Chronique de Mohamed Haichour : « Le DINAR ENTRE LA CREDIBILITE OU LA FLEXIBILITE »

« Le DINAR ENTRE LA CREDIBILITE OU LA FLEXIBILITE »

-LE MARCHE EST SEUL MAITRE DU JEU-

UNE CONVERTIBILITE TOTALE DU DINAR EST-ELLE POSSIBLE ?

3 eme Partie 

(*) Par Mohamed HAICHOUR. MSc, EMBA  

La grande évolution qui a bouleversée le marché de change est celle de l’autorisation donnée par la Banque d’Algérie aux banques de la place de commercialiser l’instrument financier type dérivé « change à terme » pour la couverture contre le risque de change. Le marché de change, malheureusement, peine à décoller.

Le même article a abordé aussi quelques aspects relatifs au marché de change au comptant « Spot » avec un constat amère quant au niveau de l’archaïsme utilisé par quelques banques de la place.

Cette troisième et dernière partie évoquera quelques éléments d’analyses et de recommandations selon le modèle de régime de change qui sera compatible avec la nouvelle orientation stratégique des pouvoirs publics.

QUELLES RECOMMANDATIONS POUR UN REGIME DE CHANGE  PLUS  FLEXIBLE ?

Il est temps que la Banque d’Algérie sorte du marché de change

 

Il est impératif aujourd’hui que la banque d’Algérie sort des opérations quotidiennes de marché de change qui garde à elle seule le statut  du seul pourvoyeur des devises sur le marché. 

Il n’est pas acceptable que la banque d’Algérie continue d’assumer à elle seule le glissement de la valeur du dinar quand elle peut l’éviter. 

Il souhaitable que cette institution reprenne son rôle principal qui est le régulateur et limite son intervention sur le marché en laissant ainsi les banques commerciales jouer leurs rôles définis et attribués par des textes réglementaires. 

VERS QUEL MODELE DE BANDES GLISSANTES POUR LA PARITE DU DINAR ?

C’est le modèle le plus proche à notre pays, celui de notre pays voisin le Maroc. Le taux de change est maintenu dans une marge de fluctuations  autour d’une parité centrale glissante. La bande peut être symétrique, fixe ou élargie graduellement ou asymétrique avec un glissement d’une des marges de la bande (dans ce cas il n’y a pas de parité centrale annoncée). Le degré de flexibilité de ce régime dépend de la largeur de la bande.

L’introduction de marges de fluctuations autour de la parité glissante procure plus de flexibilité afin de répondre aux chocs et donc plus d’autonomie à la politique monétaire. Par rapport au flottement, un régime de bande permet au taux de change de jouer le rôle d’ancre nominal tout en permettant une certaine indépendance à la politique monétaire. 

Pour contrôler le niveau des cours et leur volatilité, la banque d’Algérie définit chaque matin un cours de référence. Toutes les transactions de la journée doivent être effectuées à un cours appartenant à un couloir étroit autour de ce taux de référence. La banque d’Algérie intervient dès que le cours s’approche de l’une des bornes, supérieure ou inférieure. La largeur de la fourchette devrait  progressivement élargie, en passant par ±0,1 % à ±0,3 % , ±0,50 %, puis ±1 %. 

Un objectif d’atteindre la fourchette de ±2 % la largeur de ces bandes de fluctuations quotidiennes a contribué à poursuivre cette normalisation de la volatilité du marché.

QUAND PEUT-ON DIRE QUE LE PROCESSUS DE LA CONVERTIBILITE TOTALE DU DINAR EST-IL POSSIBLE ?

Au delà d’assouplir le dispositif réglementaire et du contrôle de change, et libérer de plus en plus la circulation des capitaux vers et de l’Algérie. 

Une façon de contenir la spéculation à la hausse ou à la baisse sur la monnaie était d’introduire une incertitude sur le sens de la direction du cours en accroissant la volatilité, ce qui revient à réintroduire une probabilité non nulle de dépréciation. Cette démarche tient à la volonté du gouvernement Algérien d’accroître la stature internationale du Dinar en rejoignant afin d’attendre une convertibilité totale de la monnaie nationale, ce qui requiert un cours plus en adéquation avec les forces de marché

LA CREATION DE DEUX MARCHES DE CHANGE EST-CE LA BONNE SOLUTION ?

En commun accord avec le FMI, sur une période de transition bien déterminée, la banque d’Algérie peux créer un deuxième marché de change dédié exclusivement pour les transactions considérées non importante ou de grande valeur ajoutée pour l’économie nationale. Au lieu de d’imposer des restrictions réglementaires, de quotas d’importation et de contingent, il est envisageable d’instaurer un marché de change qui se réfère au taux de change parallèle, ce système est utilisé par beaucoup de pays asiatiques et de l’Amérique latine. Créer en quelque sorte deux compartiments comme se fut le cas de la Pologne par exemple.

Ces deux méthodes pour estimer l’adéquation du cours de référence aux forces de marché. La première consiste à observer l’écart entre le cours de référence fixé par la banque centrale et le cours de clôture du marché.

