en bouteille.

Dans celle de l’historique « La Royale », la blanche citronnée, à la base de la genèse de la limonade algérienne la plus connue dans le monde. Née du génie du fondateur du soda Divin, le distillateur d’arômes et créateur de fragrances, Youssef Hammoud 1er…

Gazouz Hammoud. Sélecto, bien sûr, mais surtout et avant tout La Royale… La gazouz Boualem, en fait, c’est donc celle de Youssef Hammoud et de son digne petit-fils héritier Boualem qui, lui, a inventé le célébrissime Selecto, né Victoria au tout début. Mais là, il est plutôt question, comme déjà dit, de La Royale dont le nom est en soi un vocable, un adjectif, voire même un superlatif. La Royale, c’est mon grand-père maternel, boulanger de Soustara qui m’en a parlé un jour, moi qui ne l’ai jamais bue et même pas vue évidemment.

Sublimissime eau de jouvence, La Royale gagne la médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris, en 1889, et ensuite une vingtaine de prix et autres distinctions honorifiques. Cette eau, puisée dans le Nahr él Kawthar, le fleuve de la félicité éternelle, promis par Allah au plus méritant de ses croyants, le Prophète (QSSL), a été donc conçue par l’arômatiseur de génie que fut Youssef Hammoud. Cet alchimiste distillait en effet des essences de manière traditionnelle, à partir de citrons jaunes et verts dûment sélectionnés. Et c’est cela qui a donné son goût royal à La Royale.

Pour l’Histoire, en1848, Youssef Hammoud est embauché comme  simple ouvrier dans une fabrique d’eaux gazeuses à Alger…Trois ans plus tard, il ouvre une petite fabrique artisanale de limonade. Pour mieux y concocter son breuvage bio à partir d’essence de citron, d’orange ou de mandarine, dans le quartier populaire algérois de Belcourt. Il s’embarque ensuite pour Marseille où il apprend les procédés de fabrication et de mise en siphons, techniques alors inconnues en Afrique.

 

A son retour à Alger, en 1878, Youssef Hammoud fait construire la première usine produisant principalement de l’eau gazeuse… Il ouvre après plusieurs usines annexes en Algérie, à Tanger au Maroc, à Tunis et à Alexandrie. Hammoud, premier exportateur algérien, et de l’excellence, s’il vous-plaît !

Hammoud se voit décerner, à juste titre, plusieurs récompenses aux expositions auxquelles il participe : une médaille d’or, en 1862, à Londres, deux médailles d’or et deux d’argent, en 1876 et en 1881, à Alger, deux récompenses à la grande exposition universelle de Paris en 1889, et de Caen aussi…

De la dive bouteille que fut la divine Royale, du latin diva et de son masculin divus, le grand Omar Racim, génie de la miniature et poète à ses heures jamais perdues, a composé un savoureux haïku algérien, qui sera le slogan-pub de La Royale. Omar Racim dit alors que « cette limonade est pure, et le cœur en est réjoui ; de tous les maux elle guérit, illumine les esprits et les remet à l’endroit; cette boisson est de parfaite composition et de subtile dosage, alors demandez-la pour être heureux ».

La Royale n’existe plus et l’actuelle limonade blanche de Hammoud est un lointain ersatz, sirupeux et lourd de ses adjonctions chimiques de gaz, et dans des bouteilles en PET….

Rien à voir donc avec La Royale. Une mixture si alchimiquement bonne qu’on dit désormais de quelqu’un de sympa et d’un commerce agréable, « hada gazouz », Hammoud bien sûr !

 N.K