(AQMI) active et sévit dans la région du Sahel, le Maghreb et l’Afrique du Nord depuis 2007

Le groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) active et sévit dans la région du Sahel, le Maghreb et l’Afrique du Nord depuis 2007.

Ce groupe terroriste qui fut à l’origine de plusieurs attaques meurtrières en Algérie et dans les pays voisins fut dirigé par plusieurs chefs terroristes algériens comme Abdelmalek Droukdel ou Mokhtar Belmokhtar. Les financements et l’armement du groupe AQMI ont toujours suscité de folles spéculations et des fantasmes médiatiques. Certaines sources ont prêté à AQMI des alliances avec des puissances régionales, d’autres estimaient que ce groupe bénéficiait d’un appui de certains services secrets. L’énigme est restée longtemps irrésolue alimentant continuellement des polémiques sans fin.

Cependant, en 2009, une troublante affaire éclate. Une affaire qui concerne directement le financement des activités terroristes d’AQMI. Et derrière, ce financement, nous retrouvons un simple magasin de lingerie en plein Alger-centre, a constaté Algérie Part au cours de ses investigations. Tout a commencé le 20 mai 2009 lors d’un simple et ordinaire contrôle douanier à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle à Paris. Un ressortissant algérien appelé Youcef BOUDJELLAB faisait escale à Paris en provenance d’Alger et il disposait d’une carte d’embarquement pour rejoindre ensuite Istanbul en Turquie.

 

Soumis par un pur hasard à une fouille approfondie, les douaniers ont découvert dans ses effets personnels des sommes mirobolantes en devises et en numéraire d’un montant de1 263 100,00 €, soit plus de 1,2 million d’euros, et de 11 600,00 $ américains, soit plus de 11 mille Dollars US. A ce moment-là, ce ressortissant algérien a été sanctionné pour
manquement à l’obligation déclarative de sortie de valeurs en devises car dans les aéroports français, il est interdit de transporter en espèces des fonds dépassant les 10 mille euros pour se rendre à l’étranger. Les fonds étaient appréhendés à titre conservatoire et les services des douanes en France ouvrent une enquête qui va rapidement déboucher sur des révélations… inouïes.

Et pour cause, lors de son audition par les services des douanes, Youcef BOUDJELLAB mettait en exergue sa naïveté et déclarait qu’il avait été uniquement chargé par son beau-frère commerçant et propriétaire d’un magasin de lingerie à El-Biar, un certain Ahmed BELATAF, de transporter ces fonds provenant de la banque étatique algérienne Crédit
Populaire à Alger (Algérie) et de les déposer dans une banque située dans l’aéroport d’Istanbul en Turquie. Pour montrer sa bonne foi, Youcef BOUDJELLAB déclarait également vouloir rendre visite à sa fille Kenza BOUDJELLAB, étudiante à l’université d’Istanbul. Il jurait avoir accepté ce transport de fonds parce que son beau-frère était malade.

D’après le même témoignage, ces sommes considérables devaient atterrir dans les comptes d’une société domiciliée en Turquie et qui servait à un commerçant algérien appelé Ahmed Belataf d’importer de la lingerie pour son commerce basé à Alger. Cette histoire avait intrigué les services de sécurité en France car des sommes de près de 1,3 million d’euros pour uniquement financer le commerce de la lingerie féminine pouvaient cacher des desseins beaucoup plus suspects d’autant plus que le transport d’une telle somme depuis Alger est une entreprise vraiment compliquée. Comment autant d’argent en espèces a pu quitter l’aéroport d’Alger avec beaucoup de facilités sans qu’il y ait le moindre contrôle ?

Les services de sécurité en France enclenchent les premières investigations et découvrent rapidement que le nommé Ahmed BELATAF, né le 20 mai 1970 à Alger, faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par le juge espagnol Baltazar GARZON dans le cadre d’une opération appelée DOUBLON, en date du 06 août 2009 pour soutien au terrorisme.

Une enquête ouverte en Espagne avait soulevé des soupçons sur le rôle controversé d’Ahmed BELATAF qui aurait fait transiter régulièrement des fonds au profit d’un groupe d’islamistes, entre l’Algérie et la Turquie via Barcelone (Espagne}, participant ainsi au financement de l’organisation terroriste « Al-Qaïda au Maghreb Islamique » (AQMI).

Les autorités espagnoles ont confirmé plus tard aux autorités françaises qu’elles soupçonnaient le vendeur de lingerie féminine à Alger Ahmed Belataf d’être membre actif d’AQMI, pour laquelle il aurait effectivement fait transiter des fonds en Turquie depuis ses fonds récoltés en Algérie. La section antiterroriste du Parquet du tribunal de grande instance de Paris s’est rapidement saisie de cette affaire pour lancer une enquête beaucoup plus approfondie. Tout un dossier a été confectionné et envoyer à destination des autorités judiciaires algériennes à partir de fin novembre 2011.

L’enquête menée en France et en Espagne a porté sur des activités de blanchiment d’argent en relation avec une entreprise terroriste, financement du terrorisme et association à des actes de terrorisme. Cette enquête a permis le démantèlement de tout un réseau dormant d’AQMI en Espagne qui projetait d’organiser des attentats terroristes. L’un des leaders de ce réseau terroriste est un autre ressortissant algérien appelé Sid Ali TAKOUCHT qui trait régulièrement avec le commerçant Ahmed Belataf qui lui remettait des fonds conséquents pour ensuite les transporter à l’aide de voyages périodiques entre
l’Algérie et la Turquie, avec des escales à BARCELONE.

Cet argent servait essentiellement à financer la fuite en Irak de plusieurs terroristes d’AQMI recherchés en Europe. Depuis Barcelone, ce réseau se chargeait également de 2008 jusqu’à 2011 de fournir de faux documents aux djihadistes recrutés en Europe afin qu’ils puissent se rendre en Irak. Il y avait plusieurs ressortissants marocains et algériens impliqués dans ces activités criminelles. A partir de décembre 2012, les autorités algériennes et françaises ont décidé d’unir leurs efforts pour élargir leurs enquêtes sur ce réseau de financements des activités d’AQMI.

Les investigations menées en Algérie comme en France ont permis de découvrir qu’entre janvier 2006 et juin 2008, les comptes bancaires turcs du commerçant algérien Ahmed BELATAF étaient crédités d’environ 6.200.000 € et 12.200.000 USD en espèces. Des sommes affolantes que le commerce de lingerie féminine ne saurait justifier. Les enquêtes menées conjointement de 2012 jusqu’à 2014 ont permis d’identifier plusieurs intermédiaires turcs, des commerçants, des importateurs, des sociétés de textile en France et même des recrues marocaines ou algériennes pour le compte d’AQMI. Les arrestations qui ont suivi ces enquêtes conjointes ont permis enfin de démanteler un dangereux réseau de financements d’activités terroristes qui aurait pu permettre l’organisation de plusieurs lâches attentats coûtant la vie à de nombreux innocents.