La deuxième considère l’écart entre le taux de marché domestique et le taux de marché disant celui appliqué sur les transactions considérées comme étant des opérations non liées à l’économie nationale telle que :

  • Voyager à l’étranger, 
  • Les soins médicaux,
  • Acheter des voitures
  • Faire des achats en ligne
  • Taux de change offshore

En effet, ce système monétaire peut se matérialiser par l’existence d’un double marché des changes : 

Le dinar « onshore » (DZD dans la cotation Bloomberg ou (Thomson Reuters) pour les échanges en Algérie et des opérations listées par le contrôle de change et le Dinar offshore (DZD) coter aux banques et bureaux de changes pour le reste opérations. L’existence de cet écart donne la possibilité à la banque d’Algérie d’arbitrer entre les deux marchés en raison du contrôle des changes. L’amplitude de l’écart en valeur absolue mesure l’intensité du contrôle des changes, mais son signe permet aussi d’évaluer de quel côté penche le marché

LE SYSTEME D’ADJUDICATION UN LEVIER POUR LA GESTION DES RESERVES DE CHANGE

Ce système est utilisé par notre pays voisin la Tunisie ou bien l’Egypte, ou bien en Afrique sub-saharienne la Guinée. Ce système consiste à  La flexibilité du taux de change, soutenue par des adjudications de devises plus concurrentielles de la part de la banque centrale, est essentielle pour améliorer le solde des transactions courantes et reconstituer les réserves de change. 

La mise en œuvre du mécanisme d’adjudications de devises sera de nature à améliorer le fonctionnement et la transparence du marché des changes. De manière plus générale, la banque d’Algérie met en place un système d’adjudication de devises transparent et ouvert la concurrence. Ce mécanisme va aider à assouplir le dispositif réglementaire et à lever les obstacles au développement d’un marché interbancaire et à renforcer les réserves et soutenir la liquidité du marché des changes. 

QUAND FAUT-IL ALIGNER LE TAUX DE CHANGE OFFICIEL AU TAUX DE CHANGE PARALLELE ?

Une piste très sérieuse à prendre en considération par les pouvoirs publics à leur tête la Banque d’Algérie, est celle de l’alignement de la valeur du dinar contre la majorité des devises traitées au même niveau de celui coté au marché parallèle. Cette démarche va éliminer la disparité entre les deux marchés. 

En effet, le marché de change parallèle fonctionne avec la formule de l’offre et la demande. La valeur du dinar sur ce marché représente son vrai niveau tel qu’apprécie par les algériens.

CREDIBILITE OU FLEXIBILITE QUEL CHOIX PRENDRE ?

Pour conclure, Choisir entre fixer ou laisser flotter le taux de change revient à choisir entre crédibilité et flexibilité. L’administration du taux de change impose une forte discipline à la politique monétaire et budgétaire et peut être tres coûteux en termes de réserves de change. La flexibilité laisse plus de marge de manœuvre pour la Banque d’Algérie pour gérer les indicateurs macro-économiques, de ne plus encaisser les critiques de la trajectoire de la monnaie locale puisque c’est le marché qui va déterminer sa vraie valeur. Dans ce cas il y a un risque où le Dinar ne peut plus résister aux pressions internationales donc une grande tendance à s’effondrer rapidement de  part sa valeur sur des périodes très courtes en cas de chocs externes.

Les autorités financières et monétaires ont-elles  retenu des débats des ateliers de la Conférence nationale sur la relance économique, les leçons du passé pour se projeter dans une perspective de réformes assidues susceptibles de garantir un gap permettant de nous sécuriser. Dans ce monde en pleine mutation surtout après les convulsions nées du Covid-19 dont on ne mesure pas encore les soubresauts du système monétaire.

Tel fut le cas durant la crise des Subprimes sorte de crédit à risque  (Subprime Mortgage Meltdown) où l’effondrement boursier avait provoqué une crise mondiale. 

Pour terminer cette contribution, il faut que les banques redeviennent des vecteurs de développement économique et non des guichets de dépôts. Il y va pour une nouvelle République auquel s’attachent un Gouvernement et son Président, qui veut sortir des sentiers battus. Pour cela il faut se débarrasser des tabous et des mentalités rétrogrades qui s’accrochent à des archaïsmes d’un temps déjà révolu. 

                                                  (*) Mohamed HAICHOUR. 

 MSc International Money; Finance and Investment

Exécutive MBA Finance d’entreprise 

 

NOTES ET BIOLIOGRAPHIES :

  • https://www.bank-of-algeria.dz/html/marcheint1.htm
  • La gestion des taux de change dans les pays émergents. La leçon des expériences récentes, par Hanen Gharbi Dans Revue de l’OFCE 2005/4 (no95), pages 279 à 326.
  • la politique de change chinoise et la place du renminbi dans le système monétaire international, par Virginie Coudert, Pauline Lez
  • Banque de France, « Note d’information N° 54», juillet 1983, p.1. 
  • H. de Boudinat, J. Klein et B. Marois, « Gestion financière internationale », Dunod 2ème édition, Paris, 1978, p.3. 
  • Banque de France, « Note d’information N° 55», août 1983, p.1. 
  • La surévaluation du dinar durant cette période mesurée par le différentiel d’inflation avec le reste du monde est estimée à environ 46,0 % selon une étude de la Banque d’Algérie. 
  • Banque d’Algérie, « Situation financière et perspectives à moyen terme de la République Algérienne », juillet 1999, p.7. 
  • L’Economie, N° 18, octobre 1994, p.14. 
  • Décret N° 95/08 du 23 décembre 1995 relatif à la création du marché interbancaire des changes, article 13. 
  • K. Ouzzani, « Régime des changes et taux de change en Algérie » in « Lettre de l’information », éditée par la Chambre algérienne de commerce et d’industrie, N° 92, novembre 1998, p.20.
  • Rapport du FMI du 20 Mai 2017
  • Règlement n°17-01 du 10 juillet 2017 relatif au marché interbancaire des changes et aux instruments de couverture du risque de change
  • règlement  n°20-04  du 15 mars  2020 relatif au  marché  interbancaire  des  changes,  des  opérations de trésorerie devise et aux instruments de couverture du risque de change

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