Chronique de Mohamed Haichour : « Le DINAR ENTRE LA CREDIBILITE OU LA FLEXIBILITE »

« Le DINAR ENTRE LA CREDIBILITE OU LA FLEXIBILITE »

-LE MARCHE EST SEUL MAITRE DU JEU-

UNE CONVERTIBILITE TOTALE DU DINAR EST-ELLE POSSIBLE ?

                               1ère Partie

(*) Par Mohamed HAICHOUR. MSc, EMBA 

La Conférence nationale sur la relance économique tenue récemment sous la présidence de Monsieur Abdelmadjid Tebboune Président de la République a permis de lever certaines équivoques qui ont freiné par des réflexes bureaucratiques le bon fonctionnement de nos institutions bancaires et financières. Assez souvent les débats reviennent sur la valeur de notre dinar en tant que monnaie symbole de notre souveraineté nationale. La monnaie nationale représente l’état de puissance quant au degré de sa convertibilité par rapport aux devises. Le citoyen « lamda » mesure la fierté de son pays au regard de la valeur de sa monnaie nationale. C’est dans ce cadre qu’il apparait pédagogique d’expliquer techniquement comment le pays envisage à donner la meilleure image du Dinar qui reste bien sûr tributaire de ses exportations et de sa croissance économique dans le concert des Nations.

En effet chaque pays a sa propre monnaie nationale. Que vaut le Dinar dans le panier des monnaies devises ? Les échanges commerciaux de l’Algérie sont à plus de 60% vers  l’Europe et donc toutes les opérations sont libellées en Euro. Ce qui doit inciter la Banque d’Algérie à suivre le fixing des monnaies-devises et principalement le rapport Dollar/Euro /Dinar. C’est donc sur le marché des changes  que les opérations réalisées déterminent le taux  auxquels s’échangent les monnaies entre elles.  Comme il existe deux types d’opérations de change dont les courants sont les opérations au comptant (spot) qui se dénouent en deux jours ouvrables et les opérations à terme (forward) se fait à une date ultérieure du fait que l’échange des flux financiers soit libellé en différentes monnaies, déterminé au moment où sont conclues les opérations.

QUAND LA MONNAIE NATIONALE SE DEPRECIE

Dans un régime de change dit flottant, quand la valeur d’une monnaie augmente, elle connait une appréciation, dans le cas contraire on parle de dépréciation.  C’est pourquoi les taux de change sont importants car ils affectent le prix relatif des biens d’une économie donnée par rapport aux biens étrangers.

Ainsi si la monnaie utilisée dans une économie se déprécie, les ventes de ses entreprises à l’extérieur sont facilitées, alors que les produits étrangers y deviennent moins compétitifs. Il existe un écart entre le cours  vendeur et le cours acheteur du Dinar contre une devise calculée selon le fixing du jour, il est appelé communément le « Spread ». Le marché interbancaire  est un marché de gros  alors que les transactions se changent avec la clientèle sont des opérations de détail.

Les poids donnés à chacune de ces devises dans ce panier ne sont pas divulgués. Le fait que l’objectif suivi soit tenu secret laisse davantage de degrés de liberté à la banque centrale par rapport aux attentes du marché.

Un certain nombre d’estimations ont été faites pour évaluer la composition du panier. Cependant, il est probable que la composition du panier ait évolué au cours des dix années de cette politique ; de même, le trend dépréciation souhaité par les autorités n’est manifestement pas resté constant.

Les banques centrales d’une manière générale  agissent parfois sur le marché selon l’état de la conjoncture et les objectifs de leurs politiques monétaire. Décentralisé et électronique, ce marché fonctionne 24/24 heures. Les banques négocient entre elles au travers des plateformes essentiellement pour les parités euro/dollar et dollar/yen, par des systèmes comme Thomson Reuters Dealing System ou bien Bloomberg.

PEUT-ON PREDIRE LA VALEUR DU DINAR ?

