Chronique de Mohamed Haichour : « Le DINAR ENTRE LA CREDIBILITE OU LA FLEXIBILITE »

« Le DINAR ENTRE LA CREDIBILITE OU LA FLEXIBILITE »

-LE MARCHE EST SEUL MAITRE DU JEU-

UNE CONVERTIBILITE TOTALE DU DINAR EST-ELLE POSSIBLE ?

2 eme Partie

(*) Par Mohamed HAICHOUR. MSc, EMBA 

Apres avoir évoqué lors de la première partie de cet article le mécanisme de la fluctuation du dinar contre un panier de devises qui reste, à ce jour, secret quant au poids de chaque monnaie étrangère qui le constitue.

Il n’est de secret pour personne sur l’impossibilité de prédire la trajectoire du dinar sur une période donnée. Car le régime de change adopté par la banque d’Algérie est celui d’un régime flottant dirigé. S’ajoute à cela aussi, le manque d’information actualisée sur les agrégats macro-économiques pris en considération lors de la détermination du taux de change.

La deuxième partie de cette contribution va devoir pousser la réflexion et mettre un éclairage sur des sujets d’actualité qui ont fait couler beaucoup d’ancre à la limite de la polémique quant à l’incompréhension des uns et des autres.

Aujourd’hui plus que jamais, il est temps de faire un état des lieux afin d’évaluer le marché des changes interbancaire sur le plan local, régional et international surtout que les pouvoirs publics s’apprêtent à introduire des reformes de fond quant à la réglementation en vigueur.

LA PRISE DE RISQUE DE CHANGE PAR LES ENTREPRISES

Depuis le milieu des années 1990, le régime intermédiaire a été au centre des crises qui ont touchées les pays. Ce régime s’est avéré vulnérable aux sorties massives de capitaux. Toutes les tentatives de défense se sont traduites par des pertes de réserves et de fortes hausses de taux d’intérêt qui ont affaibli les systèmes bancaires et ont fini par provoquer un déséquilibre de la balances de paiements et budgétaire. Cette crise de change s’est souvent accompagnée par des crises financières très coûteuses, dont l’origine est attribuée à des prises de risques de change excessives des entreprises et des banques domestiques confiantes en l’engagement officiel des autorités monétaires de ne pas dévaluer. Les régimes intermédiaires créeraient donc un problème spécifique d’aléa moral.

Par ailleurs, à ce jour, en Algérie ce n’est pas l’assurance de stabilité du taux de change qui encourage les entreprises domestiques à avoir des positions ouvertes mais plutôt le manque de possibilités de couverture.

La valeur de la monnaie locale, le dinar, est plus diminuée que jamais. La valeur du dinar ne cesse de se déprécier contre un panier de devises à leur tête la monnaie unique « Euro » et le billet vert « Dollar ».

UN MARCHE DE CHANGE A TERME PEINE A DECOLLER

Depuis 2017, malgré l’autorisation de la banque d’Algérie aux banques commerciales de proposer aux entreprises la possibilité de couvrir leurs expositions en matière de risque de change contre une éventuelle fluctuation défavorable des cours, ce marché à terme peine à décoller pour des multiples raisons dont nous pouvons citer quelques unes :

  • A ce jour, beaucoup des banques de la place ne disposent pas des structures spécialisées dédiées à la gestion des risques de change.
  • Manque d’une courbe de taux de référence sur le marché local soit-elle libellée en monnaie locale et en devise ?
  • Absence d’un marché de dépôt devises : Le marché de dépôt de devises et de placement reste un marché Onshore.
  • Les textes d’application très rigides presque inapplicables sur le terrain.
  • Manque de liquidité en devises qui permets aux banques intermédiaires de couvrir les expositions de leurs clients.
  • Un déséquilibre important entre les montants en devises entrants laissées à la disposition des banques et la demande émanant de la part des clients pour effectuer les paiements à l’étranger.
  • Opération de Cross-Currency : L’absence d’un marché en temps réel qui permet aux banques de gérer leurs positions longues en devise contre une autre.

LE MARCHE DE CHANGE PARALLELE « BLACK-MARKET »

L’émergence d’un marché de change parallèle « Black Market » qui domine aujourd’hui toutes les transactions de changes des algériens hormis  celles du commerce extérieur. En effet, ce marché vient de répondre à un déficit structurel à cause de  non convertibilité du dinar algérien.

