Arabie saoudite : des migrants éthiopiens entassés dans des hangars

Arabie saoudite : des migrants éthiopiens entassés dans des hangars
Accusés de propager le Covid-19, des centaines de migrants subsahariens ont été déportés dans le sud de l’Arabie saoudite, où ils survivent dans des conditions inhumaines, révèle une enquête du journal britannique Sunday Telegraph.
« C’est l’enfer ici. Nous sommes traités comme du bétail et battus tous les jours », a confié au Sunday Telegraph Abebe, un Éthiopien qui a été enfermé dans un centre de détention « pendant plus de quatre mois ».
Au terme d’une enquête exclusive, basée sur des photos et des vidéos, l’hebdomadaire britannique entrouvre la porte de camps de détention de migrants subsahariens en Arabie Saoudite. Originaires de la Corne de l’Afrique, ils sont accusés de propager le Covid-19 dans le royaume.
Combien sont-ils à être ainsi maltraités ? Des centaines au moins, des milliers peut-être entassés dans des hangars dans le sud du pays. « Nous mangeons un petit morceau de pain chaque jour, et du riz, tous les soirs. Il n’y a presque pas d’eau, et les toilettes débordent […], la chaleur qui règne ici va nous tuer », témoigne un Éthiopien. Les personnes avec lesquelles le journal britannique est entré en contact affirment être maltraitées, elles disent recevoir des coups de fouet et des décharges électriques. Les photos qu’elles ont envoyées laissent voir des cicatrices sur leurs corps.
Le quotidien britannique «The Telegraph» a en effet publié des témoignages accablants de migrants en attente d’expulsion, bloqués pour cause de coronavirus dans un pays qui ne veut plus d’eux.
Des migrants ont eux-mêmes adressé au journal des photos de leur situation à l’intérieur d’un de ces centres. On y voit des hommes, une bonne quinzaine, allongés à même le sol dans une pièce qui fait à peine trois mètres de large, sur six de long environ. Sur l’image, on distingue un autre réduit au fond de la pièce où sont installés dans la pénombre d’autres hommes. Un coffrage en tôle peint en rouge semble condamner l’unique fenêtre de la pièce.
Poussés au suicide
Si les images sont choquantes, les témoignages sur leurs conditions de vie en disent long de l’enfer que vivent ces hommes. «On nous donne un petit bout de pain à midi et du riz le soir», explique un jeune migrant à nos confrères. «Il n’y a quasiment pas d’eau et les toilettes sont bouchées et débordent là même où nous mangeons. L’odeur, on s’y est habitué. Mais nous sommes une centaine dans la pièce et la chaleur nous tue.»
Les hommes sont aussi régulièrement battus par leurs gardiens sans raison. Et de montrer leurs corps couverts de cicatrices. Des conditions de détention qui poussent certains au suicide.
Cinq mois de cauchemar
Voilà maintenant cinq mois que des centaines de migrants éthiopiens endurent ces traitements inhumains. Victimes collatérales de l’épidémie de coronavirus, mais aussi d’une politique saoudienne qui vise à expulser du pays une main d’œuvre étrangère trop importante aux yeux du prince héritier Ben Salmane, ils sont pris au piège.
Chaque mois depuis deux ans, environ 10 000 Éthiopiens étaient expulsés du pays jusqu’à l’apparition du coronavirus. En effet, face à la menace de propagation et son incapacité à tester tous ses ressortissants de retour, Addis-Abeba a obtenu le soutien de la communauté internationale. L’Union européenne a ainsi réclamé un moratoire sur les expulsions des migrants éthiopiens.
Au moins deux centres
L’Arabie saoudite a alors «parqué» dans des camps de rétention informels, ceux qu’elle envisageait à renvoyer. Grâce à la géo localisation des téléphones utilisés par les migrants, deux centres ont ainsi été identifiés. L’un près de La Mecque et l’autre dans une ville portuaire à la frontière du Yémen. Il y en aurait sans doute d’autres puisque selon l’ONU, Ryad s’apprêtait à expulser 100 000 migrants éthiopiens.
Coronavirus oblige, les deux pays ont en quelque sorte «oublié» le problème des migrants et se renvoient la responsabilité de la situation. Pour Ryad, l’Ethiopie a refusé le retour de ses ressortissants, car elle n’était pas en mesure «d’organiser une quarantaine à leur arrivée».
Ce que réfute Addis-Abeba dans un communiqué. L’Ethiopie n’a «jamais refusé de recevoir ses citoyens de quelque pays que ce soit», précise le ministère des Affaires étrangères du pays. Il rappelle que 400 000 citoyens éthiopiens ont été rapatriés en trois ans d’Arabie saoudite. 2 000 autres le seront à compter du 8 septembre s’engage le ministère.
M.M.H