Aucun économiste n’est parvenu jusqu’à présent à prédire correctement le mouvement des monnaies sur une période inférieure à un an. Il reste cependant que la théorie de la parité des pouvoir d’achat(PPA) constitue une façon de déterminer le taux de change qui consiste à poser le taux de change entre deux monnaies qui s’ajustent pour compenser la variation des niveaux de prix dans les deux économies. Les barrières au commerce international peuvent affecter aussi le taux de change  (contingentements ou quotas).

L’effondrement du système des parités fixes repris dans les accords de BRETTON WOODS a pour conséquence l’émergence d’un nouveau concept qui est le risque de change. La pondération ou le poids de chaque devise est proportionnellement déterminé en fonction de la composition de la position devise du commerce extérieur repris sur la balance des paiements. La valeur du dinar est liée à celles de plusieurs devises dans le cadre d’accords semblables au système du Serpent Monétaire Européen.

D’une certaine manière, elle permet d’éviter l’impact négatif qu’aurait résulté à l’exposition à une seule monnaie satellite comme le cas pour plusieurs pays en voie de développement.

L’économie nationale a connu un dysfonctionnement structurel qui a amené à solliciter l’expertise et l’aide des institutions financières internationales. L’intervention de ces institutions internationales s’est terminée par l’adoption d’une armada de procédures et d’un programme d’ajustement structurel visant, entre autres, de libéraliser le commerce extérieur et en particulier le régime des changes.

LE MARCHE DE CHANGE AU COMPTANT « SPOT » ARCHAIQUE

 

Le marché interbancaire de change en comptant « Spot », ce dernier reste très limité où la banque d’Algérie reste le seul pourvoyeur des devises sur la place. Beaucoup de banques de la place continuent d’acheter des devises des transactions de leurs clientèles en utilisant des moyens archaïques comme par exemple, envoyer leurs demandes à la banque centrale par le biais des Swift sans prendre en considération la fluctuation de taux de change pendant la même journée.

Une absence de flexibilité où les opérateurs économiques ne peuvent pas  gérer leurs expositions de change pro-activement en profitant d’une éventuelle  baisse des devises contre le dinar.

LE MARCHE DE CHANGE A TERME « FORWARD »

En effet, parmi les recommandations du FMI à l’époque, il s’agit de revoir la valeur du Dinar à la baisse et l’instauration d’un marché de change devant aboutir à terme à une convertibilité totale de la monnaie nationale. La sortie en Juillet 2017 du règlement 17-01 de la banque d’Algérie, a été considérée comme étant le règlement qui va révolutionner le marché de change.

Le règlement portant l’organisation du marché de change et des instruments de couvertures est scindé en quatre (04) parties. Il vient, en fait, pour mettre de l’ordre dans les anciens textes réglementaires régissant le marché et les opérations de change et de couverture qui jusque-là ont empêché l’émergence d’un vrai marché de change et des couvertures contre le risque de change.

Les objectifs de ce nouveau texte sont les suivants :

  • Refonte global du cadre réglementaire régissant le marché interbancaire de change « spot » et à terme « forward ».
  • Création d’un marché de dépôt en devises pour les opérations de financement et de prêt/emprunt.
  • Mettre en place les fondations d’un développement futur du marché avec le lancement des dérivés de change (FX Dérivatives) : swaps et options de change.
  • En introduction de l’article 7 qui traite des ressources en devises, le régulateur a fait mention de l’obligation faite aux banques d’assurer la liquidité du marché en contreparties de la liberté de disposer de certaines catégories de ressources en devises.

En Mars 2020 soit trois ans après, ce même règlement vient d’être abrogé par un nouveau texte règlementaire, à savoir 20-07. Ce dernier, régit les opérations interbancaires de change et la trésorerie en devises. Ce règlement reste malheureusement en stand-by pour la raison que les textes d’application ne sont pas encore, à ce jour, promulgués par la banque d’Algérie.

 

A suivre 2ème Partie…

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