Le contrôle de change qui stipule que le dinar n’est convertible que pour les opérations commerciales ou financières type transfert de dividendes ou remboursement de prêts inter-compagny « Convertibilité partielle » fait que les autres besoins des algériens comme le voyage à l’étranger, les études à l’étranger ou bien se faire soigner à l’étranger n’ont le droit que pour des montants en devises vraiment dérisoires qui ne répondent pas la triste réalité et à la dignité du citoyen.

L’écart « Gap » entre le cours officiel et celui du marché parallèle est tellement important que l’arbitrage qui se fait au niveau du vendeur de devises, l’argent des voyageurs étrangers entrant en Algérie, est de choisir immédiatement et sans hésitation un marché qui propose une contre valeur beaucoup plus élevée avec moins de paperasse et de bureaucratie si une fois ils choisissent de passer par le marché officiel.

La réglementation en vigueur ne permet pas aux algériens qui voudraient gérer leurs trésoreries excédentaires en monnaie locale et l’investir sur des monnaies refuges comme le Dollar ou CHF afin d’atténuer l’ampleur du risque du marché par le glissement de la valeur du dinar.

Malheureusement, toutes ces contraintes règlementaires et opérationnelles fait que l’existence du marché de change parallèle est plus que nécessaire. Il peut jouer le rôle de la soupape pour laisser les algériens respirer dans un environnement très règlementé.

Pour les initier aux activités de marchés, comprennent parfaitement à  travers les pratiques régissant ce marché, ainsi que le niveau de professionnalisme de ses combistes et sa profondeur, que ce marché de change parallèle est tellement organisé, qui laisse entendre que c’est le vrai marché de change local.

Un autre phénomène qui en train de prendre de l’ampleur en Algerie, ces jours-ci, est celui de la crypto monnaie. Avec la fermeture des frontières, et la difficulté de faire circuler les devises entre les grandes places financières du marché de change parallèle, une autre option s’ouvre aux algériens souhaitant acquérir des grandes sommes en devises est d’exécuter des transactions en contre-valeur en crypto-monnaie.

L’objectif de cet article est de montrer comment un marché noir peut se structurer rapidement en fonction des évènements et la progression technologique afin de proposer des solutions non seulement innovantes mais aussi fiables.

Il est pratiquement impossible de contrecarrer ce mécanisme de marché par des restrictions administratives et par les forces de l’ordre public. Aujourd’hui et plus que jamais, il est temps que les autorités politiques changent de stratégie et essayer de contenir intelligemment ce marché change par des mécanismes de marché à la fois souples et modernes.

CREATION DE BUREAUX DE CHANGE PLUS ATTRACTIFS ET MOINS ADMINISTRATIFS

Ce volet mérite une attention particulière. Il y eu plusieurs débats et controverses quant à l’utilité des bureaux de change quant aux opérations quotidiennes de change. Le dernier règlement 20-04 est relatif aux opérations de change interbancaires est dédié exclusivement aux banques et les établissements financiers intervenant sur ce marché dans le cadre d’un dispositif décentralisé dont l’organisation et les règles de fonctionnement.

Les bureaux de change ne répondent, malheureusement pas à cette problématique pour la simple raison, que ces derniers ne sont là que pour vendre, en un seul sens, les dinars contre la devise pour les non-résidens.

Le manque des bureaux de change revient également sur le fait que cette activité est tellement administrée et que la marge de change autorisée est peu attractive pour que cette activité se développe toute seule.

L’aspect administratif lors de la déclaration des opérations traitées quotidiennement reste très contraignant pour ces acteurs et parfois peut être risqué s’il n’y aura pas un suivi très minutieux de la part de ces bureaux de change.

La circulation massive des sommes de devises sur le marché de change parallèle, peuvent être absorbées par les bureaux de change si la réglementation en vigueur introduit des assouplissements quant à la vente des devises. Ce fléau est généré à cause d’un déséquilibre de position de change entre une forte demande domestique sur la devise et un faible flux de devises entrant vers l’Algerie.

En effet avec plus de flexibilité, les bureaux de change peuvent jouer un rôle primordial dans l’inclusion financière. Dans un régime de change double, cette option sera abordée lors des propositions dans la troisième partie de cet article, toutes les transactions seront cotées sur la base d’un taux de change équivoque à celui du marché parallèle.


Première la partie : 

Chronique de Mohamed Haichour : « Le DINAR ENTRE LA CREDIBILITE OU LA FLEXIBILITE »


 

A suivre 3ème Partie…